Cartagena y las islas del Rosario

Nous arrivons à Carthagène pour attendre la venue d’Enzo. Beaucoup de personnes nous avaient déconseillé cette ville pour son hyperactivité touristique, ses abus policiers et ses sollicitations oppressantes et quelques fois belliqueuses. Nous rassemblons les énergies positives accumulées précédemment pour tenter de conjurer les propos entendus jusqu’ici et être neutre dans la découverte de cette ville.

Carthagène est une ville côtière de plus d’un million d’habitants. Ce fut pendant longtemps un grand port stratégique pour la ruée vers l’or et le premier port négrier d’Amérique du Sud, ce qui explique le grand métissage que nous trouverons dans cette ville.

Le centre historique de la ville est magnifique : des maisons coloniales aux balcons spacieux et fleuris, des petits parcs intimistes, des rues colorées et vivantes et des remparts qui ceinturent le centre et offrent une vue superbe sur ce que les locaux nomment Cartagena-Miami : une vue sur les buildings bordant les plages caraïbéennes et témoignant de la richesse de la ville.

Anthony profitera d’une mer propice au surf pour prendre 2h de cours et réussir à surfer les vagues de Bocagrande. Cependant, même si la ville est belle et les activités touristiques proposées semblent être intéressantes, nous subirons plus que jamais depuis le début de notre voyage, l’oppression touristique et l’insistance indécente des vendeurs de rue. Même si Cristel, grâce à son teint typé, ne subira pas vraiment l’oppression quand elle sera seule, il faut reconnaitre que les centaines de vendeurs ambulants nous permettent pas de nous détendre en ville.

A plusieurs reprises nous souhaitons profiter d’un moment calme pour contempler, méditer, faire le vide mais impossible de plonger en profondeur plus de 5 min. Chacun y va de son truc à vendre et génère chez nous une colère sourde. Comment leur en vouloir d’utiliser le potentiel financier et touristique de cette ville pour tenter de gagner quelques pesos ? Nous avons véritablement l’impression que toute relation naissante est intéressée et ne mènera nulle part, si ce n’est à la déception.

Assez rapidement lassés de ce fonctionnement, nous resterons repliés dans notre hôtel pour organiser la suite des aventures mais même au sein de ce dernier les énergies sont mauvaises et pas assez stimulantes pour passer un agréable séjour (hormis la rencontre de Jena, grenobloise originaire de Medellin, adoptée à l’âge de 3 ans et revenant pour la première fois dans son pays natal).

Nous expérimentons de façon très empirique le principe des égrégores : un égrégore est un courant de pensée collective générant une émotion, elle-même collective et dépassant celle de l’individu. D’une certaine manière toute réunion de deux personnes partageant la même émotion, opinion est un égrégore, générant un courant électrique les dépassant et permettant à d’autres de s’y connecter. Il existe des égrégores « féconds », comme ceux observés dans les territoires en guerre, les communauté auto-gérées qui permettent de générer une force supérieure de bienveillance et entraine chaque individu dans une énergie positive (on s’est tous déjà senti porté par une force qui nous dépasse, uni aux autres et ayant l’impression de faire avancer les choses, bien que modestement). Mais il existe aussi les égrégores « limitatifs » encouragés par les expériences négatives des individus, par les peurs et autre éléments liés à l’égo. Ces phénomènes physiques de connexion des pensées inter-individuelles sont aujourd’hui analysés par de nombreuses universités pour tenter de comprendre la relation encore difficilement explicable entre le monde physique et le monde de l’esprit humain. Quoi qu’il en soit nous avons intégré les courants de pensées des nombreux individus rencontrés nous parlant de façon négative de Carthagène et nous l’avons, sans vraiment le vouloir, fait exister à travers nos énergies progressivement dégradées lors de notre passage dans cette ville. Malgré nos tentatives de restaurer un fonctionnement bienveillant et positif, nous ne parviendrons pas à en sortir avant la venue d’Enzo.

En effet son arrivée, son énergie positive cumulée pendant plus d’un mois au Sénégal (malgré ses 2 jours de trajet) et sa neutralité face à cette ville, nous ont permit de vivre une autre expérience de Carthagène et de redécouvrir, avec des yeux nouveaux, les richesses de cette ville.

