Episode 14 : Gallo fino no extraña gallinero…

Nous nous retrouvons à Cochabamba pour pouvoir rejoindre notre troisième volontariat du voyage. Cette fois-ci nous décidons de rejoindre une ferme conçue selon les principes du bio-dynamisme et par conséquent de la permaculture.

Nous arrivons sur les plaines de Sipi-Sipi et découvrons notre lieu de résidence pour presque deux semaines. Un domaine de 1 hectare habité par Monica, Jonathan et leur 4 fils, 2 chiens, 1 chat, 4 lamas, 1 tortue, des dizaines de lapins, 2 chèvres et des centaines de poissons. Une maison à destination des volontaires et personnes de passage sur le site, une autre pour les garçons et leur autonomie et la dernière pour les parents. Ce lieu assez magique accueille aussi fréquemment des rassemblements de jeunes qui viennent pour se ressourcer et monter des camps type « scout ».

Ici depuis 20 ans, Jonathan voulait vivre selon les lois de la nature et se rapprocher d’un équilibre presque cosmique. Formateur au sein de l’église évangéliste et intervenant scolaire, il dispense des conseils de fabrication, d’autonomisation et de développement basés sur trois principes cardinaux : Accessible (un enfant de 10 ans peut le faire…), Ecologique et Economique. Il œuvre à développer des systèmes fermés où ce que nous produisons peut être bénéfique à la nature et ce que la nature produit peut l’être pour nous : une relation quasi ombilicale avec la Pachamama qui induit la modération et l’équilibre comme source de satisfaction.

Lorsqu’il a acheté le terrain avec son épouse, il n’y avait ni raccordement d’eau ni source accessible. Ils ont donc créé un énorme bassin de béton recouvert d’une chape hermétique et connectée aux différents écoulements permettant de collecter les eaux pluviales tombant sur les toits. Un vélo recyclé et adapté ad hoc, vissé sur la dalle sert à pomper l’eau du réservoir pour l’acheminer vers une cuve située en hauteur d’un abri permettant ainsi à l’eau de rejoindre les différents robinets.

Dans les années qui suivirent, ils ont installé du chauffage au biogaz. Les eaux des WC sont acheminées dans un puit spécifique, facilement constructible, pour fabriquer du méthane nécessaire à nos gazinières et chauffages. Une fois le méthane produit et récupéré, les liquides sont évacués et servent à arroser les plantes et leur apporter des minéraux comme le magnésium, le potassium, le calcium…

Pour la douche, un étang fut creusé à la main pour permettre une rétention des eaux de pluies. Une éolienne sommaire permet d’activer une pompe se situant dans l’étang et achemine l’eau dans une cuve de plusieurs niveaux de sable et de charbon actif, permettant la filtration de l’eau.

Afin de produire des légumes et autres denrées alimentaires, ils ont creusé l’ensemble de leur jardin à 1m80 du sol afin de créer une géothermie propice, surtout quand on vit à 2900 mètres d’altitude. La terre garde une température presque constante dans la profondeur et permet ainsi de produire de façon plus régulière. Légèrement en pente, il leur suffit d’arroser le haut pour que l’eau ruisselle dans le fond et glisse sur les bâches en plastique soutenant la terre. Cette dernière reste ainsi humide en profondeur et évite d’arroser trop fréquemment.

D’autres mécanismes sont ou furent utilisés sur le domaine d’Agape (qui signifie « Divin Inconditionnel »), comme un four solaire, un compost à lombrics, de l’électricité photovoltaïque …

Un éco-lieu reposant, bercé par le chant des oiseaux et entouré de montagnes impressionnantes, dans lequel nous passerons des moments simples. Le temps pour nous de poser notre énergie et de se laisser aller à la contemplation et au recueillement, à la préparation de notre retraite chamanique qui arrivera 2 semaines après.

Cependant, même si le village autour, à 20 min de marche, nous parait calme, cela n’empêchera pas Cristel de se faire agresser lors d’une balade pour faire des courses, musique dans les oreilles. Un homme a essayé de lui soutirer son téléphone de la poche en arrivant par derrière. Cristel se retrouve au sol avec l’homme qui se penche sur elle pour lui voler son bien. Dans un élan de courage et de sang-froid, elle a réussi à l’agripper au col et lui mettre des coups de pied, ce qui lui fera prendre la fuite. Anthony part la rejoindre avec sa machette mais l’homme a déjà disparu et c’est tant mieux.

