Episode 15 : Rurre, retour à l’Etre.

L’Ayahuasca était doucement rentrée dans nos conversations avec les autres, entre nous, avant de se faire une place dans notre liste des curiosités à explorer. Anthony avait déjà rencontré cette Plante Ancestrale lors de sa venue il y a 7 ans mais l’expérience restait une anecdote, or il savait qu’Elle avait autre chose à offrir qu’une simple expérience sensorielle et mystique… Nous ne voulions pas pour autant provoquer la rencontre alors nous avions décidé de La laisser venir à nous. C’est ainsi qu’en s’accordant un temps pour soi à Sucre, notre masseur nous parle d’Angela et Phillip, deux chamans qui proposent des cérémonies à Rurrenabaque, porte d’entrée de l’Amazonie bolivienne. Nous avions alors immédiatement pris contact afin de découvrir leur approche et ainsi d’organiser une retraite de 8 jours auprès d’eux. Un mois plus tard nous nous retrouvions à bord de ce petit avion qui nous a transporté en 40 minutes de La Paz à Rurrenabaque. 40 minutes pour survoler les impressionnants sommets des Andes enneigés qui laissent aussitôt place à la luxuriance de l’Amazonie, déchirée par l’imposant fleuve Beni. 40 minutes pour abandonner le froid sec des 4061m d’altitude et retrouver une chaleur moite à 274m. Un tuk-tuk nous accueille avec une pancarte à nos noms à la sortie de l’aéroport, qui se résume à une petite maison en bois. Nous traversons alors la ville remplis d’un sentiment inattendu mais si réconfortant de familiarité. Peut-être est-ce dû aux similitudes avec Puerto Misahuali en Equateur et Santiago de Tolu en Colombie… ou peut-être qu’il s’agit de l’énergie qui se dégage de ce lieu. Le tricycle nous dépose dans une de ces rues sereines où Angela et Philip nous accueillent. Si mettre des visages sur des noms peut parfois donner une impression étrange, mettre des visages sur des chamans l’a également été. Nous faisons rapidement connaissance sans trop savoir ce qu’il faut garder pour le « vrai » début de la retraite ou non. Le ciel menaçant nous demande finalement de ne pas tarder à prendre la route pour éviter la pluie en chemin. A ce moment-là nous n’avions aucune idée du lieu ou de la localisation du centre de retraite mais cela importait peu, nous avions déjà décidé d’accorder notre totale confiance à ces deux chamans. Nous les avons donc suivis au port où nous avons embarqué pour nous laisser transporter une dizaine de minutes le long du fleuve couleur café.

La barque nous abandonne sur le bord d’une petite plage de sable fin que nous laissons pour pénétrer dans la forêt qui nous accueillait déjà avec des papillons aux formes et couleurs exceptionnelles et des chants d’oiseaux aux mélodies surprenantes. Un petit chemin qui part sur notre gauche attire notre regard, « Au bout de ce petit sentier, vous trouverez un hamac qui offre une vue sur la rivière, un endroit parfait pour méditer ! ». Nous poursuivons sur le chemin principal cinq minutes de plus avant de traverser une seconde rivière bien plus petite et bien plus claire que la précédente. C’est sur la rive que nous apercevons les premières constructions en bois du site : une cabane cylindrique d’une cinquantaine de m² accompagnée d’un tout petit kioske de la même forme. On nous explique que la 1ère est le temple où se déroulera les cérémonies et les moments d’échanges avec les chamans. Le petit kiosque, lui, est un lieu privilégié pour la méditation individuelle afin de profiter du bruit de l’eau qui court dans la rivière tout en étant protégé des moustiques. Nous continuons notre découverte des lieux en suivant un court chemin ensablé soigneusement délimité par des petites pierres juxtaposées. Nous reconnaissons immédiatement les généreux cacaotiers qui longent le parcours avant d’arriver au comedor où nous partagerons les repas quotidiens. Nous y rencontrons Gianina et Esteban, un couple de volontaires chiliens et Adam un américain en retraite d’une année pour devenir chaman à son tour. On nous présente enfin notre petite cabane, sa terrasse et son hamac. Cristel choisira la chambre à l’étage qu’elle partagera avec trois petites chauves-souris.