Heureux de se retrouver et portés par l’excitation des premiers moments, nous errons en ville contents de tout découvrir, comme ce coucher de soleil sur Cartagena-Miami, comme ce musée-magasin autour de la navigation d’antan, comme ces rappeurs de rue qui improvisent pour Enzo un rap de bienvenue en Colombie… Autant de choses nous permettant de modifier nos appréciations et de passer des moments doux.

Dès le premier soir, comme signe du destin et du changement d’énergie, nous croisons une famille Kogis assise devant un supermarché. Nous nous installons avec eux pendant un temps qui nous a semblé suspendu et nous jouons avec les enfants, portés par une insouciance réconfortante et douce. Cette petite famille ne semble aller nulle part et attend devant le supermarché, sans sollicitation, l’aide des passants. Après plusieurs semaines passées sur leur territoire, la Sierra Nevada, nous nous sentons comme redevables des énergies positives qu’ils ont su connecter en nous et qu’ils connectent encore ce soir-là. Cristel part faire quelques courses avec le père de famille et constate les regards curieux qui se portent sur lui. Comme si c’était eux, les premiers habitants de cette terre, qui étaient étrangers. Nous tirons une belle vibration de ce partage quasi silencieux et nous partons dormir pour être en forme pour nos explorations du lendemain.

En bas de notre immeuble, nous retrouvons Rachid, un libano-vénézuélien qui nous avait alpagué dans le centre historique pour une petite excursion dans les îles du Rosaire. Ce matin-là, nous le sentons perturbé. Il s’est fait voler une bonne partie de ses affaires dont son passeport dans sa chambre, probablement par un Vénézuélien plus en galère que lui… Il nous accompagne tout de même jusqu’au minibus nous souhaiter une bonne journée. Le petit groupe du tour organisé est essentiellement composé de jeunes, principalement des colombiens et deux chiliennes avec qui nous sympathiserons. Après 50 min de route, le bus nous dépose à la Playa Blanca sur la presqu’île de Baru. L’eau transparente et la chaleur s’installant progressivement nous étions tentés de nous installer ici, mais un bateau est venu nous récupérer. Après une organisation confuse au démarrage, nous avons approché l’épave de l’avion du Barron de la drogue qui se distingue à travers l’eau cristalline, avant de se rapprocher de sa maison juste en face de celle de Shakira (enfin sur ces traces !). Nous nous prêtons au jeu de la visite organisée sans non plus aller jusqu’à l’option de la photo avec un pauvre dauphin vivant en captivité dans une piscine. Après avoir fait plusieurs petites îles le temps d’un cocktail de camarones et d’une pina colada, nous retournons sur Baru mais cette fois nous nous échouons sur la Playa Tranquila. Bain de soleil ponctué de quelques brasses et sublimé par le vol d’un perroquet. Cet oiseau habillé aux couleurs du drapeau colombien, bleu, jaune, rouge, nous offre un spectacle irréel au-dessus du turquoise de l’eau et du blanc du sable, avant de venir se poser sur le parasol juxtaposant le nôtre. De quoi observer de plus près cet animal vif et curieux.

Le soleil se couchant, nous devons remonter à bord de notre embarcation pour la dernière activité du jour : baignade dans les planctons bioluminescents. Nous n’avions pas la moindre idée à quoi nous attendre et une fois avoir posé l’encre dans la baie, nous nous regardons tous un peu perplexes. Qu’y a-t-il à voir ? Il faut attendre que les plus téméraires se jettent à l’eau dans l’obscurité pour deviner le phénomène. Nous nous immergeons tous les trois dans l’eau chaude et si salée que peu de mouvements suffisent pour flotter. Plus la nuit tombe et plus nous sommes hypnotisés par ces halos et ces petites étincelles qui suivent nos gestes. Chacun, tête sous l’eau, s’improvise des chorégraphies avec les bras, donnant un spectacle unique et intime. Nos cerveaux peinent à assimiler le phénomène et nos tentatives de capturer le moment en image ne donnent rien. Certainement l’une de ces rares expériences qui ne se racontent pas vraiment, qui attendent juste d’être vécues. Conscients qu’il y a peu d’endroits sur Terre où observer des planctons bioluminescents, qui nécessitent une rencontre entre deux courants opposés ou le contact d’un courant avec un vent fort, nous rentrons nous coucher des planctons plein les yeux.