Nous finirons par développer de la compassion envers ce dernier, peu expérimenté, qui doit sans doute voler pour survivre… Cristel gardera de cette expérience une certaine force et confiance rassurante envers elle-même et sa capacité de réaction face au danger. Même si tout va très vite, il faut savoir, grâce à la visualisation, se préparer à ce genre de circonstance. À la suite de cette histoire, nous apprendrons qu’ici, encore de nos jours, le vol est intégralement banni de la communauté Quechua. La personne surprise en plein vol risque de finir sur le buché, publiquement. Mais ce fonctionnement civil ne s’applique évidemment que pour des vols entre eux, les étrangers étant exclus du raisonnement traditionnel.

Outre cette aventure, nous avons pris plaisir à mener une vie locale, simple, faite de travail et de repos. L’occasion pour nous d’aider Monica et Jonathan 4 à 5 heures par jour. Nous avons pu travailler sur leur cabane dans les arbres, la nettoyer, l’entretenir, y fabriquer une table basse, un lit pliable en palettes, un escalier d’accès, une extension de la cabane sur laquelle nous avons construit des toilettes sèches. Nous avons aussi enlevé les mauvaises herbes autour des jeunes arbres et taillé le lierre qui recouvre la maison familiale.

Si nous avons pu aller au bout des objectifs que nous nous étions fixés, il a été fastidieux de réaliser tout ça en 8 matinée à cause de la difficulté de trouver les matériaux dans les tiendas, si spécialisées qu’il faut en faire 5 pour acheter la quincaillerie nécessaire, qui est souvent fragile et cassante car de moindre qualité. Finalement nous sommes heureux d’avoir pu y parvenir et leur offrir la possibilité de vivre dans leur cabane ou bien de la louer pour des expériences insolites.  « Vous aurez laissé votre trace ici pour des années » nous dira Jonathan, ravi d’avoir des toilettes et des constructions qui respectent les trois valeurs qu’il enseigne.

Depuis notre habitation, après les excellents repas végétariens de Monica, nous passerons des après-midi douces, propices à la création de projets, à la lecture, au sport et au farniente. Nous rencontrerons le voisin, qui travaille aussi sur le domaine, avec qui nous chiquerons des feuilles de coca en contemplant le travail effectué. Il nous expliquera avoir construit lui-même sa maison sur le terrain d’à côté en 4 mois et pour seulement l’équivalent de 6000 euros… Ça laisse rêveur !!!

Finalement nous aurons passé 12 jours dans ce coin de paradis, loin de la ville, à apprendre des choses, à partager ce que nous savons. Des moments simples et du bon temps pour faire le vide, donc le plein.

Nous sommes dans un jardin, en milieu d’après-midi, près de Cochabamba. Les oiseaux chantent, les lamas se reposent, les poules marchent à la recherche d’un truc à grignoter et le calme est présent dans nos esprits. Autour de nous des « campesinos » travaillent pour entretenir les bovins et construire leur abri de fortune. Les enfants, encore insouciants et inconscients des forces sociales s’exerçant sur eux, jouent dans le purin, marchent pied-nus dans les sentiers de cailloux et de terre. La vie suit son cours ici, comme dans n’importe quelle partie du monde. Chacun trouve, dans son agitation, les raisons de sa présence ici, sur Terre.

Monica et Jonathan nous déposent à Cochabamba afin que l’on prenne un bus pour rejoindre La Paz, la capitale la plus haute du monde. Sur la route ils nous expliquent le caractère très introverti des Boliviens, conciliants et très timides.

Nous profiterons d’une attente de 5 heures pour faire notre premier cinéma en espagnol et sans sous-titres, un super dessin-animé à l’humour décapant et la philosophie salvatrice : The Croods 2. Nous nous laisserons aller aussi à une expérience de cinéma 9D nous faisant vivre, en réalité augmentée, un manège à sensations fortes. Les effets sont au rendez-vous mais le fait de rester statique et d’envoyer à notre cerveau des informations de mouvements simulés par le fauteuil nous donnera une nausée qui nous suivra pendant 1h… Plus jamais !

Après 10h de bus, nous arrivons dans la capitale du pays, situé entre 3600 et 4000m d’altitude. Il fait froid et le souffle est court. Anthony part directement, sans avoir dormi, à l’Alliance Française de la ville pour rencontrer une équipe d’enseignants et de responsables pédagogiques. L’occasion d’approfondir les éléments évoqués par Jonathan et Monica sur le caractère réservé des Boliviens. Les enseignants expliquent que le système éducatif du pays n’encourage nullement le développement de l’esprit critique. Il s’agit ici principalement de recracher un savoir appris sans aucune remise en question. L’héritage d’une culture coloniale où il faut se soumettre et faire profil bas pour survivre et s’adapter. En apprenant le français, les enseignants contribuent ainsi à transmettre une partie importante de la culture française : l’esprit des lumières et la liberté d’opinion. Deux heures d’échanges très heuristiques pour continuer à en apprendre plus sur ce pays fascinant.