En fin d’après-midi, nous retrouvons Angela et Philip dans le temple afin qu’ils nous expliquent le déroulé des 8 jours qui nous attendent. Nous nous installons sur ces chaises de méditation qui forment un cercle, l’un face à l’autre, alors que les chamans se situent à droite et à gauche. Ils nous demandent d’abord de nous présenter : notre âge, notre pays d’origine, l’intitulé des études que nous avons suivi, nos relations familiales, l’évènement le plus difficile de notre vie, l’évènement le plus heureux et l’état des lieux de nos maux physiques. La pluie tombe de plus en plus fort et n’hésite pas à recouvrir le son de nos voix avant de pénétrer au centre du cercle que nous formons. Les chamans nous racontent d’où ils viennent eux aussi avant de nous exposer les principes de la retraite. Les soins apportés ces prochains jours nous purgerons physiquement, émotionnellement et spirituellement pour permettre notre développement personnel. Nous abandonnerons le plus possible de distraction telles que les conversations, la musique ou la lecture. Nous nous détacherons également de LA grande distraction : le plaisir de manger. Afin de purger nos corps et de les préparer à recevoir le pouvoir des plantes, nous mangerons matin, midi et soir sans sucre, sans sel, sans aucune saveur. Nous finirons même par considérer la farine de manioc aussi goûtue que du poivre. Pour prendre soin de nos corps jusqu’au bout, nous avons délaissé tout produit chimique : dentifrice, déodorant, gel douche… Et Angela s’occupera de nous 3 fois par jour en nous donnant d’abord une infusion de uñas de gato pour laver le sang, puis, une infusion de noñi pour ouvrir le cœur. La noñi ayant pour particularité de pousser au bord des rivières, il est conseillé de boire notre infusion prés de l’eau afin de lui permettre d’agir en profondeur. Angela nous proposera également plusieurs séances de thérapie énergétique et holistique appelée biomagnétisme. Des aimants sont utilisés pour rééquilibrer le pH du corps et le nettoyer de toute bactérie par action vibrationnelle. Le reste du temps sera ainsi consacré à la méditation et au contact avec la nature en allant se baigner dans la rivière ou en allant marcher dans la forêt. Alors que la pluie commence à se calmer à l’extérieur, les chamans nous annoncent enfin que la semaine sera marquée par 3 cérémonies d’Ayahuasca dont la première aura lieu le soir-même. Ils nous expliquent que lors de la cérémonie, la Plante agira en nous durant 5h environ afin de permettre une purge physique, en provoquant vomissement ou diarrhée, une purge émotionnelle en ouvrant le tiroir de nos souvenirs et/ou une purge spirituelle en nous communiquant des symboles, des couleurs et des formes. Après avoir répondu à nos questions ils nous invitent à retourner nous reposer dans nos lits pour nous préparer au voyage qui nous attend de 20h à 2h du matin. Il n’y aura pas de merveilleux quinoa au concombre sans goût ce soir-là, il faut jeuner avant la prise d’Ayahuasca. En l’absence d’électricité, l’obscurité nous enveloppe de son calme et son silence, mais nos esprits ne peuvent s’empêcher de penser à ce qui nous attend. Chacun se formule mentalement ses intentions avec quelque peu d’impatience jusqu’à ce qu’on entende nos noms au loin, il doit être 20h…