Santiago de Tolu y la Isla Mucura

Nous quittons Cartagena, heureux d’avoir finalement su profiter de ses trésors mais surtout heureux de se diriger vers de nouveaux endroits, prometteurs de plus de douceur. Après 4h de route, le bus nous dépose à l’arrêt de Santiago de Tolu où des vélos à charrette (unique en Colombie) nous proposent de nous conduire à notre hôtel. L’amusement d’être promenés à l’arrière de ces véhicules atypiques se mélange à l’embarra d’être tractés à la force humaine sur ces routes mal entretenues. Mais nos chauffeurs semblent ravis de reprendre du service après ces longs mois sans touristes et proposent même de nous accompagner aux différents endroits permettant d’organiser notre départ le lendemain matin pour l’archipel San Bernardo. Notre promenade nocturne dans les rues nous donne l’impression d’avoir passé une porte spatio-temporelle nous permettant de quitter agitation et tumulte pour trouver sérénité et quiétude. Une belle introduction à ce qui nous attendait le lendemain… Nous rejoignions notre hôtel pour profiter d’un bain nocturne dans la piscine, propice à de doux échanges.

Le lendemain, nous prenons un bateau pour rejoindre l’Isla Mucura accompagnés de nos vivres pour 2/3 jours. Nous longeons les cotes pendant 30 min avant de nous en éloigner et commencer à apercevoir l’archipel. Nous passons devant Santa Cruz del Islote, reconnue comme l’île la plus peuplée au monde. En effet, cet îlot artificiel a été construit par les insulaires pour, parait-il, s’éloigner de la végétation et donc des moustiques, assez nombreux sur les îles. Santa Cruz ne comporte ainsi aucune végétation et accueille plus de 700 personnes sur un peu moins d’un hectare. La promiscuité y semble oppressante, plus de 10 personnes pour 40m2. Les gens y vivent principalement de la pêche et du tourisme. Sur cet ilot, comme sur Mucura, île voisine, l’électricité est présente seulement 4 à 5 heures par jour, le soir.

Nous arrivons au petit ponton de débarquement de Mucura. Un homme du village nous aide avec nos valises et nous nous dirigeons vers le village de pécheur, accueillant plus de 400 personnes sur 20% de la superficie de l’île, le reste étant des terrains privés appartenant à des complexes hôteliers luxueux. Nous traversons des petits ponts en bois, des mangroves abandonnées par la marée, des piles d’énormes coquillages et un chemin bordé de palmiers accompagné d’iguanes géants avant de découvrir le village où nous avons décidé de dormir. Un village simple et rustique, fait d’habitations en bois, souvent sur pilotis. Nous sommes choqués par le nombre considérable de déchets qui se mélangent aux coquillages. Notre hôtel est lui aussi sommaire et nous découvrirons que les murs servent seulement à protéger notre intimité sans jamais couvrir le moindre bruit. Qu’importe le fait que tout soit bruyant, sale, rustique et sans charme car nous saurons profiter de la terrasse pour regarder le soleil disparaitre et refaire le monde à plusieurs reprises, au rythme du temps qui s’écoule sur une île, calmement.

Nous allons directement nous promener sur cette île et notre premier stop sera aussi le dernier. Une petite table posée sur une petite plage, une eau à 30°C turquoise comme nous en n’avions jamais vu, un restaurant qui propose poissons et langoustes fraichement péchés accompagnés d’un mojito ou d’une pina-colada servis dans une noix de coco. Les trois jours sur place passeront et se ressembleront merveilleusement, qui a dit que la routine n’était pas bonne ?

Nous profitons de ce cadre pour se détendre, bronzer, échanger sur la vie et ses opportunités, sur les différences culturelles… Nous rencontrons aussi des jeunes de l’île de Santa Cruz qui prendrons un malin plaisir à jouer avec la bouée d’Enzo et qui nous ferons faire un tour dans une pirogue de fortune au milieu de ce décor incroyable.

