Episode 20 : Au cœur du Mexique et plus près de soi.

Holbox nous aura laissé une telle marque que nous flotteront pendant quelques jours en se rappelant les personnes rencontrées, les moments passés et l’état d’esprit global auquel nous nous sommes connecté. Pour se changer les idées et véritablement découvrir les richesses de ce pays, nous déambulons dans les rues de Vallaloid. Une ville coloniale, des maisons colorées, une chaleur écrasante dans un environnement tropicale. Nous voilà au cœur de la région du Yucatan.

Cette partie du Mexique est extrêmement prisée par les amateurs d’archéologie, en raison de nombreux vestiges Mayas que nous pouvons y croiser et aussi par les plongeurs pour l’immersion dans les cénotes.

Nous décidons donc, après notre journée de break, de partir à la découverte de notre première cénote, au cœur de l’hacienda Oxman. Un complexe un peu trop touristique qui nous fait dans un premier temps serrer les dents ; une piscine, un restaurant hors de prix et toute l’opulence des regalos touristique que l’on peut imaginer. Mais un fois passé ce constat du développement touristique outrancier, de toute façon propre à l’état du Quintana Roo, nous découvrons la cénote. Incroyable!!! Sans s’y attendre, en s’avançant dans le chemin, un gouffre se présente à nous, presque sous nos pieds et quelques 25m plus bas se trouvent un eau cristalline, de plus de 60m de profondeur, entourée de racines d’arbres plongeant elles même dans l’eau.

Une cénote est en réalité un puit d’eau plus ou moins grand, issu de l’érosion d’un plateau calcaire. Il y a près de 2 millions d’années la mer était plusieurs centaines de mètres plus bas et les eaux de pluie commençaient ainsi leur lent travail d’érosion. L’eau s’est ainsi infiltrée dans les fissures et failles des roches pour créer de véritables galeries et rivières sous-terraines. Les trous béant formant les cénotes secsont ainsi formés suite à l’effondrement de la roche de surfaces laissant apparaître ce qui ressemble à un puit gigantesque.
Pour les Mayas les cénotes signifiaient « puit sacré ». Elles étaient pour eux un lieu sacrificiel (plusieurs squelettes d’animaux et d’humains y furent retrouvés) et une source d’eau douce, nécessaire à la vie quotidienne surtout quand aucun dénivelé ne permet l’acheminement de rivières.

Nous profitons ainsi de cette eau relativement fraîche et transparente. A l’intérieur, nous sommes comme appelés par la profondeur abyssale et nous nous amusons des centaines de poissons chats ayant établis résidence. Une journée douce, face à une beauté de la nature extrêmement originale et intéressante à découvrir.

Le lendemain nous décidons de partir à Ek Balam, le jaguar noir, un temple Maya découvert seulement en 1994 isolé au cœur de la jungle basse du Mexique .
Grâce à une erreur du taxi, nous marchons à travers un chemin dans la jungle qui nous permet d’arriver au site sans avoir à payer. 50 euros économisés grâce à un contournement d’autant plus intéressant qu’il s’agit d’y arriver par la jungle sauvage plutôt que par le grand complexe d’entrée de ce genre de site.
Les équipes de l’Inah (institut national d’anthropologie et d’histoire) sont sur place et réhabilitent le toit de  l’acropole , le temple principal et de nombreuses stèles de pierres taillées représentant une belle partie de l’iconographie maya.

Les mayas vécurent ici de -300 avant JC jusqu’à l’arrivée des conquistador, au 16ème siècle. Or pour préserver leur lieu et espérer le retrouver un jour, ils enfouirent la cité de terre dont le plus haut bâtiment mesurant 31 mètres de haut. C’est pour cela que sa découverte est très récente et que le savoir sur le fonctionnement de cette ville n’est encore que peu connu.