Arrivés au temple, nous laissons nos chaussures à l’extérieur avant d’y pénétrer. Les bougies nous laissent entrevoir les coussins et couvertures qui recouvrent les chaises et le bol en plastique qui accompagne chaque place. L’encens, lui, nous invite instinctivement à méditer alors qu’Angela distribue des mouchoirs à chacun et que Phillip procède aux premiers gestes rituels qui initient chaque invocation à Madre Ayahuasca. Adam, l’Américain et Alejandro, un Argentin d’une sensibilité qui nous touchera, se préparent eux aussi, yeux clos. Nous procédons ensuite à un rituel pour communiquer nos intentions et notre reconnaissance à Madre Ayahuasca et Padre Tabacco en tirant sur une longue pipe en bois remplie de tabac avant de formuler une prière. Ensuite, à l’appel de nos noms nous avançons face à Phillip qui nous remet un verre de ce fameux liquide épais et amer. Les chamans en prennent également afin de pouvoir se connecter eux-aussi aux ancêtres et esprits qui accompagneront leurs chants et leurs mélodies en prenant soin d’éteindre les bougies. Ils resteront ainsi durant plusieurs heures à offrir leurs voix et leurs instruments à partir de chants mayas, incas ou leurs propres créations pour guider chacun de nous dans son voyage. C’est ainsi que nos âmes s’élèvent, se promènent dans leur passé, se croisent, se connectent aux ancêtres présents… En accédant à une clairvoyance extraordinairement puissante, chacun accepte de passer par des moments parfois douloureux émotionnellement, désagréables physiquement, intenses spirituellement. Lorsque 2h du matin approche, Philipp, s’inspirant des rituels mayas, s’approche de chaque visage avec une coupole remplie de flamme pour nous permettre de sortir de ce voyage serein, apaisé et satisfait du travail réalisé. Se produit alors un phénomène unique ; alors que nos esprits se sentent encore un peu confus, perturbés ou tristes, nos lèvres ne peuvent s’empêcher d’esquisser un sourire immense, incontrôlable… Le chaman nous expliquera que c’est notre âme qui sourit car elle est heureuse du chemin que nous venons d’accomplir. Chacun prend le temps de se relever à son rythme avant de sortir, nous réalisons alors que la pluie s’est arrêtée pour laisser place à un ciel étoilé. Nous suivons le chemin de sable nous conduisant à notre cabane, émerveillés par chaque insecte, chaque feuille et chaque étoile.

Le lendemain matin, après avoir mangé difficilement notre avoine parsemée de pomme, nous nous retrouvons au temple afin de débriefer sur la cérémonie de la veille. Nous commençons par une méditation introduite par trois oms, avant que chacun prenne la parole pour partager son expérience de la veille, l’occasion de se rendre compte avec émerveillement des connexions télépathiques incroyables qu’il y a eu entre les participants et avec les chamans. Nous quittons alors le temple en prenant chaque personne dans nos bras et en prenant soin d’aller rincer nos bols en plastique dans la petite rivière…

Au cœur de la Pachamama, les êtres s’agitent intérieurement, guérison, repos, douceur, apaisement, résilience, compréhension, pardon. Différents mais unis. Assis dans le temple, les chants montent au ciel et dessine un chemin pour l’aventurier immobile : la houle de la mer transportant un bateau, une feuille de coca dévorante pour l’être épuisé, un acte de foi trop souvent imposé, subi, le chant d’une mère sur trois corps blottis, souffrants et tendres. La vie se présente aux âmes sous un apparat de formes et de couleurs. Du symbolique, du magique sous les larmes du ciel. Assis, couchés, dans la joie ou la tristesse, ils cheminent, tâtonnent, s’effondrent et se renforcent. Plantes ancestrales, faites jouer la mélodie de nos histoires, faites tomber sur nous la douceur des origines, de la neutralité. Une porte invisible se glisse dans nos consciences interrogatives. Sans détour, ni doutes nous franchissons ce seuil imaginaire mais si réel, le retour est impossible. Images rédemptrices, souffles nouveaux, parades psychiques et oniriques, tout danse ensemble. La liane nous hisse au dessus du monde physique et, sous la nuit cyclique, nous dessinons un soleil de couleurs et d’harmonie.

