Episode 7 : Gracias Pachamama

Avec le kiff ressenti au plus profond de nos êtres et rechargés par nos émerveillements répétés aux Galapagos, on retourne faire un break au Secret Garden pour à nouveau organiser notre futur.

On profite de ce temps pour aller rencontrer l’Alliance Française de Quito et plus particulièrement Charline Largarde (voir l’article rédigé par Orthodidacte ici), la responsable de la pédagogie. On apprend en une heure l’essentiel du fonctionnement du monde de l’éducation en Equateur. C’est sans grand étonnement qu’on nous explique le schisme existant entre l’éducation publique (fiscale comme ils l’appellent ici) et l’éducation privée. L’école fiscale est étranglée par l’endettement du pays et cela engendre une réduction de moyens matériels et des professeurs plus assez investis et encouragés par un salaire n’excédant pas quelques centimes de dollars l’heure. En face, dans les quartiers plus privilégiés, ce sont des écoles à plus de 3000 dollars le mois qui encouragent le mécanisme de reproduction si bien expliqué par Pierre Bourdieu. Le capital, symbolique, culturel, social et économique, en se transmettant d’une génération à l’autre, crée une société d’héritiers, dont la reproduction est l’élément vital à la survie du pouvoir et de la distinction. Charline nous explique que les jeunes équatoriens sont très ouverts au numérique et que cela laisse une chance aux acteurs de l’éducation digitale de réduire les disparités de moyen dans l’apprentissage. Le français en Equateur est la seconde langue étrangère apprise après l’anglais. L’Alliance, chargé de valoriser la culture et la langue française dans le pays, poursuit ainsi son travail d’éducation au numérique pour permettre aux équatoriens de se former en ces temps confinés.

Dès le lendemain, nous laissons Charline, la capitale et nos amis du Secret Garden pour Mindo. Nos hôtes, Alejandro et Florian ainsi que nos voisins, Steve, Chris et les autres, nous avaient une fois de plus fait part de leurs coups de cœur équatoriens et prodigués quelques conseils pour planifier notre parcours. Après être partis dans les îles Galapagos sur leurs encouragements, nous ne pouvions que les écouter à nouveau.

C’est après 2h de bus que nous découvrons le village de Mindo, sa rue, ses tiendas, ses visages bienveillants, ses « Holà ? como esta ? », ses chiens et son petit train fou qui illumine les soirées.

Nous y rencontrons finalement nos voisins du Secret Garden et passons une soirée enveloppés par la nuit noire et de grands arbres. Canopée de Polo y Pan passe dans les enceintes. Chanson si souvent écoutée en France. Il suffisait de fermer les yeux pour être transportés « Jungle sauvage ouvre tes bras, il en faut peu pour toi et moi. » Nous y sommes.

Cette fois c’est vers le haut que nous trouvons la beauté. Non pas en regardant Dieu mais en observant des piafs et des mariposas. Plus de 500 espèces d’oiseaux (dont la plus grosse diversité de Colibris au monde) font la fierté de Mindo. Les différentes infrastructures et lieux pensés pour l’observation des oiseaux dans la forêt (mirador, tarabitas, circuits…) nous ont permis de rencontrer différentes sortes de toucans, de colibris, de rapaces, de perruches… espèces dont les trombinoscopes ne se trouvent que dans des vieux livres de guides : squirrel cuckoo nigricrissa, choco toucan, common tody flycatcher, vermilion flycatcher, colibri de jardin, blue grey tanager, blue winged mountain tanager, collared aracari…

Lorsque par mégarde nos regards se portent en direction du sol, nous avons la chance de rencontrer des tatous et des agoutis, rongeurs mesurant entre 40 et 60cm.

Nous ne nous sommes pas contentés d’observer la nature équatorienne, nous l’avons gouté aussi. A la Yumbos Chocolateria, on nous montre les différentes étapes de fabrication du chocolat à partir de ces grosses graines entourées d’une substance blanche et sucrée dans un petit jardin appelant au calme et à la gourmandise. Face à l’Arriba-arriba (espèce prestigieuse et réservée à seulement 5% de la production mondiale de chocolat), nous éveillons nos papilles avec le cacao aux pourcentages qui prennent tous leurs sens… 100, 90, 80, 70, 60…

C’est drôle de voir comment la perception de la richesse change avec le temps et l’espace. Ces fèves de cacao furent autrefois utilisées comme monnaie au Mexique. Un roi Aztèque a décidé d’en faire une boisson réservée aux caste dirigeantes et militaires. En buvant ce breuvage amer, il exhibait son pouvoir et celui de la nation. Les conquistadors, intrigués, ont ramenés ce précieux en Europe et c’est sur ce continent qu’on a fait le chocolat qu’on connait aujourd’hui. Ainsi va la domestication des ressources et le basculement des centres de pouvoir.