Il est intéressant de se poser en haut d’une pyramide, d’y contempler la jungle environnante et de méditer sur ce que fut la vie ici il y a plusieurs millénaires.
Et pourtant les temps semblent se rapprocher et communiquer les uns avec les autres : un centre de pouvoir, des stratégies de défense, une économie, une système symbolique et religieux tentant d’éclairer la mort et lui donner une direction, des empereurs mégalomaniaques (construisant leur tombe aussi grande que leur palais résidentiel), des habitations résidentielles, et tout un système social permettant de reproduire et développer la superstructure mise en place.

Nous sommes cependant émerveillés par l’environnement de ce centre de pouvoir Maya. La nature est partout et ce constat marque la grande différence avec nos centres de pouvoir à nous, actuellement au cœur de mégalopole tellement bituminées que la connexion à la nature se résume à quelques mètres carrés de jardin et deux semaines de vacances au vert « pour se ressourcer ». Un pouvoir donc déconnecter de son centre, la nature.

Heureux de nos pensées, de nos constats et des énergies ressenties pendant nos présences dans ce lieu sacré, nous nous dirigeons vers deux nouvelles cenotes pour passer l’après-midi : Sac Aua et Palomitas.

L’une forme une grottes fermée dans laquelle seul un petit trou à la surface, donc au niveau du sol de la jungle, permet à la lumière de rentrer et de créer des effets de lumière plongeant dans les 80m de profondeur et révélant les différents stalactites composant la cenote. L’autre est encore différente ; l’effondrement du toit à permis de créer une petite île au centre et nous pouvons donc nager autour dans une eau d’une pureté absolue. Chaque cenote semble procurer une atmosphère particulière, unique et il nous tarde de pouvoir y plonger en bouteille et infiltrer ces réseaux souterrains. Il se dit que toutes les cenotes de la péninsule (plus de 10 000) seraient connectés sur près de 43 000 km2. C’est vertigineux d’imaginer le réseau sous terrain qui existe sous nos pieds.

Après ces phases de découverte nos partons pour un nouvel état, le Chiapas et son Pueblo Magico, San Cristobal de las Casas.

Après 12h de bus nous arrivons dans notre village magique. Une appellation intéressante et intrigante qui signifie que nous sommes dans un lieu avec des symboles, des légendes, de l’histoire, des événements importants, des sites d’intérêt national, des traditions, de la bonne cuisine, en d’autres termes, magique dans ses manifestations sociales et culturelles, avec de grandes opportunités pour le tourisme.

Ce programme lancé en 2001 par le Mexique permet aujourd’hui à plus de 121 villes et villages de plus de 5000 habitants de développer le tourisme, préserver les traditions, développer des produits touristiques novateurs et diversifiés, créer de l’emploi et promouvoir l’artisanat. C’est un programme très stricte aux règles nombreuses (création de programme de développement touristique sur 3 ans, organisation en comité représentatif du village, développement d’ infrastructures touristiques, mise en place de moyens de mesure de l’impact de l’appellation…) qui permet une diversification du développement touristique pour promouvoir la culture et les traditions mexicaines.

Nous passerons ainsi 2 jours à déambuler dans le centre pavé de San Cristobal, à découvrir la quantité d’artisans de rue vendant leur bijoux à même le sol, les boutiques chics qui présentent des modèles de créations incroyables, la place centrale et sa cathédrale en réfection, ses escaliers à chaque coin de la ville qui permettent de prendre de la hauteur et découvrir les montagnes mexicaines qui ceinturent le lieu. Une vibration douce qui nous permet de découvrir une nouvelle façon de vivre le Mexique, de façon moins touristique et donc plus authentique. Vraiment magique.

Suite à ces excellents moments, nous décidons de nous séparer pour presque deux semaines afin que chacun puisse se retrouver un peu seul dans son voyage et vaquer à ses envies personnelles.