Le premier soir nous sympathisons avec Daniel, le gérant de notre l’hôtel, Awa de Luna. Il habite sur l’île depuis plus de 15 ans et nous raconte ne plus vouloir retourner en ville. En effet la vie sur l’île semble assez paisible (malgré une bagarre à coup de coquillage à laquelle nous avons assisté) et les besoins se réduisent à l’essentiel : manger (donc pécher), dormir (donc construire des abris assez simples mais fonctionnels) et boire et se laver. Pour ces deux dernières activités, Daniel montrera à Anthony la réserve d’eau de l’île : à 5 minutes de marche du village, on trouve une dalle recouvrant une nappe phréatique énorme et un puit permettant d’y descendre un seau pour récupérer de l’eau. Le sceau est vidé dans une brouette et celle-ci, une fois pleine, est acheminée vers les réservoirs situés sur les toits des maisons et l’eau y est propulsée par une pompe thermique. Quel travail ! Il nous expliquera aussi que les coquillages sont si nombreux ici car les habitants de l’île vont au large les récupérer pour tenter d’en extraire les perles.

Les soirées sont douces et nous nous prélassons du fait de rien n’avoir à faire, sinon vivre le moment présent : faire des ombres chinoises, observer un Bernard l’Hermite que nous renommerons Claude, partager et faire découvrir le rosé à une mamie à l’énergie douce, fumer de la mota dans une pince de crabe ou encore repartir découvrir un des autres spots, pourtant si rares, de planctons bioluminescents. Cette fois nous serons seuls avec les deux guides. Après 10 minutes de traversée nocturne, sous le ciel étoilé et éclairés seulement à la lampe torche, nous rejoignons l’île de Titipan pour nous immerger au cœur des mangroves. Cette fois l’eau est plus calme et nous permet d’avoir la tête dans les étoiles tout en l’ayant pourtant dans l’eau. Ces moments sont irréels et nous souhaitons qu’ils ne s’arrêtent jamais, tellement ils sont propices à la méditation et à l’émerveillement.

Encore un peu de plage et d’eau paradisiaques et nous retournons, malgré une mer agitée, nous poser deux jours sur Santiago de Tolu. Des balades dans le village, des restaurant plus ou moins bons, une escapade en moto-taxi sur une plage assez désertique, des moments simples et agréables.

Medellin, le retour

Le soir nous prenons un bus de nuit pour rejoindre à nouveau Medellin et faire découvrir à Enzo la ville d’Escobar et ses nombreux graffitis. Après un pneu qui a crevé au milieu de nulle part et 12h de bus, nous arrivons déphasés à 6h du matin dans la ville. Le temps d’installer nos affaires à l’hôtel et d’enfiler un petit déj, nous voilà partis pour la Comuna 13. Arrivés dans le quartier, nous croisons Laura, notre guide toujours équipée de son t-shirt et sa casquette bleus. Elle nous reconnait et nous sommes fières de lui dire que cette fois, c’est nous les guides pour montrer son quartier au frère d’Antho ! Il y a moins d’agitation que la 1ère fois, les danseurs de rues doivent avoir pris quelques congés. En redescendant les escalators rouges, nous prenons la décision, malgré la fatigue, de monter à bord du métro-câble afin d’obtenir de nouveaux points de vue sur la ville. Le téléphérique survole lentement les bidonvilles s’étendant sur les collines, le temps d’observer l’ingéniosité de ces infrastructures de fortune et de s’interroger : Comment se passe la vie ici ? Comment font les habitants pour accéder à leur logement ? Ont-ils une adresse ? Ces constructions sont-elles légales ? Arrivés au point culminant, nous cherchons rapidement quelques informations sur Internet concernant le Barrio Escobar. En effet, Pablo a offert une maison à des centaines de familles dans ce nouveau quartier, leur permettant de sortir des bidonvilles. Aujourd’hui bien que 16000 habitants logent dans le barrio, impossible de trouver les rues qui la composent sur la carte officielle de la ville. A la place, un immense espace vert révélateur de l’embarras de la municipalité.

