Episode 2 : Trek des 3 cirques (Cilaos, Mafate, Salazie)

Après une semaine aquatique, nous décidons de prendre 3 jours pour explorer les montagnes de la Réunion, plus particulièrement les cirques de Cilaos, Mafate et Salazie.

Nous tendons le pouce pour rejoindre Saint Louis. 2 voitures, 1h d’échanges, de partage et de connexions folles. Quel plaisir de faire du stop ! En s’ouvrant sans contrainte aux autres, on attire les opportunités d’apprendre et de se nourrir, de prendre, de donner et aussi de laisser.

Le voyage sans appréhension nous donne les possibilités d’aller vers l’autre, sans jugement. C’est simple et beau. Ça augmente les occurrences d’expériences positives permettant de relativiser l’apparition d’une expérience négative…On continuera donc à faire confiance aux autres et en la vie, pour nous donner la route à suivre.

On nous a justement conseillé de prendre le bus pour la route aux 400 virages qui mène à Cilaos. C’est incroyable, le chauffeur enchaine les épingles avec une dextérité froide, il connait la route par cœur et passe à quelques centimètres des falaises ou du précipice. On se familiarise avec des notions géologiques et géographiques tels que les îlets, les ravines, les remparts, les cirques. La vue sur les hauteurs est magnifique, plus la route nous donne de l’altitude et plus la végétation devient luxuriante. Les bambous, palmiers, bananiers et autres variétés inconnues pour nous bordent la route et lui confèrent un caractère majestueux.

Cilaos nous accueille avec ses maisons colorées, son vin, ses fruits et ses gâteaux à la banane. Nous y restons quelques heures avant d’installer notre campement dans les hauts, à Sentier Marla, non-loin du départ de notre randonnée. Une longue nuit de sommeil nous sera nécessaire pour affronter le dénivelé jusqu’au col du Taïbit. Ces sentiers aux couleurs intenses et aux odeurs d’épices encouragent nos efforts. Nous ne sommes pas seuls sur le chemin, on croise assez rapidement des tec-tec, un homme de 120kg coureur du Grand Raid de la Réunion (190km avec 10000m de dénivelé positif), des groupes d’amis trouvant leur motivation ailleurs « le rougail saucisse nous attend ! », une cabane proposant des tisanes aux marcheurs… Le sommet du col nous offre une vue spectaculaire sur le cirque de Cilaos et révèle Mafate, le cirque le plus sauvage de l’île. L’approche de Marla et des îlets qui l’entourent réveille en nous de nombreuses questions. En effet, les villages de Mafate furent fondés il y a plusieurs siècles par des esclaves fuyant la servitude dans les bas (« les Marrons »). Ainsi, aucune route ne permet l’accès aux îlets, seuls les marcheurs avertis peuvent s’y rendre. Alors, comment font les habitants pour s’approvisionner ? De quoi vivent-ils ? Sont-ils auto-suffisants ? Comment sont traités les déchets ? Quelle scolarité est offerte aux enfants ? Nous trouvons nos réponses au fil des rencontres, de Marla à la Nouvelle : les hélicoptères permettent l’approvisionnement de vivres et de matériaux de construction ainsi que le transport des déchets. Si cette solution a un coût financier important (50 euros la minute) et requiert une forte organisation (une livraison ne peut s’effectuer en-dessous de 850kg de charge), elle a considérablement facilité la vie locale. Les habitants bénéficient de l’électricité grâce à des panneaux solaires et des groupes électrogènes et sont raccordés à l’eau provenant des montagnes. Cependant, avec peu ou pas de cultures vivrières, les habitants, la plupart provenant d’une même et grande famille, se sont orientés sur le tourisme : gites, maisons d’hôtes, bars, restaurants et épiceries. Les écoliers disposent de classes uniques dans des petites écoles joliment décorées au cœur des îlets. Les plus grands, eux, devront se rendre dans les villes du littoral pour étudier à partir du collège, ils seront hébergés au sein de familles d’accueil, les internats se faisant rares.