Il suffit de prendre un peu de hauteur pour se rendre compte de la densité de ses forêts de nuage, capables d’abriter tout ce petit monde et cachant des cascades dignes d’un conte de fée. Un chauffeur de taxi nous explique le mal qui a été fait durant des dizaines d’années à ces arbres, coupés pour créer des plaines dans lesquels les vaches pourront paître et permettre ainsi aux habitants de vivre de l’agriculture. « Pero no lo sabiamos… » A présent informés des bienfaits des arbres, des programmes de protection de la nature et de reforestation ont germé, orientant l’activité principale de la population sur le tourisme…

A Mindo, comme dans les villages aux richesse touristiques, nombreux dans ce pays, nous percevons les conséquences de crises économiques chroniques et de celle que la planète entière traverse aujourd’hui. Dans les commerces, des situations quotidiennes nous laissent mesurer l’importante pauvreté dans laquelle le peuple est plongé. Bien souvent, il est très difficile pour le commerçant de nous rendre la monnaie sur un billet de 10 ou $20. Par exemple, après avoir mangé 3 ou 4 empanadas en bord de route, nous avons dû arrêter plusieurs voitures pour demander des pièces en échange d’un billet de $5 afin de réunir l’appoint. Un fond de caisse à sec et des clients absents mais la pauvreté se fait oublier derrières les sourires et le cœur résilient des équatoriens.

En effet le tourisme est aujourd’hui menacé par un virus sanitaire. Pour protéger, on ferme. Et en fermant on appauvrit. Dévolution aux capitaux extérieurs, mondialisation à outrance, politique capitalistique à court terme…L’hyperspécialisation de nos sociétés modernes conduit à des écueils dirigés par le principe du développement, de la croissance. Croissance du nombre de visite par an, croissance du CA, croissance de la masse salariale, croissance des parcelles de terre, des têtes de bovin…Il faut aujourd’hui développer des conditions internes de revenu, de diversification, indépendantes des conditions financières mondiales, du tourisme et revisiter l’auto-suffisance et l’économie domestique. C’est le chemin politique à privilégier aujourd’hui pour donner aux habitants du monde un moyen de trouver une nouvelle façon de construire leur avenir, enrichi des enseignements des crises successives si longtemps déniées.

Nous avions prévu 3 jours à Latacunga, le temps de visiter la lagune de Quilotoa et de gravir un petit bout du volcan Cotopaxi, culminant à 5897m d’altitude. Mais puisque tout ne doit pas toujours être « comme prévu », la météo n’est pas de notre côté. Nous avons tout de même fait les 5h de bus aller-retour pour aller voir la lagune. La route nous promène sur les plaines d’altitude de la cordillère centrale et on est surpris de constater que chaque parcelle de montagne est domestiquée par les habitants. Par chance, nous ne nous sommes pas aventurés dans le sentier permettant de faire le tour du cratère. Juste après avoir admiré la lagune et fait la connaissance de quelques alpagas, nous avons très vite été plongés dans un brouillard ne permettant pas de voir à plus de quelques mètres. Nous nous consolons près d’un poêle à bois et d’un thé à la coca dans un de ces resto habitués à plus de touristes.

Après deux mois de voyage et des centaines de kilomètres dans les jambes, on décide enfin de se poser une semaine dans un endroit propice à la relaxation, à l’aventure et à la contemplation : Banos. Cette ville thermale est bien connue des équatoriens vivant à Quito. A 2h de route de la capitale de plusieurs millions d’habitants se trouve un havre de paix, entouré de montagne, de forêts de nuages, de sources d’eau chaude, de cascades et de belvédères. Le lieu parfait pour mêler détente et découverte dans une sédentarité relative. La détente commencera dès le premier jour de pause : posés sur le balcon de l’hôtel, face à une cascade protectrice, on s’accorde le loisir de ne rien faire, de rester oisif et de laisser les émotions guider la suite. C’est plaisant d’avoir le cerveau vide, sans connexions extérieures, sans trop de pensées ni découvertes. Un temps de pause pour mieux voyager. Remplis par le vide, on profite aussi du temps sur place pour aller visiter « la casa del Arbol » connue pour sa balançoire suspendue au-dessus du vide, face à l’un des volcans les plus actifs du monde, le Tungurahua.