Nous pourrions visiter Medellin 100 fois, nous aurions probablement 100 autres éléments de l’histoire à ajouter mais nous décidons de ne pas nous attarder en ville, ayant encore d’autres endroits à découvrir dans ce pays deux fois plus grand que la France.

Alors que nous profitons de quelques minutes pour nous dégourdir les jambes avant de nous assoir 8h dans le bus direction Salento, un vigil vient nous demander de remonter nos masques sur le nez, ce qui n’aurait rien de choquant si lui-même ne l’avait pas mis de la même manière que nous ! La « conversation » tourne très vite au ridicule et nous comprenons qu’il s’agit d’une de ces personnes qui ont besoin de se sentir supérieure afin de compenser on ne sait quoi. Il fera appeler la police qui, à notre grande joie, nous souhaitera simplement un bon voyage avec une tape dans le dos amicale. La folie de la ville, celle des humains et celle du COVID commencent à nous épuiser…

Salento y la Vallee de Cocora

Le bus nous permet de traverser plusieurs parcs naturels et d’observer une variété incroyable d’oiseaux. Les travaux sur la route rallongent notre trajet de 2h et nous faisons une halte dans une petite cantine de bord de route. L’occasion pour nous de constater, une nouvelle fois et avec saturation, le manque de finesse de la cuisine colombienne, trop grasse, trop répétitive, trop pauvre en légumes et surtout la qualité du service qui laisse, malheureusement, trop souvent à désirer.

Nous arrivons de nuit à Salento, village traditionnel réputé pour être au cœur du triangle du café. Dès nos premières minutes dans ce village nous sentons le calme s’immiscer en nous et décidons assez rapidement de prolonger d’une nuit notre séjour dans cette vallée reposante.

Le premier jour nous prenons le temps de découvrir les rues de Salento. En premier lieu, une pause au Brunch, restaurant à la carte fantastique et connu pour son brownie au beurre de cacahuète. Ce lieu deviendra notre QG pendant les 4 jours sur place. Burgers délicieux, décors vintage, personnel au top et informations touristiques intéressantes. Nous recroiserons encore une fois, par hasard, Julien, notre acolyte rencontré à Quito. Le genre de retrouvaille qui offre la sensation de retour dans le passé et en même le constat qui temps qui s’écoule.

A Salento, ce qui saute aux yeux directement c’est les couleurs du village, chaque maison est peinte de couleurs vives et même la mairie est complètement jaune. La place du village est joliment arborée et entourée de nombreuses Jeep Willis attendant les touristes pour une excursion dans les alentours. L’architecture correspond à un savant mélange de culture indigène et coloniale et l’artisanat local est un plaisir pour les yeux. Nous nous sentons vraiment bien ici, au point de se dire que nous pourrions y vivre…

Nous montons rapidement sur le belvédère (haut de ses 300 marches) pour observer le village et la vallée du café qui se dégage derrière. A la redescente nous nous laissons happer par un petit café sur la rue principale qui offrent des mojitos à la coca, au cannabis et aux herbes médicinales. Nous replongerons en adolescence en prenant également une chicha. Nous observons la vie passer et les nombreux « cowboys » qui semblent ici comme oubliés par l’écoulement du temps. Après ce long et doux moment, accompagnés d’un petit concert privé, nous décidons de prolonger l’ivresse naissante en entrant dans le bar juxtaposant le premier. L’ambiance à l’intérieur est chouette et nous invite à tourner un moment, tellement il y a de coins propices à la détente et à l’apéro. Nous nous arrêterons lorsque nous entendrons parler français. Nous rencontrons Doralicia et Amélie, toutes deux ici pour une année avec comme objectif de travailler un peu dans le pays et de découvrir ses richesses.