Anthony

Les jours suivants, chacun prend le temps de digérer ses émotions et d’intégrer les apprentissages de cette première cérémonie. Quelques mots s’échanges aux repas en étant vigilant à respecter le silence que certains peuvent avoir besoin. Il faudra attendre quelques jours avant de se raconter un peu plus et de réaliser les histoires de vie qui se rejoignent, les épreuves traversées qui se ressemblent et les destins qui sont si mystérieusement uniques. Nous partons également avec Phillip, Esteban et Gianina nous promener dans la forêt qui entoure le centre. Philip nous présente alors les deux plantes maestras, la unas de gato (qui doit son nom à ses épines qui prennent la forme de griffe de chat) et la noni qui pousse à quelques mètres du temple avant de nous montrer la fameuse Ayahuasca. Il s’agit en réalité d’une combinaison de deux végétaux. Le premier est un arbuste, la chacruna, qui est un additif permettant d’activer l’effet psychotrope en produisant de la DMT. Cette molécule est produite naturellement par la glande pinéale à petite quantité ainsi qu’en grande quantité à la naissance et à la mort. Le second végétal est l’écorce d’une liane qui, elle, va inhiber la DMT par le système digestif. Il faudra alors les cuisiner durant 2 à 3 jours pour obtenir la potion dite « Ayahuasca ». Il s’agit d’ailleurs de la juxtaposition de deux mots en quechua qui signifient « liane des esprits ». Il est difficile de ne pas s’interroger sur la manière énigmatique dont les peuples indigènes, il y a près de 5000 ans, ont trouvé cette recette sacrée parmi toutes les plantes qu’offre la nature… Nous poursuivons ensuite notre balade le long des sentiers et des rivières avec notre chaman qui nous montrent plusieurs arbres aux particularités incroyables. Comme le palmier-qui-marche, un arbre intelligent qui est capable de se créer de nouvelles racines hors-sols pour se déplacer là où les rayons du soleil peuvent l’atteindre, ce qui lui donne réellement l’air de marcher. Ou encore comme cet arbre à l’écorce férocement épineuse et vénéneuses pour les poissons. Il suffit d’en immerger un morceau pour que les poissons remontent à la surface et se retrouvent ensuite dans nos assiettes. Nous nous étonnons du sable et des crabes que la mer a laissé là il y a des millions d’années avant de méditer aux abords d’une petite cascade. Quelle chance nous avons de pouvoir consacrer autant de temps à la contemplation et l’émerveillement face à la Nature !

La Pachamama nous conduisit également à une expérience humaine d’une intensité incroyable. A l’occasion de la journée mondiale de la Terre, les chamans ont organisé une cérémonie afin de montrer notre reconnaissance à la Pachamama. Ils ont convié Ben, un Français qui vit à Rurre, sa mère et son frère en visite ainsi que des amis vivant aux alentours. Ben voyageait en Amérique du Sud avec son père lorsque celui-ci est mort brutalement quelques jours auparavant. Sa famille est directement venue de Paris pour lui dire au revoir et rapatrier les cendres. Cette cérémonie offerte à la Pachamama était alors l’occasion de rendre hommage au défunt et de célébrer la Vie. Après le dîner, nous marchons éclairés à la lumière de nos frontales jusqu’à la petite plage qui borde le fleuve Beni, où nous trouvons avec enchantement les chaises en bois de méditation disposées autour d’un grand feu. Ce dernier représentera le Soleil et les 13 pierres qui l’entourent symboliseront les 13 lunes de l’année. Phillip et Angela, accompagnés de leurs instruments ne tarderont pas à nous offrir leur chant. Leurs voix sont plus puissantes que dans le temple, comme aspirées par la Lune qui traverse les nuages, au rythme de la fumée qui danse au-dessus du feu. Puis, nous nous avançons un par un vers les flammes, feuilles de coca en main : « Madre Tierra, Padre Sol, Grande Espiritu, Aqui su hija/o. » suivis d’un message personnel de reconnaissance avant de jeter les feuilles au feu. La coca ne sera pas la seule offrande ce soir. Des bonbons offerts aux esprits (qui, parait-il, sont un peu comme des enfants), puis du Tabac nous ont permis de formuler des vœux pour le monde, pour nos proches, pour nous-mêmes. Les chamans nous invitent à les accompagner dans leurs chants, ils répètent : « La Tierra es mi cuerpo, la Agua es mi sangre, el Aire es mi aliento, el Fuego es mi espiritu. » Esteban et Gianina ont ramené leurs guitares pour eux-aussi offrir leurs voix à l’univers, c’était beau, c’était puissant. Une partie des cendres du père de Ben sont ensuite déposées sur le plateau où sont restés les bonbons, avant d’être donnés au feu, une manière d’accompagner son âme dans l’Après. Ce n’est pas tous les jours que l’on partage un moment aussi intime que le deuil de personnes que l’on ne connait pas et pourtant nos cœurs étaient entièrement disposés à donner de l’amour et du réconfort. Nous avions alors le sentiment fort que les deux cérémonies d’Ayahuasca jusque-là réalisées et le travail personnel accompli nous permettaient à présent de nous connecter à des fréquences émotionnelles et spirituelles différentes. Alors que nos offrandes et les cendres prennent vie dans le feu, nous nous levons pour danser autour, au rythme du tambour et de nos voix libres et heureuses. Nous ne tarderons pas à quitter la plage pour laisser les Esprits récupérer leurs cadeaux. Nous clôturons alors la cérémonie en étreignant chaque personne…