C’est en vélo que nous parcourons l’une des nombreuses « Rutas de las cascadas » du pays. Sur une quinzaine de kilomètres se trouvent différents accès plus ou moins insolites à des points de vue permettant d’admirer la Terre qui fuit : le 1er stop est un parcours de 3 tyroliennes dont la plus impressionnante mesure 1km de long et peut se réaliser tête la première tel un oiseau ! La dernière cascade de notre excursion fut de loin la plus imposante, El Pailon del Diablo.

Nous ne pouvions pas passer par Banos sans s’accorder une petite journée pour prendre soin de nous. Nous nous rendons à El Refugio pour nos premiers soins. Après une promenade pieds nus sur un sentier offrant une herbe moelleuse et des citations inspirantes, on suit le panneau « Banos de Cajon ». Installés face à un paysage verdoyant, nos corps sus, enfermés dans ces boites en bois. Seules nos têtes dépassent. Nos peaux relâchées par les vapeurs brulantes, se raffermissent instantanément entre chaque session, lorsqu’on nous recouvre d’une eau très froide. Un masque de boue sur le visage et un thé chaud en main, nous décidons de poursuivre cet état de bien-être absolu. Quelques minutes en taxi suffisent pour nous plonger dans les bains de El Salado où la nature nous offre une eau riche en fer et en magnésium allant jusqu’à 45°. La nuit est tombée mais nous nous laissons tenter par une proposition de massage « 8$…ça vaudra ce que ça vaudra ». L’un après l’autre nous vivons un instant puissant avec ce mec capable de nous reconnecter avec nos corps, de faire disparaitre chaque petite douleur en soufflant dans sa main et de nous permettre d’atteindre un état de parfait relâchement.

Pour finir notre balade en Equateur, nous décidons de nous rendre à Puerto Misahualli pour découvrir une petite partie des richesses de l’Amazonie. A peine arrivés au village nous sommes surpris par le calme se dégageant des rues. La chaleur y est moite, la musique est partout dans la ville, les gens sont sans masque, sourire apparent, et les singes se promènent librement sur la place du village à la recherche de nourriture et de tout ce qu’il peuvent voler aux touristes : une cigarette sur l’oreille a bien failli être embarquée par ces petits êtres plein de malice et très curieux.

On a les larmes aux yeux en découvrant la plage bordée de cette végétation si intrigante et reposante. En à peine quelques pas dans la selva, on découvre des sons, une atmosphère et des sensations inconnues. On s’enfonce encore un peu pour arriver, sans le chercher, à une paillote et se délecter des échanges interculturels proposés par cette rencontre fortuite avec des Queshua. On déguste un thé froid de Guayusa au citron et au miel et on assiste à la tombée de la nuit, si propice pour observer les oiseaux et autres animaux. Sur le chemin du retour on croise deux personnes, une avec un pendule et l’autre en plein récital spirituel. Ils cherchent des lieux remplis d’énergie et nous initient à la biologie Amazonienne. On apprend très rapidement beaucoup de choses sur les fourmis, 4000 espèces sur 5000 en Amazonie. Certaines, les balles de fusil, déchargent une dose de venin si importante qu’elles peuvent nous clouer au lit pour un bon moment, d’autres peuvent être utilisées comme point de suture, on fait mordre la fourmi au niveau de la plaie et on coupe la tête. Nous poursuivons ainsi la soirée avec Galo et Wilfred à échanger sur les chemins spirituels et les façons d’être au monde. Ils nous proposent de nous accompagner dans notre sortie du lendemain vers la cascade de Latas, reconnue pour sa force tellurique et l’encrage qu’elle procure. Nous rencontrons ce jour-là Andrey, guide de montagne colombien ayant passé une grande partie de sa vie au Venezuela. La marche dans la forêt nous permet d’observer à l’état sauvage un nombre incroyable de papillons, plus gros et colorés les uns que les autres. Une véritable serre ouverte et naturelle. Nous finissons la journée par le partage d’une herbe assez commune dans le monde : la mota. Fort de cette journée riche en exclamation et en découverte joyeuse, nos amis nous proposent de nous accompagner le lendemain dans la jungle pour rouvrir un sentier non fréquenté depuis le début de la crise sanitaire. Nous réalisons difficilement la chance que nous avons de participer à ce genre d’expédition.