Anthony

Après encore 10h de bus je me retrouve à Mazunte, un village magique cette fois ci, perdu entre jungle et océan pacifique. Deux rues de sables descendent à la plage et une rue principale traverse le village. That’s it. Quelques petits restaurants et commerces inspirants et une atmosphère hippie, spirituelle très intéressante car elle cohabite parfaitement avec la vie locale des mexicains présent ici. Mazunte est pourtant un village à la triste réputation puisque qu’il fut un des lieux les plus prisés du Mexique pour la chasse et la vente des œufs et de la viande des tortues marines qui viennent se reproduire sur ses plages, de 1970 à 1990, date de l’interdiction fédérale du commerce de ses animaux. Le centre ayant servi d’abattoir est aujourd’hui un centre de réhabilitation et d’études des tortues marines. Une résilience salvatrice ayant permis au tourisme de se développer (très peu) et d’y accueillir des personnes à la recherche d’un cadre idyllique pour suivre des retraites spirituelle de toutes sortes.

J’ai logé pendant 12 jours à Casa Corazon, un hôtel construit au cœur de la mangrove fait de seulement 3 cabanes de bois bâti sur un ponton pour préserver la nature et les Mazunte, crabes géant bleu et rouge à la pince énorme et ayant donnés leur nom à ce village. Un cadre magique pour venir me connecter à une nouvelle pratique : le Wataflow ; thérapie aquatique mêlant massage, danse dans l’eau et immersions plus ou moins prolongées pour permettre au receveur d’aller dans un vrai relâchement et pouvoir connecter son corps avec l’élément majoritaire qui le compose : l’eau.

Pendant que nous étions sur Holbox, Cristel a rencontré des personnes ayant reçu cette thérapie et elle m’a de suite dit « c’est pour toi » . Sans même chercher à comprendre ce que c’était et étant à la recherche d’une approche me permettant d’accompagner les individus vers un état de bien-être profond, je me suis directement inscris. C’est donc comme ca que je me retrouve avec Leandro, Sandrine (deux êtres incroyables rencontrés sur Holbox) et 7 autres personnes à cette formation de 7 jours.

Chaque début de journée de formation nous commençons par une phase de partage sur nos émotions, nos intentions et nous poursuivons par des ateliers divers permettant de nous connecter à nos corps, nos émotions, nos traumas et nos désirs.
Comme la cérémonie de cacao, permettant, par l’absorption de ce breuvage sacré et accompagné de chant et musique, de danser en connexion avec son corps, de faire remonter des pensées et les accepter, les aimer. Comme le yoga dynamique, permettant, par des mouvements intenses et rapides, de faire circuler l’énergie en soi et d’être en défi face à son corps, de lutter pour résister au mouvement et au final y parvenir par la force de la volonté, de l’écoute du corps. Comme les cercles de sons pures, fait de tambour, de gong et de bol tibétains, permettant une relaxation profonde et l’intégration des moments vécus et du savoir faire reçu. Ou comme encore la danse tantrique et extatique, qui m’a permis, par l’écoute du moment et la formulation de différentes intentions de prendre contact avec mon histoire, mon destin en construction et le sens existentiel que je veux manifester dans ma vie.
L’ensemble de ces moments bonus furent en réalité un élément central pour créer notre dynamique de groupe. En effet, en partageant nos singularités, nos profondeurs, nous sommes parvenus à un sentiment d’unité où la transparence, la bienveillance et l’écoute sont les moteurs principaux. Chaque personne résonnait en moi comme si j’avais été,  j’étais ou je voudrais être comme eux. Un moment où chacun se nourri d’un champs des possible libre, expansif et guidé par les histoires des autres. Chaque s’apporte dans des mots d’échange doux ou dans le silence d’une émotions.

