Episode 4 : Itinérance

Plage Etang Salé

A la croisée des chemins

Aussitôt avoir quitté la Fontaine Aromatique, nous retrouvons Charly et Manon, qui redescendent du Piton des Neiges, à Etang-Salé. Nous marchons dans le sable noir à la recherche du lieu idéal pour poser les tentes. Les vagues sont belles à la lumière du soleil couchant, se fondant dans une fine brume. Ineffables. Nous montons le campement sous les derniers rayons du soleil avant de retourner en ville, refaire le monde autour d’un verre et de sandwich aux bouchons. La traversée nocturne de la plage nous amuse avec la rencontre d’innombrables crabes sortant du sable pour rejoindre l’eau. Charly et Manon nous livrent tous leurs conseils et recommandations pour l’ascension du Piton des Neiges que nous attaquerons le lendemain-même. Le moment est doux, comme toujours avec eux, sous les étoiles filantes.

Toujours plus près des étoiles

Nous partons le lendemain pour Cilaos et plus exactement le Bloc, point de départ pour la randonnée du sommet le plus haut de l’océan indien et donc de la Réunion, le Piton des neiges. Même si tout se joue de nous (bus loupés à deux reprises, une carte bleue aspirée…) nous trouvons en nous les ressources et la motivation suffisante pour rebondir et, avec un objectif en tête, d’orienter les énergies positives vers l’accomplissement de ce dernier : se poser de 19h à 23h au pied du Bloc pour dormir un peu avant notre ascension nocturne.

Nous partons vers 23h30 avec nos lampes frontales sur la tête pour 1750m de dénivelé, chose que nous avons su seulement à postériori, fort heureusement. La richesse d’une randonnée de nuit c’est qu’elle permet de se focaliser seulement sur le périmètre éclairé par nos lumières. Impossible de voir la montée qu’il reste à faire, impossible d’imaginer le décor environnant. Seuls comptent les pas infinis que nous faisons. L’occasion d’écouter de la musique, de se focaliser sur l’instant présent, de rêver, d’imaginer, de réfléchir à différents scénarios de vies, dialogues, situations…Le bloc, rempart de plus de 1250m de vertical nous use mais nous poursuivons nos routes vers le volcan éteint. L’occasion de se rendre compte que le voyage est à l’image d’une marche en montagne. La satisfaction est double, celle de parvenir à un objectif, à un endroit visé et celle résultant de l’effort fourni pour y parvenir (adaptation, préparation, exploration, oubli de soi). La roche se transforme lentement en scories et le sentier, bien que moins vertigineux, est complexe en raison de cette roche poreuse, tranchante et friable.

Après cinq bonnes heures de montée nous arrivons au sommet, à 3070m, et nous nous posons à l’antenne, lieu recommandé par Charly et Manon. Ce lieu contraste fortement avec la crête sommitale où des dizaines de personnes s’agglutinent, ici nous sommes seuls. Pendant quelques minutes, le jour et la nuit cohabitent. La ligne d’horizon devient progressivement claire et le soleil se lève lentement. Le contraste entre le froid de la nuit (autour de 2°C) et la chaleur progressive est flagrante. Il suffit de quelques dizaines de minute pour nous réchauffer et pouvoir nous écrouler de fatigue. Là-haut la vue est sublime, nous dominons l’île et, après un peu de temps pour se repérer, nous avons la possibilité de voir quasiment à 360 degrés autour de nous. Nous avons un point de vue sur les cirques de Cilaos, Salazie, sur le Piton de Fournaise et sur l’océan. L’île est vraiment paumée au milieu de l’océan indien.

Après 4h de pause et de méditation passive, nous entamons le chemin retour, en plein jour. C’est intéressant de découvrir le paysage que nous avons seulement imaginé à l’aller. Entre paysage volcanique désertique, forêt tropicale et plaine aride, nos pas se fatiguent progressivement et la descente semble encore plus longue que la montée. Nous sommes rincés. On arrive en bas le corps meurtri mais l’esprit rempli de ces images somptueuses et uniques.

Une petite halte à Cilaos pour un gâteau à la tisane et on poursuit notre route direction Saint Pierre.