Après un petit déjeuner vénézuélien cuisiné par la famille d’Andrey, nous montons dans la benne du pick up en direction de la forêt primaire. On se fait poser au bord de la route et on commence doucement à activer les machettes pour ouvrir une brèche nous permettant de rentrer dans la forêt. Nous prenons le temps de partager des règles importantes de déplacement dans la jungle et nous enchainons sur un rituel purificateur et expiatoire des énergies et des peurs. Un peu de jus de tabac et de gingembre dans le nez pour réveiller le corps, les sens, un peu de mota pour développer les champs de perception, une embrassade franche et collective et c’est parti dans ce monde provoquant chez chacun d’entre nous le même sentiment : « me gusta pero me asusta ». En effet le danger règne dans cette forêt dense. Véritable réservoir de biodiversité, cette forêt de plus de 6.5 millions de km2 abrite près de 40 000 espèces végétales et près de 40% des espèces animales de la planète, dont plusieurs espèces de reptiles, comme le corail, pas agressif mais systématiquement mortel pour l’homme. Nous commençons à marcher en prenant bien le soin de laisser la longueur d’une ombre entre chaque personne pour éviter que les coups de machette servant à dégager le chemin n’arrive pas sur la personne de derrière. La chaleur est particulièrement suffocante, le chemin est pour ainsi dire inexistant tellement la forêt s’est développée rapidement. C’est assez oppressant sur le long terme de cheminer dans cet enfierno verde. C’est tellement dense et haut qu’il est impossible d’avoir un point de vue sur l’extérieur et de sortir sans rejoindre le sentier ou le fleuve. Une autre règle importante à savoir : le troisième du groupe doit être le plus vigilent car c’est lui qui est le plus exposé aux serpents, aux insectes et autres bestioles. En effet le premier va réveiller ou susciter la curiosité de la bête, le second va l’inciter à se préparer à se défendre et le troisième sera attaqué. Cette règle fut vérifiée à plusieurs reprises par des piqures d’une sorte de guêpes et araignées. Il faut donc marcher vite pour ne pas laisser le temps au danger de survenir. L’expédition, par conséquent très psychédélique et onirique, nous permettra, en silence, de nous connecter à nos peurs, à nos vies, aux bruits, à la présence constante de végétation. Il est très simple de se perdre dans cette forêt. Il suffit de prendre trop d’avance ou de retard et on perd le reste du groupe. Crier ne sert à rien tellement le bruit de la jungle est assourdissant. Avec Wilfrid, notre ami biologiste, nous avons perdu la tête du groupe et nous nous sommes perdus. Par chance, nous avons pu rejoindre le fleuve et une communauté vivant en autarcie pour demander notre chemin et reprendre le bon. Nous longeons alors le fleuve pour remonter plus en amont. Le sable mouvant nous complique la route mais nous finissons par retrouver le reste du groupe, attendant patiemment devant une nurserie de boa constrictor. Nous continuons de remonter le fleuve pour rejoindre le point initialement visé mais une pluie diluvienne nous surprend et nous trouvons refuge dans une autre communauté. Le chef de famille est en train de coudre un filet de pêche (4 mois de travail), tandis que les enfants jouent avec un bébé paresseux. Le moment est magique, suspendu au-dessus du temps, riche même sans beaucoup d’échanges. Observer permet aussi de lire les messages silencieux comme le langage corporel, les sourires, les silences et nous enrichie. C’est intéressant d’observer le fonctionnement de ces sociétés vivant au plus proche de la nature, sans aucune route pour y accéder. Ici l’important est de répondre aux besoins primaires et spirituels, loin des désirs consuméristes. Nous faisons en sorte de trouver une pirogue pour remonter le fleuve sous la pluie et retrouver le bon chemin afin de se baigner un peu puis prendre un pick-up pour rentrer au village. Finalement nous aurons marché 8km au lieu de 5.

Après cette expérience sensorielle et spirituelle unique nous décidons d’aller tous ensemble à Tena, gros village amazonien, pour partager ensemble une pizza et une bière au calme et se remettre de nos émotions de la journée. Retrouver le silence est réconfortant après le vacarme incessant de la jungle.

Le soir il est difficile de ne pas penser à ce paradis/enfer vert et ne pas tenter de réfléchir aux différents enjeux lui étant liés. On évoque souvent l’Amazonie comme le poumon de la planète. Même si cette assertion est fausse (car le processus de décomposition de la matière organique consomme autant d’oxygène qu’il en produit), cette forêt est primordiale pour la biodiversité qu’elle enferme et la captation de CO2 qu’elle permet. Les menaces qui pèsent sur elle aujourd’hui sont multiples mais la plus importante est la déforestation pour installer des élevages bovins afin de fournir une partie de la planète en viande. Même si des engagements initiés par Greenpeace furent ratifier par les abattoirs et les supermarchés pour ne pas accepter de bêtes provenant de zones déboisées, la demande, toujours importante, continue à encourager ce genre de pratique.