C’est donc tous ensemble que nous partageons ce moment de formation orchestré par Damla,  une jeune femme turque formée au Wataflow par Oceano, son fondateur. Animée par l’accompagnement et l’attention portée aux autres, elle a effectué plus de 700 sessions avant de pouvoir nous transmettre son approche.
C’est donc tous assis au bord de la piscine entourée de plantes tropicales et d’arbres des voyageurs que nous l’observons nous montrer des mouvements, tantôt à la surface, tantôt en profondeur.
Il se dégage une telle grâce, une telle poésie dans les mouvements que permettent l’eau… Sans même résonner sur le pourquoi du comment, sur l’efficacité et autre justification rationnelle, nous voyons, sous nos yeux, l’harmonie et le relâchement se faire et cela suffit pour entourer cet élément et cette approche de magique.
Nous alternons donc phase de réception et phase de pratique. Nous apprenons à nous faire confiance et à nous laisser aller au moment, à nos intuitions pour guider les corps dans l’eau et laisser les âmes vagabonder.
Certains pleurent, certains éclatent de rire, d’autres aperçoivent des couleurs, des signes…chaque émotion est juste, accueillie et accompagnée. Dans l’eau ou sur le sol, nous prenons conscience du lien qu’il nous faut créer avec l’autre pour lui permettre de se laisser aller à ce qui veut, ou doit s’exprimer en lui, sans influence, sinon en confiance.

Nous passerons au total 6h par jour dans l’eau à pratiquer sur toute les personnes présentes, à ressentir les différences d’énergie, les différents besoins, les différentes histoires de vie.
Accompagnés par Memo, notre hôte, et son terrain, ses noix de coco, ses repas de fruits  de noix et de guacamole, nous passerons donc une semaine mémorable. Son 4×4 nous transportera chaque jour dans sa benne laissant la liberté aux joueurs de guitare de jouer et chanter, cheveux au vent, des chants pour la Pachamama.

Le dernier jour, réunis autour d’un feu sur la plage et accompagnés de la lumière de la lune naissante, de musique, de méditation et d’appareils photos nous immortalisons ce lien si particulier. Un moment qui restera un des souvenirs les plus pures de ce que peut être un moment d’amour inconditionnel et poétique pour moi. L’impression de vivre un vieux rêve commencé 53 ans plus tôt et toujours bien vivant : faire du monde un lieu de vie alchimique et respectueux, où les êtres peuvent prétendre aimer et profiter sans perturber. Un rêve qualifié par beaucoup d’utopiste, de paresseux, d’hippie dans sa connotation péjorative… Mais qui ressent cette mystique un jour le sait : dans le lien à soi, aux autres et au monde, des alternatives sont possibles.

Nous embarquons le lendemain matin dans un petit bateau pour une visite des côtes de Zipolit, San Augustino et partir à la rencontre des dauphins. Nous croiserons des dizaines de couples de tortues marines en pleine reproduction, des raies mantas faisant le numéro de voltige au dessus de l’eau et une petite famille de Dauphin. Nous finirons par un moment dans l’eau, en apnée en en tuba, en maillot ou nu, ensemble mais déjà un peu séparés, dans cet élément, cette fois au naturel, qui aura bercé notre semaine.

Sans même se concerter vraiment, chacun part seul, d’autres restent à l’eau ou sur la plage. Notre petit groupe vient de se séparer sans formalisme,  comme il s’est découvert et comme il est. Simple, libre.

Cette semaine aura été un de ces moments qui me permettra de dire un jour, « il y avait un avant Mazunte », car il y a aujourd’hui un après Mazunte en cours de construction. Un voyage intérieur qui s’ouvre progressivement sur l’extérieur, la transmission et l’accompagnement.

Encore quelques jours avec Sandrine, Leandro, Rosi et Fioni à s’étreindre, partager, conclure et encourager. Un matin, une camionnette me charge à l’arrière et je regarde ces rues de sable en enregistrant en moi cette vibration, cet amour et cette transformation ressentie ici. Qu’il y ait de retour ou non, Mazunte fait parti de ces lieux qui me permettent de ramener des choses immatérielle avec moi pour œuvrer a les faire vivre dans mon pays d’origine. La foi, l’amour et l’espoir n’ont pas de frontière.