Nous partirons le lendemain pour faire la Route de la Mort en vélo avec Laura et Medhi, couple de voyageurs rencontré à Tupiza. Nous sommes 15 dans la navette, 6 français et des Boliviens. Nous faisons la rencontre de Hugo et Raphael, deux jeunes étudiants français, inspirants et inspirés. Ensemble nous cheminons en bus vers la cumbre, située à 4800m d’altitude. Après un thé de coca et une fois les équipements enfilés, nous nous élançons pour plus 3500m de dénivelé négatif laissant dernière nous la haute montagne pour trouver les forêts tropicales. Après un début sur une route goudronnée au paysage spectaculaire, à côté des camions et autobus qui descendent en Amazonie, nous rentrons sur la carretera de la muerte, longtemps considérée comme la route la plus dangereuse du monde. Construite au début du 20ème siècle par des prisonniers paraguayens, soumis aux travaux forcés pendant la guerre du Chaco, elle fut pendant longtemps le seul moyen de relier la capitale avec les villages nord-amazoniens du pays. Aujourd’hui, après plus de 300 morts par an pendant des décennies, une déviation a été construite, bien que certains villages ne soient encore desservis que par cette funeste route. Et en passant en vélo, on comprend la dangerosité du lieu : une piste caillouteuse de 2,5 mètres de large surplombant un vide pouvant aller jusqu’à 300m. Vertigineux.

Nous savions qu’il nous manquerait une dizaine de kilomètres pour terminer la route en raison d’un éboulement récent ayant supprimé une partie de la piste et probablement créé par les mines d’or et d’argent à quelques mètres plus haut. Mais ce que nous ne savions pas c’est que, forcément, nous allions devoir remonter la Route de la Mort en bus pour rejoindre le bitumine. La montée est plus effrayante que la descente, malgré le rythme bien soutenu que nous avons tenu. Après quelques sueurs froides et le passage sous plusieurs cascades, nous arrivons à Pongo, village de bord de route, pour y déguster, selon les locaux, les meilleures truites du pays.

Nous finissons la journée au café del mundo avec nos copains de la journée. C’est fou, en voyage, comme nous pouvons nous nouer rapidement avec des êtres. Comme si la temporalité réduite de la rencontre nous permettait de donner seulement le meilleur de nous et de recevoir la quintessence des autres. Un plaisir décuplé et une nostalgie accrue lors des aurevoirs…

Le lendemain, nous décidons de prendre le réseau de téléphérique urbain, le plus haut et le plus long de la planète. Sur les hauteurs, nous arrivons à El Alto, ville qui semble faire partie de la capitale mais qui est en fait indépendante depuis 1985. Troisième ville la plus peuplée du pays, principalement d’habitants venant de l’Altiplano, elle offre une vue magique sur la capitale la plus haute du monde et ses montagnes environnantes, comme l’Illimani (6462m) et le Huayna Potosi (6088m). Sans doute la plus belle vue sur une ville à ce jour pour nous.

A El Alto, la vie ne semble pas atteinte par la crise sanitaire, ni les habitants qui déambulent sans masques (car immunisés du Covid selon les dires d’un chauffeur de taxi) au milieu d’un marché énorme et désordonné, vendant tout ce qui peut exister de plus insolite et décalé, du treillis militaire en passant par les plastiques automobiles au jus de fruits frais à côté d’un stand de brosse à dents…

Nous allons au gimnasio municipal pour assister à un tournoi de catch de Cholitas, ces femmes aux tenues traditionnelles boliviennes. Le prix pour les étrangers est dix fois plus élevé et permet de financer les entrainements et la promotion de ce sport mixte. Dans le gymnase, seulement des locaux pris à fond dans le jeu du spectacle, jetant café et nourriture sur les catcheurs et des enfants qui applaudissent à la vue du faux sang. Les hommes luttent contre les Cholitas, ces femmes aux chapeaux melon, longtemps discriminées et interdites de lieux publics jusqu’en 1980. La mise en scène est bien rodée et permet aux femmes de prendre le dessus sur les hommes, les mettre au tapis, inversant les normes sociales très machistes encore en vigueur dans le pays ; comme une forme de catharsis des mœurs. Véritable symbole d’émancipation et de liberté féminine, ces matchs de catch au pouvoir presque politique ont été adoptés en Argentine et au Pérou et sont une attraction forte pour les locaux boliviens.

Nous rentrons à l’hôtel en survolant la ville de nuit et nous nous préparons à prendre l’avion le lendemain pour rejoindre Rurrenabaque, porte de l’Amazonie et lieu choisi pour vivre notre retraite chamanique sous l’égide de plantes maestras : l’Ayahuasca.  

Hasta pronto

Antho & Cris

Pour découvrir nos plus belles photos, cliquez-ici !

3 avril 2021 – 19 avril 2021

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