Notre dernière soirée était également notre dernière cérémonie d’Ayahuasca. Les chamans nous expliquent qu’elle est essentielle pour clôturer notre retraite. Durant une semaine nous avons sorti, remué, mélangé nos émotions, nos idées et nos souvenirs. Il est temps à présent d’y remettre de l’ordre. Ça tombe bien, ce soir-là c’est la Super Lune Rose qui permettra le Renouveau. Au réveil le lendemain matin nous sentirons effectivement une agréable sensation de légèreté. Les chamans nous demandent de les suivre jusqu’à la rivière près du temple avec Alejandro. Tout en nous orientant vers les 4 points cardinaux, Philipp prononce des prières pour remercier la Pachamama pour ce qu’elle nous a apporté cette semaine, pour l’ouverture de nos cœurs et les connexions avec nos ancêtres, pour cette Nature qui nous entoure, les insectes, les arbres, les plantes maestra et pour cette purge. Il prie pour que cette Lumière nous accompagne toujours et nous protège contre les maladies afin que nous puissions vivre longtemps. Angela nous remet alors une assiette composée de sel, de sucre, de citron et de piment que nous devons engloutir pour rouvrir les canaux des saveurs. La rivière, qui est le ventre de la Pachamama, nous a permis de renaître en nous immergeant totalement. Lorsque nous sortons la tête de l’eau, nous poussons un cri, comme un nourrisson sortant du ventre de sa mère… Le 26 avril 2021 restera pour nous le jour de notre renaissance. Nous avons eu enfin droit à un vrai petit-déjeuner où nos estomacs rétrécis ont pu savourer salade de fruits et gâteaux au chocolat. Nous nous retrouvons alors pour la dernière fois dans le temple pour le débriefing. Les chamans nous remercient pour le sacrifice que nous avons fait en réalisant cette retraite. Ils nous expliquent que le travail que nous avons réalisé n’est pas seulement pour nous-même, mais qu’il bénéficiera à nos ancêtres, à nos proches, aux générations futures et donc à l’humanité. Si nous ne pensions pas porter une telle responsabilité en nous engageant dans ce process, nous ne pouvons ignorer à présent l’interconnexion qui nous lie aux autres, à la Nature, au passé et au futur.

Connectés et apaisés comme rarement dans nos vies, nous naviguons, heureux, vers le village avec l’excitation de pouvoir laisser nos vies et nos expériences se poser encore un peu et continuer à voler sur nos différents plans cosmiques afin d’actualiser notre présent. Nous nous installons dans un petit hôtel, proche de la tranquille place centrale, à la cour intérieure fleurie et disposant de hamacs pour se prélasser et observer nos émotions nouvelles. Deux jours de pause pour se nourrir à nouveau et découvrir des saveurs venant des 4 coins du monde et importées dans ce petit village. Rurrenabaque est un lieu incroyable où il règne une atmosphère hors du temps. Les gens circulent à moto sans casque, les commerces proposent seulement des choses essentielles, les restaurants offrent une diversité et une qualité rare en Amérique du Sud et les âmes qui y vivent semblent ne jamais se soucier des jours qui passent tellement la sérénité ambiante instille le plaisir simple d’une vie intégrée à la nature. On pêche, on tient un petit commerce qui nous permet de voir la vie passer sans agitation, on se soigne d’une médecine naturelle et incroyablement puissante, on vit à plus de 15h de la grande ville, on profite d’une nature préservée et on prend seulement le temps de vivre, à sa guise, sans heurt ni artifice, sa connexion au monde.