Cristel

L’idée de suivre Anthony pour passer quelques jours dans un petit village au bord de l’océan ne me paraissait pas désagréable mais quelque chose me disait aussi de mettre ce temps à profit pour l’isolement, l’ennui, la méditation et la créativité… un temps qui accepterait l’imprévu ou la procrastination. San Cristobal fut immédiatement un coup de cœur. Une de ces rares villes où les valises à peine posées, je veux devenir intime avec elles… partir à la recherche de coins secrets, d’habitudes et de repères. Le matin, le ciel est toujours bleu et le soleil vient rompre avec l’air frais et transparent et les rues en pavées m’invitent à déambuler entre ses façades colorées, ses fresques et ses graffitis. Seules la cathédrale et les églises en haut des collines osent dépasser ces petites maisons arc-en-ciel. Chaque coin à son resto bobo, sa galerie d’art, sa friperie ou sa librairie. Mais peu importe ce que l’on cherche, nous sommes à peu près sûrs de le trouver au Mercado Viejo. Je me perds alors dans ce labyrinthe à la recherche de piments, de ramboutans ou de noix de Macadamia. Alors que je m’y promenais avec Anthony à son retour une vendeuse d’encens et de palo santo nous proposera même de la cocaïne et de la marijuana ! San Cristobal est un mélange d’artefact et d’authenticité. Une symbiose semble s’être installée entre les artistes hippies perdus là depuis un moment, les touristes fortunés et les femmes indigènes vêtues de leurs longues jupes en laine noire qui semblent bien trop chaudes…

Dès mon 2ème jour en solitaire, je retrouve Tine ma copine allemande, rencontrée dans le vortex Holboxeño, dans un petit resto indonésien où l’on mange sur des chaises à hauteur d’enfant. Elle me parle de sa mission pour les prochains jours : partir à la rencontre d’artisans pour développer son nouveau business. Tine a créé son entreprise, Chumba Changu, grâce à laquelle les européens pourront acheter directement sur son site des vêtements et des tissus de décoration d’intérieure venant de contrées lointaines et répondant à des critères non-négociables : les produits doivent être faits à la main et les artisans doivent être rencontrés en personne dans leur atelier. Tine les questionne alors sur les techniques et matières premières utilisées, sur leurs conditions de travail, sur le temps passé sur chaque type de produit etc. Elle a prévu de partir dés le lendemain dans des villages alentours à la recherche de ces créateurs cachés et je décide instantanément de l’accompagner dans cette aventure. C’est ainsi que nous nous retrouvons, le jour suivant, à une petite trentaine de minutes de San Cristobal, dans une ville appelée San Juan Chamula. Nous passons de boutique en boutique, on questionne, on insiste. On veut rentrer en contact avec les créateurs des articles vendus mais les commerçants semblent réticents à l’idée de nous aider. Je dois prendre le rôle de traductrice entre Tine et les vendeurs et je me sens un peu maladroite dans cet exercice. Je ne sais pas vraiment comment m’y prendre pour négocier un contact…