Le risque majeur du déboisement, de l’extraction de pétrole et de la construction de méga-barrage (sous l’égide de plusieurs multinationales, des pays frontaliers, de la Chine et validé par les mécanismes corruptoires des élites étatiques) est la savanisation progressive de la zone engendrée par la perturbation du cycle de l’eau. Cela soulève un ensemble d’enjeux écologiques aux répercussions mondiales qu’il est important de traiter. Il s’agit du paradis terrestre le plus grand au monde et du lieu de vie de plusieurs centaines de communautés vivant en symbiose avec ce biotope depuis des siècles. Les enjeux de préservation devraient simplement recourir au bon sens et non pas du calcul stratégique. Y passer une semaine permet de ce rendre compte de la force extraordinaire que procure cette partie du monde.

Nous sommes heureux de profiter de ces environnements tant qu’ils existent encore. La Laguna Paikawe fait partis de ces lieux enchantés où le temps semble arrêté et où l’Homme ne peut qu’être intimidé. Respiration coupée pour ne pas faire de bruit, nous nous laissons glisser sur l’eau à bord de notre pirogue. Très vite nous observons des oiseaux bien curieux (un oiseau charpentier, des hoazin huppé, des martins pécheurs…) qui nous encouragent à lever la tête encore un peu plus haut et à aiguiser nos regards. C’est ainsi que nous tombons sur des singes araignées et des singes écureuils.

Emerveillé et en quête d’adrénaline, nous décidons d’y retourner de nuit. Nous retrouvons ainsi la sensation rencontrée aux Galapagos lorsque nous étions à la recherche des requins. De nuit, les bruits sont différents et gagnent en intensité et la pénombre rend l’observation plus difficile. Bien que nous n’ayons pu les observer, nous savons que des caïmans vivent dans ces eaux. Ce sont des arapaima gigas, appelés paichi, les plus gros poissons d’eau douce d’Amérique du Sud pouvant atteindre 4mètres 5, qui accompagnent notre navigation nocturne. Notre guide nous dit de les caresser, idée qui ne nous serait jamais passée par la tête ! Mais en effet, ces paichi semblent très sociables. Nous rencontrons quelques oiseaux à nouveaux sur les branches que nous éclairons à la lampe, certains que nous avions observé de jour semblent se reposer sur une patte, d’autres, étaient des rapaces ne sortant que la nuit.

Nous terminons cette dernière soirée équatorienne attablée au Jardin, prés de la lagune. Les plats se savourent et nos cœurs restent remplis d’émerveillement, de plénitude et de peurs. Nous nous hâtons de terminer notre banane flambée pour rejoindre Wilfred. Galo quant à lui est occupé à préparer une cérémonie pour le lendemain et Andrey doit sûrement être en train de coucher les enfants. Les rues de Misahualli sont désertes et la pluie commence à tomber. Nous nous réfugions à l’abris, sous le kiosque de la place principale. Batman, un chien rencontré au début de notre séjour, est avec nous. La pluie s’est très vite intensifiée et les lumières de Noël rendent le moment irréel. Les mots échangés ne sont plus importants. Ce qui compte ce soir-là ce sont les regards et les pensées, de corazon a corazon, de conciencia a conciencia. Par chance, le temps des adieux est repoussé au lendemain. Nous prendrons le même bus pour aller à Tena.

Le lendemain, le ciel est dans le même état d’esprit que nous, la pluie tombe encore. Nous montons à bord du bus avec Wilfred et son père. Juste avant qu’il ne démarre, on nous dit de regarder dehors, c’est Andrey qui nous fait de grands signes d’aurevoir avec ses bras. Quitter un pays avec des adieux rendent les départs plus douloureux mais aussi plus beaux.

El pueblo de los monos, Misahualli aura su nous prouver une fois de plus que l’Equateur est un pays où la force de la nature est visible et accessible partout, où les sourires sont sincères et où les accolades savent répandre la paix et l’amour.

Chaque jour de notre voyage semble préparer le suivant : une introduction au merveilleux, une approche des animaux, un aliment découvert, du nouveau vocabulaire en espagnol… Jusqu’où tout cela nous mènera ? La sensation est vertigineuse.

Mais pour l’instant en route pour la Colombie…

Hasta luego Amigos

Cris & Antho

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13 novembre 2020 – 1 décembre 2020

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