Un peu de répit

Nous décidons très rapidement de chercher un hôtel à Saint Pierre pour permettre à nos corps de se reposer et se remettre des émotions que le Piton nous aura fait vivre. Ce temps de repos avait également pour objectif d’organiser, finalement, notre prochaine destination. Cette fois, seuls dans le jardin du Papa Daya, aucune chance d’être distraits. Les choses se sont ainsi accélérées : billets d’avions réservés, nous savons à présent qu’il nous 10 jours pour profiter des merveilles réunionnaises. Nous sentons l’excitation d’une nouvelle destination monter et la nostalgie du pays bientôt quitté arriver.

Dans l’enclos de la bête

Requinqués, nous bivouaquons à Bourg-Murat, cité du volcan. L’enclos de l’un des volcans les plus actifs de la planète, le Piton de la Fournaise a été fermé durant plusieurs semaines en raison d’une instabilité sismique.  Dès que nous avons été informés de sa réouverture, il était évident que nous allions aller à sa rencontre. Pendant la traversée de la Plaine des Sables en voiture, nous alternons les exclamations et les silences, subjugués. Nous nous sentons si petits, posés là, au milieu de ce vaste espace « pré-lunaire ».

Plaine des sables

Après 45 minutes de route, nous arrivons au pas de Bellecombe. En réalité, M. Bellecombe n’a jamais mis les pieds ici, mais plutôt Jacob, son esclave.  Nous restons un moment à observer l’enclos du Piton, en contrebas. Enigmatique, il semblerait qu’il faut du temps pour acclimater notre regard, comprendre les perspectives, les dimensions. Nous aurions pu croire que le cône volcanique, Le Formica Léo, face à ses homologues 100 fois plus grands que lui, est minuscule. Mais en focussant le regard, nous observons une dizaine de petits bonhommes sur lui.

Formica Leo depuis le pas de Bellecombe

Datant de 1753, il est le résultat de l’empilement de lave volcanique. Une vingtaine de minutes et quelques escaliers nous permettent de descendre dans l’enclos. Chaque pas est alors porté par l’émerveillement de ce sol rocheux, difforme. Des petits arbustes jaunes ont trouvé vie dans ses failles et ses draperies. Le sol est parsemé de petits cheveux d’or, insaisissables. Ils appartiennent à Pelé, déesse hawaïenne du feu et des volcans. Il s’avère qu’il s’agit de filaments de lave fluide basaltique étirés par le vent ! Incroyable. Nous nous posons quelques instants sur Léo avant de poursuivre en direction du cratère Dolomieu. Celui-ci s’est effondré brutalement au cours d’une éruption en 2007, alors qu’il était entièrement rempli de coulées de lave. Nos jambes ayant toujours en mémoire l’ascension du Piton des Neiges, nous préférons rester dans l’enclos. Mais tel Neil Armstrong nous nous aventurons entre les coulées de lave récentes, noires, grises, rouges, orange, encore chaudes. Le vomi de la Terre. Témoin de sa puissance. Le volcan est encore actif et produit en moyenne une effusion chaque année, principalement au sein de l’enclos. Une ligne de fissures apparait et libère par projection du magma. Ce dernier se fige et crée cette immense plaine lunaire que nous laisseront derrière nous quelques heures plus tard pour rejoindre l’Est de l’île, sa partie tropicale.

Arrivés à Saint Benoit, le contraste est saisissant. Les infrastructures délaissées, une grande partie des commerces fermés, une pauvreté manifeste, un accès à l’eau potable difficile nous interrogent. Comment un tel contraste est-il possible entre l’Est et l’Ouest de l’île ? Climat, présence de plage de sable fin et de lagon, capitaux, enjeux politiques…

Après une nuit en bivouac sur le littoral, bercés par des chants comoriens, nous partons pour la forêt de Bélouve.

Au creux des forêts primaires

C’est Géraud et sa fille, Manon qui nous montent jusqu’au gite de Bélouve, départ des sentiers pédestres de la forêt. Très vite nous nous prenons d’amitié et ils nous invitent à passer les voir à Saint Denis. Eux, partent sur le sentier menant au Trou de Fer malgré le brouillard qui nous entoure, nous, nous descendons direction Hell Bourg, sacs sur le dos. Nous progressons dans une atmosphère féérique, dans cette forêt dense remplie d’une multitude d’espèces vivant en symbiose. Lichen, fougères arborescentes et goyaviers, entre autres, composent cette forêt de nuages.