Très rapidement on ne sait plus vraiment où aller alors nous décidons de faire un tour dans l’Eglise qui se tient sur la place principale. De l’extérieur elle n’est ni plus belle, ni plus grande, ni plus originale que les autres églises mexicaines mais une fois passées les portes nous assistons à l’une des scènes les plus surréalistes de notre vie. On nous informe tout de suite qu’il est interdit de prendre des photos alors je me résous à immortaliser cette expérience chimérique en enregistrant tout ce que je vois dans mon cerveau. Je capture ainsi chaque détail, chaque odeur, chaque faits et gestes. Ce qui me surprend d’abord, c’est le sol en marbre qui est recouvert entièrement l’herbe coupée. Sur ce sol champêtre un nombre incalculable de bougies sont disposées. Et puisqu’il n’y avait pas de fenêtre, ces bougies devaient constituer l’unique source de lumière. Tout le long des parois de la nef trônent des statuts de saints dans des boites en verre et en bois. L’Eglise grouille de descendants mayas, les tzotzils, les femmes étant toujours vêtues de leur jupe en laines noires, les hommes se contentant d’un jean et d’une petite veste sans manche alors que les plus anciens portent un grand manteau en laine noire ou blanche. Les familles sont assises en prière face à un saint ou face au Christ affligé, ensanglanté. Elles forment un arc de cercle autour des bougies, de bouteilles d’alcool et de coca-cola. Alors que les enfants jouent discrètement sur leur tablette, les adultes eux, prient en murmure, présentent leurs offrandes et font le signe de croix, inlassablement. Chaque famille est ici grâce au conseil de son chaman et sait alors quels rituels et quels sacrifices sont à réaliser en fonction des épreuves rencontrées : difficulté financière, maladie, perte… Si le silence des Eglises est bien connu, ici, il n’existe pas. Les dernières prières des poulets résonnent du narthex au chœur et nous fermons les yeux pour ne pas se rappeler de tous ces cous brisés. Alors que les hommes trinquent le pox avec les dieux, nous quittons ce lieu où le syncrétisme est à son paroxysme.

La journée file à tout allure et notre mission nous attend alors nous prenons un taxi pour nous emmener au prochain village : Zinacantan. Tout comme San Juan Chamula, il s’agit d’un village Tzotzil autonome, c’est-à-dire qu’il est régi par ses propres lois ! Les tisseuses de Zinacantan sont très reconnues dans la région mais nous espérons qu’elles accepteront de nous ouvrir leur porte. Nous expliquons notre mission à Juan, notre taxi, qui nous dit connaitre justement une tisseuse qui sera heureuse de nous recevoir, Juanita. C’est ainsi que nous arrivons à la grande boutique de Juanita où sont exposés de beaux tissus colorés et fleuris : des tenues traditionnelles, des chemins de tables, des housses de coussins et des sacs. Une pluie torrentielle s’abat, assourdissante, sur le toit en tôle mais trois petits rayons de soleil nous accueillent. Trois générations de femmes que les années séparent mais qui ont pourtant le même sourire. D’ailleurs, elles aussi sont bien fleuries et colorées, elles portent la tenue traditionnelle locale dont les chemisiers sont principalement dans les tons mauves et bordés de fleurs. Un grand métier à tisser retient au milieu de la pièce une œuvre inachevée. Nous expliquons le projet de Tine à Juana, Chunka en tzotzil, qui accepte tout de suite les conditions d’une potentielle collaboration. Elle s’installe alors à son poste et nous parle de son travail durant plus d’une heure.

Elle nous explique avoir appris ce métier de sa mère avec qui elle vit ici dans la maison juxtaposée à la boutique. Tous les produits exposés là ne sont pas les siens, elle propose à 15 femmes de disposer gratuitement de cet espace pour vendre leurs pièces. Tout l’argent de la vente revient entièrement à celle qui a conçu le produit et non à celle qui la vend. La journée d’une tisseuse commence comme les journées de beaucoup de femmes de la région, par la préparation des tortillas. Elles récupèrent ainsi l’amidon du maïs avec lequel elles cuisinent pour baigner les fils qu’elles feront ensuite sécher à la chaleur des comales. Métiers à tisser autour de la taille elles travaillent sans relâche jusqu’à 20h. Ensuite elles se « reposent » dans leur maison en brodant jusqu’à 22h… Après avoir acheté quelques échantillons pour le business de Tine, dont Juana a insisté pour lui faire des prix (les négociations inversées !), nous profitons du calme après la tempête pour se promener et entrons à nouveau dans l’Eglise du village. Les saints, enfermés dans leur boite vitrée, entourent également cette nef, mais cette fois ce qui me marque d’abord ce sont ces fleurs qui ornent en abondance l’Eglise. Zinacantan est entouré de cultures très importantes de fleurs aux formes et couleurs si variées. L’Eglise San Jose en est ainsi recouverte de façon démesurée, si bien qu’il faut du temps avant de remarquer les petites statuettes d’animaux sacrés disposés sous les bougies. Hérités des croyances précolombiennes, les nahuales représentent des chiens et des bœufs ayant le pouvoir de faire le bien et le mal. Plus curieux encore, des petits miroirs sont accrochés aux murs un peu partout. Si j’ai probablement dû m’en servir pour me recoiffer, ils sont là en réalité pour entrer plus facilement en connexion avec les saints et inviter à l’introspection.