Afin de découvrir les merveilles de cette région magique, nous partons avec les Chiliens Gianina et Esteban pour une excursion dans Las Pampas del Yacuma. 3 jours que nous passerons sur l’eau à bord de notre bateau ou dans nos cabanes sur pilotis à côté desquelles vit un alligator plutôt tranquille appelé Quasi-Miro à cause de l’œil qu’il a dû perdre dans un combat. Notre guide nous explique alors un phénomène terrible qui a existé il n’y a pas si longtemps pour les alligators et caïmans vivant dans le parc. Les guides attrapaient les pauvres bêtes et leur nouaient la gueule avec une corde pour permettre aux touristes de se prendre en photo avec elles. Paniqués les reptiles se débattaient alors pour retourner dans l’eau et finissaient par mourir de faim ne parvenant pas à se libérer de leur muselière… Le paroxysme de la débilité humaine. Aujourd’hui le parc interdit ce genre de pratiques comme toutes celles qui pourraient nuire à l’équilibre de cette nature exceptionnelle. D’ailleurs nous sommes le seul groupe dans le parc, les autres agences ayant été obligées de laisser leurs écolodges à l’abandon depuis la pandémie. Dans notre barque nous observons la nature qui a repris possession de ces lieux dépeuplés d’humains donnant agréablement une atmosphère postapocalyptique. Les singes écureuils s’amusent sur les toits avant de venir nous saluer sur l’embarcation dans l’espoir d’une petite banane en échange. Ces petits singes ne sont pas les seuls à s’amuser de la présence des humains. Nous avons fini par avoir un contact incroyable avec les dauphins roses qui suivent nos traces à chaque sortie sur le fleuve opaque. Nous avons commencé par leur envoyer un ballon qu’ils ont réussi sans difficulté à attraper pour l’emmener quelques mètres plus loin avant de venir nous mordiller les pieds lorsque nous nous sommes mis à l’eau avec eux ! Ils sont la preuve que la mer a recouvert l’Amazonie il y a des millions d’années avant de se retirer en y laissant quelques espèces. Les dauphins restants ont dû alors s’adapter à l’eau douce des rivières. Lorsqu’ils sautent hors de l’eau nous sommes surpris de la forme de leur tête dotée d’un front proéminant et nous réalisons qu’ils ne sont pas si roses. C’est en nous immergeant que nous comprenons que la couleur rose-orange vient de la vase et des végétaux aquatiques qui se décomposent dans l’eau. Cette opacité nous a demandé un peu de courage pour se mettre à l’eau, surtout depuis que nous avons expérimenté la pêche aux Piranha qui nous a confirmé leur présence !  Nos sorties à la recherche d’un lever ou d’un coucher de soleil ou bien d’une île isolée nous ont permis de faire d’autres rencontres surprenantes. Il y a les romantiques singes lucachis avec leur face noire et leur pelage roux qui forment des couples pour la vie ; les adorables coatis qui s’approchent de nos cabanes à la recherche d’une poubelle qui traine ; les imposants singes hurleurs qui répandent leur cri chaque matin dans un périmètre pouvant aller jusqu’à 4,8km !

Nous observons tous les jours des dizaines d’espèces d’oiseaux différentes : des aigles, des caracaras, des hiboux, des condors de las Pampas, des vautours, des hérons, un toucan et mêmes des perroquets bleus et jaunes. Nous ne comptions plus le nombre de hoazins huppés posés sur leurs branches qui nous semblaient si intriguant en Equateur. Nous avons fait la rencontre des capybaras, les plus grands rongeurs au monde qui ressemblent étonnamment à des personnages de dessins-animés. Ils peuvent mesurer jusqu’à 1m35 de long et peser jusqu’à 65kg ! Nous nous amusons des petites tortues qui s’empilent les unes sur les autres sur des bouts de bois qui flottent. Les pauvres, effrayées par notre passage, entament un processus pour plonger dans l’eau mais bien trop lentes, elles n’y parviennent qu’une fois que le bateau est déjà parti. Le guide nous rappelle le nombre de prédateurs friands de leurs œufs alors qu’ils n’ont mêmes pas éclos. Les petites créatures à carapace ont bien mérité de se dorer la pilule au soleil à longueur de journée, non ? Enfin, il y a les animaux qu’on ne voit pas mais qui nous observent comme les anacondas et autres serpents, et il y a ceux qu’on ne voit pas mais qu’on entend, comme le jaguar qui rode autour notre habitation…