A Marla, on s’arrête Chez Jimmy, adresse recommandée à plusieurs reprises et réputée pour son côté festif et accueillant. Ce matin-là, c’est reggae, rhum et samossa au cabri. Après une petite escale, on reprend la route pour faire un détour vers les Trois Roches. On passe à travers des paysages tous aussi différents les uns des autres, de la Rivière des Galets au désert de roche volcanique. Le spot des Trois Roches est une dalle rocheuse se transformant soudain en un gouffre dans lequel la rivière se jette en cascade. Nous restons peu de temps dans cet environnement sauvage et façonné par le temps, 2h30 de marche nous attendent encore pour atteindre La Nouvelle. Nous sommes à bout de forces, les cirques de La Réunion jouent sur notre mental. On arrive à un sommet, on aperçoit notre point d’arrivée de l’autre côté et en réalité une ravine nous sépare encore de lui. C’est usant ! On parvient à la Plaine aux Sables et on aperçoit une maison de « feuilles tôles » cachée par la végétation. Un homme est assis devant son jardin et contemple la vue. Il nous intrigue, nous voulons le questionner sur sa vie. On s’approche en le saluant, il nous parle en créole et on comprend qu’il a grandit ici. Ses enfants sont dans « les bas », il n’a jamais quitté ce lieu isolé. Il a les yeux et le sourire d’un homme que la vie traverse. Il nourrit ses poules, cuisine au feu et guette le Papangue. Les derniers kilomètres nous semblent interminables mais quel bonheur de découvrir une terre inconnue en utilisant son corps. Le plaisir y est d’autant plus grand qu’il vient prendre tous nos sens ; le témoignage naïf que la respiration et l’eau sont les bases simples de la Vie.

L’homme, plaine des sables

Il est la depuis 79 ans.
Perché sur sa colline, maison de tôle et feu de bois l’accompagnent.
Espace temps suspendu, espace psychique, il observe la vie passer.
Devant lui, une plaine, une végétation luxuriante, des nuages mouvant et un calme silencieux.
Promontoire privilégié, sa demeure est un enclos sur le monde qu’on connait.
Pense t’il? Se questionne t’il sur le sens de l’existence?
Sa simple présence l’intègre sans heurt à la nature environnante et le suspend du temps humain.
Il est là depuis 79 ans.
Ravitaillé par hélicoptère quand la faim presse, il cultive et cuisine au feu de bois.
Rien d’autre. Absence à notre monde. Présence à l’ensemble.
Langage haché de créole et d’isolement, il nous parle sans mot, sans artifice.
Son sourire est la signature d’un jour sans fin, d’un éternel recommencement où l’on abroge le doute.
Il porte en lui la sagesse sourde d’un homme accomplis.
Il est là depuis 79 ans et il nous questionne sur le sens de l’existence.

Anthony

Après une nuit froide au Cryptoméria, camping de la Nouvelle, nos jambes sont encore fatiguées de la veille. Nous marchons lentement dans les rues de l’îlets, à la recherche d’un petit déjeuner. D’épicerie en épicerie nous croisons les enfants qui jouent librement dans les rues, avant de nous retrouver comme la veille au soir au Bistrot des Songes où Katy nous reçoit. Aventurière des temps modernes, elle navigue, librement, d’opportunité en opportunité. Son récit mêle anecdotes et bons conseils, comme celui de monter au belvédère un peu plus haut le temps de nous préparer deux Américains. La terrasse du Bistrot est un lieu suspendu dans le temps où les voyageurs viennent y confier leur histoire. Nous faisons la rencontre de Maud, Charles et Jean, avec qui nous poursuivrons notre route : l’ascension jusqu’au Col des Bœufs pour rejoindre leur voiture, le passage à Hellbourg par la cascade du Voile de la Mariée et la route jusqu’à La-Saline-les bains. Ce trajet, rempli de conseils culinaires, de spécificités culturelles et de bonnes musiques (à découvrir dans l’onglet « Art et culture »), nous confirme que sans attente tout devient précieux, intense, extatique.

Ce qui est exceptionnel dans le voyage, c’est d’arriver à un niveau de spontanéité et d’absence de plan qu’on se laisse porter par les autres, on s’abandonne. On ne projette plus d’être ou de faire, on est là simplement. Sujets des rencontres qui nous orientent et nous font avancer vers un inconnu qu’on ne maîtrise plus…

Nos compagnons du jour nous déposent ce soir-là à La-Saline-les-Bains où nous bivouaquons sur la plage, accompagnés du bruit des vagues et de la douceur du retour de l’été.

Nï artrouv,

Antho & Cris


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25 septembre 2020 – 28 septembre 2020

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