Après des échanges simples et intéressants sur le voyage et nos vies d’avant, nous décidons de nous retrouver le lendemain avec Julien pour une petite soirée entre français. RDV au même bar pour partager des cocktails puis nous décidons de partir dans un petit hangar pour jouer au Tejo, jeu traditionnel de la vallée du café consistant à lancer des palets de plomb dans une cible remplie d’argile et avec au centre des pétards explosant au contact du palet. Ce jeu, entre la pétanque et le molky, nous a permis de nous amuser comme des enfants et de partager de nombreux shooter d’Aguardiente, le pastis colombien. Quel plaisir de découvrir un jeu dont on pourrait facilement imaginer le développement en France.

Joyeusement éméchés, nous partons dans un petit bar dansant pour faire quelques pas de salsa au milieu des locaux, professionnels en la matière. Vers minuit, nous rentrons chez nous et après quelques épisodes de « En passant pécho », Cristel lance en rigolant « on sort en boite ? ». Enzo et Antho la prenne au sérieux et nous nous retrouvons tous les 3 à la recherche d’un peu d’animation pour prolonger la soirée. Nous croiserons seulement des policiers nous expliquant que le couvre-feu est à 1h du matin et qu’il nous reste donc que 10min. Nous rencontrerons deux colombiens avec qui nous poursuivrons notre route jusqu’à chez nous pour partager encore quelques remontants avant de s’endormir le sourire aux lèvres.

Le lendemain, après plusieurs décalages du réveil, nous prenons une Jeep Willis pour rejoindre la vallée de Cocora. La route est fantastique et, débout à l’arrière de la Jeep, nous profitons d’un paysage pouvant rappeler les plaines écossaises. Nous décidons de monter à cheval pour découvrir les nombreux belvédères situés entre 1800 et 2400 mètres et offrant une vue sublime sur les palmiers de cire, symboles nationaux. Après quelques frayeurs causées par nos montures un peu folles sur les sentiers boueux, nous prenons le temps de nous imprégner de cette vue unique au monde, heureux de nous retrouver en pleine nature. Ces palmiers sont les plus hauts du monde et donne un caractère féerique à cette vallée verdoyante.

Avant de partir nous gouterons une des spécialités locales, la truite. Assis sur un petit balcon nous apprécions une dernière fois cette vue sur les Andes avant de prendre la route pour Cali, capitale de la salsa.

Cali y las Montanitas

Nous avions entendu beaucoup de bien sur Cali, mais malgré que les égrégores étaient cette fois favorables à notre séjour dans la ville, nous avons un peu déchantés à notre arrivée. Alors que nous nous rapprochons de notre appartement en taxi depuis la gare routière, les rues ont des airs de mauvais western. Remplacez les virevoltants par des déchets, les vautours par les hommes qui se shootent au crack et le saloon par des commerces au rideau de fer baissé… Heureusement, l’entrée dans notre logement à l’accès sécurisé nous apaise… les 11 étages ont de quoi nous offrir une vue sur les églises se dégageant des immeubles et sur les montanitas verdoyantes. De quoi oublier ce qui se passe plus bas où nous observerons avec tristesse, à la nuit tombée, les âmes errantes dépouiller les sacs poubelles abandonnés sur le trottoir. Nos déambulations dans les rues les jours suivants notre arrivée nous rassurent tout de même, avec les commerces ouverts et donc, avec plus de Calenos dans les rues.

Loin d’être l’un de nos passetemps favoris, nous passons une bonne partie de la semaine dans l’un des centres commerciaux du sud de la ville. En effet, au 6ème étage, où se concentrent les cabinets de dermatologie, se trouve un salon de tatouage où nous faisons la rencontre d’Esteban. Un mec qui ne parle pas beaucoup mais qui saura sublimer nos corps. Nous passerons, nous trois réunis, prés de 20 heures sous l’aiguille, sans compter les temps de création où Estaban nous surprendra par son talent. Heureusement, le Dunkin Donut au rez-de-chaussée saura nous apporter courage et réconfort.