C’est incroyable comme les animaux ont la capacité de réveiller la part d’enfant qu’il y a en nous. Ils nous font rire, nous intimident, nous effraient. Lorsqu’on passe du temps dans des endroits préservés comme Las Pampas, on parvient à retrouver l’ordre des choses, un Equilibre où l’humain n’est pas plus fort ou plus intelligent que les autres espèces. Il n’en est pas moins inférieur, il est juste à sa place. Un après-midi, nous nous installons sur le mirador de l’écolodge avec Esteban et Gianina. Nous pouvons voir à perte de vue ces feuillages dont les racines et les troncs s’épanouissent dans l’eau. Le couple, qui ne se sépare jamais de ses guitares, nous a offert un moment puissant énergétiquement en nous faisant découvrir leurs compositions et leurs reprises. Si nous veillions à ne pas parler trop fort depuis le début de l’expédition pour favoriser l’observation des animaux, leurs voix montent dans les airs pour se répandre le long du Yacuma, dans les îles forestières, dans les savanes… Etrangement, l’intensité de leur musique ne semblait pas perturber l’Equilibre, au contraire, elle semblait en faire partie de façon quasi divine. Nous pouvions presque imaginer les animaux cachés dans les feuillages tendre l’oreille pour savourer chaque note.

De retour à Rurre, en nous reconnectant à nos téléphones, on découvre avec joie les messages de notre ami Jacques, le québécois rencontré en Colombie. Il est arrivé dans les parages la veille ! Lorsque nous le retrouvons dans la soirée, nous ne pouvons nous empêcher de lui sauter au cou… En voyage il y a plus d’adieux que de retrouvailles, alors on en profite ! Il nous raconte son séjour au Pérou avant que Gianina et Esteban ne débarquent à leur tour pour une belle partie de billard. Nous réunissons les mêmes personnes dés le lendemain pour passer le même genre de moment, à boire des jus, jouer aux cartes, manger les plats de Luz, s’amuser de nos différences culturelles…. Nous prenons de la hauteur pour profiter d’une vue incroyable sur la ville et la forêt qui l’entoure. Des moments simples qui donnent l’impression d’une douce routine d’un été qui s’éternise. Mais ça ne pouvait pas durer, les chiliens doivent retourner au centre poursuivre leur volontariat. Nous nous serrons dans les bras après une dernière partie de Poto sur la terrasse de Luz…

Le lendemain nous nous rendons chez Angela et Phillip pour réaliser un entretien et tenter une dernière séance de biomagnétisme. Leur maison d’architecte est à leur image : elle respire. La moitié de la maison, sans mur, est ouverte sur la forêt alentour. Nous nous installons dans leur intimité où la table à manger est dans la même pièce que leur lit. Nous les serrons dans nos bras, heureux de les retrouver. Avec la même douceur que lorsque nous les avions quitté, ils nous racontent leur histoire. Angela nous parle de sa grand-mère, nous montre des photos et même un documentaire que la BBC a réalisé lors d’une des cérémonies d’Ayahuasca familiales alors qu’elle était adolescente. Philip, lui, nous parle de son enfance au Chili, à se soucier des autres enfants à l’école, à se questionner sur la mort… Nous les laissons en leur disant à bientôt.

Rurre, avec sa chaleur moite, sa vie hors du monde, sa médecine sacrée, sa simplicité, l’absence de masques, ses personnes inspirantes et leurs vies de bohèmes, son âme et sa qualité de vie, la lenteur des gens, son absence de divertissements et sa nature sauvage nous font dire que nous reviendrons souvent pour retrouver cette harmonie simple. Pour se retirer, se soigner, se détendre, travailler sur nous, partager avec les proches, flâner sans rien faire ou même travailler. Simplement pour être heureux, calmes et inspirés. Rurre sera notre refuge, notre soupape, notre fusible, notre nécessité pour le reste de nos vies.

Hasta luego

Antho & Cris

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19 avril 2021 – 2 mai 2021

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