Forêt de Bélouve

Nous nous arrêtons sur le sentier, admirer cette magnifique contrée de Salazie. Le temps de réaliser la diversité des paysages traversés en deux jours : on est passé de Mars à l’Auvergne, de l’océan à la jungle. On s’habitue doucement au kiff quotidien que nous rencontrons. Merci la Vie ! Après une heure de marche, nous apercevons Hell-Bourg au pied du rempart. Des dizaines d’hectares de chouchous ainsi qu’une bambouseraie nous séparent de la ville.  Durant ces quelques jours dans Salazie, en bivouac aux Anciens Thermes d’Hell-Bourg, le temps semblait suspendu et l’espace infini. De quoi nous préparer aux aurevoirs qui nous attendaient…

Le temps des aurevoirs

C’est Manon et Charly qui ont donné l’idée d’une fête de départ. Nous avions alors pris conscience que chaque étape du voyage nous offrira rencontres et adieux. C’est inévitable. Nous nous sommes retrouvés à la Cascade Niagara, à Sainte-Suzanne. Si la Cascade n’était pas au rendez-vous par manque de pluie, le lieu avait quelque chose de magique. Marina, Thomas, Nathan, le meilleur ami de Charly, Tiphaine et Thomas, sa sœur et son beau-frère, se sont joint à nous pour cet instant de joie. Les aurevoirs se sont fait dans la nostalgie et dans l’espoir de se recroiser sur les routes.

Bivouac Cascade Niagara

Moments de partage à la capitale

Nous avons rejoint Géraud et Manon à Basalte Evolution, leur club d’escalade à Saint Denis, pour une petite session de grimpe. Nous retrouvons alors l’énergie captivante et contagieuse de Géraud (à découvrir dans « Portait du monde »). Nous passons deux jours chez lui à partager nos soirées faites de rires, de musique, de récits de vie, de Zamal. Géraud est doté d’une franche lucidité et d’une sensibilité indispensable. Sa singularité nous accompagnera encore longtemps. Merci!

Nous profitons aussi de ce moment à la « capitale » pour visiter l’université de la Réunion et Thierry Brugnon, ancien client Orthodidacte. L’occasion pour nous d’en apprendre plus sur le rapport des réunionnais aux études et des difficultés rencontrées par les enseignants pour captiver les jeunes générations.

L’heure du bilan

Le test PCR, fait dans le parking sous-terrain du CHU et requis pour notre prochaine destination, entérine le fait que nous nous rapprochons de la fin de notre séjour sur cette île merveilleuse. L’occasion de dresser un bref bilan de ces 33 jours passés ici :

  • 39 voitures en stop
  • 10 nuits en bivouac
  • 6 jours de pluie
  • 2 semaines en wwoofing
  • 800km parcourus
  • 14 hébergements

Merci la Réunion pour ces moments denses et inoubliables. Un mois c’est long, c’est court. On vit beaucoup de choses et on repart en fermant un chapitre. Ce dernier nous semble déjà presque lointain mais nous savons qu’il est passé par tous nos sens, nous l’avons vécu et on pourra s’y replonger quand le besoin se fera sentir. Dans le moment tout semble dingue, intense, fort, incroyable. Dans le recul et la distance, cela semble court, un simple souvenir condensé. La mémoire sera donc le médium pour étaler à nouveau ce souvenir.

Nous le savons, la Réunion nous a livré des enseignements précieux pour la poursuite du voyage. Elle nous aura permis de trouver nos marques à deux, de trouver le rythme dans lequel nous souhaitons vivre. Elle aura aussi instillé l’esprit, le cœur et l’âme à notre voyage : l’ouverture à l’Autre et à ce qui vient à nous, la découverte et l’apprentissage de ce que nous ignorons encore…

La Réunion n’était pas prévu initialement dans notre itinéraire. Cette période de flottement touristique va nous permettre de faire le deuil des choix établis avant le départ pour nous remettre encore plus à l’inconnu et aux agréables surprises que la situation nous réservera. La première étape fut une surprise sublime, tendre et heureuse. Qu’en sera t-il de l’Equateur ?

A suivre,

Cris et Antho

Pour découvrir nos plus belles photos, cliquez-ici !

09 octobre 2020 – 21 octobre 2020

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