Une journée aussi riche en rebondissements et en surprises ne pouvait pas se terminer autrement : nous retrouvons Dan, notre british préféré d’Holbox ! Les jours suivants étaient réservés au repos et au bien-être. Curieuses, nous nous sommes rendues à une cérémonie de rapé. Assises sur des coussins dans une pièce à la lumière tamisée, avec au centre toutes sortes d’instruments (guitare, tambours, percussions…) nous observons le chaman souffler sa poudre magique dans les narines des premiers participants à l’aide d’une sorte de paille. Il s’agit pourtant d’habitués mais je les vois tousser, pleurer, renifler… de quoi faire monter la pression. Le rapé est composé majoritairement de la plante du tabac mais aussi de plantes choisies par le chaman. Utilisé dans des rituels, cette poudre ingérée par le nez est une médecine purificatrice et protectrice. Une fois passée mes larmes réflexes, je sens mes voies respiratoires s’ouvrir et mon esprit se clarifier. Guidée par les instruments de musique, je me laisse alors porter par des pensées douces et une méditation aux couleurs pastel…

Le lendemain je pars seule cette fois-ci retrouver le même chaman pour essayer enfin le Temazcal, une hutte de sudation originaire des civilisations préhispaniques que l’on retrouve un  peu partout au Mexique, une « maison de chaleur ». Lorsque j’arrive au lieu de RDV, les pierres chauffent dans le feu et la structure sommaire en bois du temazcal est dénudée. Après quelques heures de méditation au bord de la rivière, les pierres sont enfin chaudes et les arcs en bois sont recouverts d’épaisses couvertures. Nous donnons un peu de tabac en offrande au feu avant de rentrer en quadrupédie dans la hutte. Nous devons être une vingtaine et formons plusieurs cercles en colimaçon, collés les uns aux autres, au tour d’un trou formé dans la terre dans lequel seront déposés les pierres brulantes. Le chaman y ajoute des plantes telle que de la camomille puis arrose le tout, générant ainsi de la vapeur alors que les couvertures ne laissent aucun trou d’air. Les pierres ne sont pas encore recouvertes d’eau que je commence déjà à suffoquer et peine à me détendre, ce qui me surprend car je n’ai aucune tendance à la claustrophobie et supporte bien les chaleurs excessives en général. Je me concentre alors sur la jeune allemande enceinte d’au moins 7 mois présente elle aussi dans la hutte. Je crois que je n’ai jamais ressenti une chaleur aussi intense, puissante, accablante. Le chaman accompagné des gardiens du feu frappe sur son tambour et les voix montent. Je ferme les yeux et me transporte dans le cosmos. L’univers est sacrément grand. Au bout de trois quarts d’heure, je vois la femme enceinte sortir et j’en profite aussi. Je peine à tenir debout alors je m’allonge dans l’herbe, en pleurs avant d’y retourner encore un peu, cette fois plus près de la sortie. Trois sorties de plus me seront nécessaires pour supporter cette moiteur suffocante alors que les chants et les prières deviennent plus forts, plus transcendants. J’aimerai déplier mes jambes, au moins en tailleur, mais il n’y a pas la place. Lorsque la couverture se redresse enfin pour laisser sortir un à un nos corps mouillés et souillés par la boue, je me sens à bout de force. Le lendemain, je sors acheter de quoi m’initier à la peinture, poussée par l’envie de créer mais alors que notre ami Ben est en ville, je refuse de le voir car je suis habitée d’une fatigue étrange me faisant penser à ce dont j’avais entendu du COVID. Inquiète, Tine me ramène alors un test ramené d’Allemagne : POSITIF. Après avoir fait le plein de vivres, je pars alors à l’extérieur dans un appartement fait de bois et de baies vitrées, équipé d’un lit king sized, d’une télé avec Netflix, d’un coin pour peindre et d’un jardin ensoleillé. Malgré la fatigue et les douleurs dans ma cage thoracique, je savoure ces journées où l’oisiveté n’est pas accompagnée de culpabilité. Je me soigne au curcuma, au citron, au gingembre, au curry, à la cannelle, au soleil et à la méditation. Je sens que la maladie qui m’habite, en revanche, elle, n’a rien de naturelle ! Environ trois semaines après l’apparition des premiers symptômes, je sentirai qu’elle m’a tout simplement quitté du jour au lendemain.