Nous avions été optimistes lorsque nous imaginions que la semaine serait également composée de cours de salsa. Mais l’énergie nous manquant nous passons nos soirées à cocooner à l’appartement, profitant des derniers jours en la présence d’Enzo. Pour sa dernière soirée, nous retrouvons Amélie qui nous raconte avoir eu une semaine un peu compliquée. Nous sommes alors heureux de partager cette soirée où nous déambulons dans l’agréable quartier de San Antonio avant d’atterrir au Topa Tolondra, l’un des bars Calenos pour danser la salsa. Bien qu’il soit 23h, il n’y a pas autant de danseurs sur la piste que ce que nous l’imaginions et la musique est sans surprise bien trop forte. Ne nous entendant pas vraiment parler et nos faibles niveaux de salsa (voir très faibles…) ne nous mettant pas en confiance pour se lancer sur la piste, nous prenons place de façon hésitante. Nous sommes probablement les seuls étrangers et notre voyeurisme est difficilement dissimulable. Nous observons la volupté de ces corps (bien souvent façonnés par la chirurgie esthétique) et l’assurance de ces pas qui s’enchainent au rythme de la musique qui sort des enceintes, doublée par les instruments qu’agitent quelques-uns. Nous nous avouons qu’il est dommage que nous n’ayons pas eu le temps d’apprendre la danse locale répandue dans le monde entier mais ce constat ouvre de nouvelles portes pour les expériences à venir… En attendant, nous quittons nos chaises pour laisser parler nos corps du mieux qu’ils le peuvent.

Le lendemain nous accompagnons Enzo à l’aéroport, peu serein quant à son retour en France… il faut dire que chaque condition et démarche requises rendent le voyage incertain. Nous aurons le cœur net sur son arrivée que 48h plus tard lorsque ses 4 vols seront effectués. Son départ aura su laisser un vide dans notre quotidien de voyageurs, avec ses « viande de fiente ou fiente de viande », ses sondages « si tu devais choisir entre… » et ses En passant pécho. 3 semaines de colocation pour prolonger et embellir une relation fraternelle, faite de remises en question et d’enrichissement mutuel. Le voyage, par sa teneur spirituelle et son éloignement géographique est un fabuleux moyen de construire de nouvelles choses en partageant des moments forts et en s’émerveillement de ce que la vie peut nous offrir, tout simplement. Nous attendons, dans la certitude, la prochaine venue d’un proche afin de partager notre route…

De nouveaux tous les deux, nous décidons de passer nos derniers jours en Colombie sur les hauteurs de Cali en las Montanitas, introduisant le parc naturel de los Farallones. Nous resterons durant 4 jours de pluie à l’intérieur de notre Casa en el Cielo où les baies vitrées nous permettent de profiter nuit et jour de la vue sur El cerro de los Cristales où el Cristo Rey veille sur Cali illuminée, de la vue sur el Cerro de las Tres Cruces ainsi que de la visite des guacharacas, des aigles blancs, des perruches vertes et des petits oiseaux turquoise, rouges ou encore jaunes tout en restant sous la couette. Entourés de ce vert nous pouvons planifier notre prochaine destination en veillant à répondre aux formalités et nous accueillons paisiblement la nostalgie de nos trois mois en Colombie.

Adios Colombia

Nous savions qu’embarquer à bord des 3 avions nous permettant de rejoindre la Bolivie ne serait pas de tout repos mais notre 1er check point à l’aéroport de Cali a su nous le confirmer. Une fois de plus, nous nous prêtons au jeu des protocoles dénués de sens et devons nous résoudre de façon absurde à falsifier des documents sous le nez de l’hôtesse pour espérer embarquer. Notre 1ère escale : Bogota. 9h pour nous donner l’impression d’un retour à la maison. Nous nous revoyons à notre arrivée, 3 mois plus tôt, où l’obscurité rendait l’inconnu encore plus mystérieux. Nous nous remémorons notre entrée au Botanico Hostel, alors que nous ne pouvions imaginer ce que nous nous apprêtions à vivre.

Laura et Dolor nous ouvrent la porte de leur si jolie maison, toujours aussi souriants et chaleureux, nous rappelant nos moments simples et doux. Sur l’encouragement de leurs questions et de leurs exclamations nous déballons nos péripéties et nous nous amusons ensemble des curiosités colombiennes nous ayant marqué. Malheureusement, ils ne disposent que de peu de temps et les retrouvailles se suivent aussitôt d’adieux. Nous sommes heureux de les avoir rencontré mais nous aurions aimé passer plus de temps avec eux à refaire le monde et rêver un peu.