Nous nous retrouvons donc dans le bunker de Cristel, préservé de la civilisation et au calme. Nous passerons un semaine à flâner, nous remettre mutuellement de nos semaines seuls et organiser lentement la suite de nos aventures, à l’écoute de nos besoins.

Avant de rejoindre le Guatemala, nous nous arrêtons près de la frontière, plus exactement dans le district de Comitan pour visiter les lagunas de Montebello, un ensemble de plus de 6022 hectares abritant 59 lacs. Un site reconnu comme un des plus beaux du Mexique et le premier de l’état du Chiapas à avoir reçu l’appellation Parc National. Après des heures en colectivo et en tuktuk, nous nous installons au bord du lac Tziscao. Un petit camping nous permet de poser notre tente dans ce décor qui nous rappelle, par temps nuageux, la Norvège et ses fjords.

Apres un queso fundido (plat typique de la région, fait de fromage, d’haricots rouges, de riz, de fleur de courgettes et de chorizo) nous profitons d’une après-midi ensoleillée pour se baigner dans le lac, lire et peindre, l’esprit léger. Le lendemain nous partons avec notre chauffeur de tuktul et son fils de 9ans, qui s’entraîne à être guide de la région et à son tour chauffeur, visiter le lac Pojoj, la laguna de Montebello et les Cinco lagos. Autant de lieu et autant de fois cette impression de changer de pays en parcourant seulement quelques kilomètres. L’Ecosse, la Norvège, le Canada et ses forêts de pins et d’érable, une plage des caraïbes… Le contraste est saisissant. Les couleurs de l’eau alternent du vert émeraude au bleu turquoise en jouant sur les dizaines de nuances possibles et se détachant sur le vert puissant des montagnes alentours, dans lesquelles resident plus de 150 espèces d’orchidées. Un endroit magnifique et préservé, malgré l’augmentation croissante de pollution à cause des intrants chimiques mis dans les sols suite à une mauvaise éducation éco-durable. Nous finirons cette journée dans le passage symbolique de le frontière du Guatemala pour aller visiter une petite cascade et rentrer dans notre camping.Le soir une averse nous permet de vérifier que notre tente n’est plus imperméable et nous trouvons refuge en urgence dans une des cabanes de bois en bord de lac.

Heureux d’avoir pu découvrir ce lieu et d’avoir pu passer deux jours dans la nature, nous enchaînons les colectivos pour nous rapprocher du nord du Guatemala, la première frontière en plus d’un an de voyage que nous allons pouvoir passer à pied.

Hasta luego

Cris & Antho

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5 août 2021 – 29 août 2021

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