Nous ne pouvions passer à Bogota sans nous rendre au Botanico où nous attendons notre cher ami Chris. Paula et Miguel sont là, ils semblent heureux de nous voir, plus rayonnants et avenants qu’avant. Ils sont impressionnés par nos progrès en espagnol, ce qui nous rappelle alors que le Botanico s’était essentiellement vécu en anglais pour nous. Chris fait son apparition et nous lui sautons dessus pour un abrazo, heureux de retrouver la première personne à nous avoir fait découvrir la culture colombienne. Sur la terrasse de l’hôtel il nous explique avoir passé quelques mois difficiles depuis que nous sommes partis entre soirées qui tournent mal à l’hôtel et dérives des volontaires couplés du COVID qui ne l’a pas épargné. Il parait en effet fatigué par ces mauvaises expériences mais nous nous sentons plus proches de lui maintenant que nous partageons sa langue. Et puisque nous terminions notre séjour colombien par là où nous l’avions commencé, nous allons passer notre dernière heure à la Casa Mama Luz où les saveurs sont toujours bien présentes. Les aurevoirs sont difficiles avec Chris mais nous nous quittons avec l’espoir de nous retrouver en Europe d’ici un ou deux ans, comme il le planifie.  

La Colombie c’est des gens qu’on a aimé profondément, des instants de folie vécues et partagés, des paysages découverts et dont nous garderons l’esprit tatoué sur nos corps, des réflexions profondes initiées, des coups de cœur et des coups de gueule. Un pays fascinant qui ne nous quittera jamais !!!!

Colombia, vida loca, nous avons une promesse à tenir : revenir dans les 10 prochaines années. A bientôt donc mais pour le moment direction les richesses andines de la Bolivie.

Hasta luego

Antho & Cris

Pour découvrir nos plus belles photos, cliquez-ici !

2 février 2021 – 5 mars 2021

Retour à Taganga

Après notre pause à la Casa Mediterranea, nous nous relançons à la découverte de ce fabuleux et si diversifié pays.

Goyo, notre ami de la finca Cinduli, vient nous chercher en taxi pour rejoindre à nouveau Taganga. Il nous explique vouloir rester à Santa Marta et chercher du boulot. Il s’est renseigné pour être chauffeur de taxi mais il n’a pas les moyens pour se payer la licence qui coûte 100 euros plus les charges de location journalière de taxi à 15 euros. Nous apprendrons finalement qu’il retournera dans son pays, le Vénézuela, où la situation est pourtant catastrophique.

Nous arrivons ensemble à Taganga et nous avons le plaisir de retrouver Lili, Ruben et Geronimo pour une journée détente à la plage. Nous prenons un smoothie banane-Oréo dans un des nombreux kiosques à poissons du village et nous allons à Playa Blanca, notre plage aux milles aventures. C’est la deuxième fois que Ruben se baigne dans la mer et nous assistons, heureux, à ce moment sacré. En effet les Kogis, normalement, ne s’immergent pas dans la mer, considérée comme déesse sacrée à l’origine de toute chose. Une façon symbolique de signifier que nous ne re-rentrons pas dans le lieu d’où on vient.

Lire la suite

Feliz Navidad en Taganga

Arrivée à Santa Marta en début de journée, les paysages nous rappellent fortement notre arrivée à Saint Denis de La Réunion. Un aéroport proche de l’océan, qui nous donne l’impression d’atterrir sur l’eau, une architecture propre aux villes du sud, une chaleur assez suffocante. Cela nous rappelle aussi à quel point notre première destination est loin de nous. Plus de trois mois de voyage et des souvenirs qui bousculent les précédents. C’est vertigineux et nous sommes heureux de prendre du temps pour écrire ces aventures afin de les distiller et les métaboliser dans nos corps et nos esprits.

Lire la suite

Nous sommes finalement arrivés à nous extirper des folies nocturnes de la capitale pour rejoindre Medellin, ville du printemps éternel. La route est assez incroyable et nous permet de commencer enfin à découvrir la richesse environnementale de la Colombie : des montagnes, des forêts luxuriantes, des oiseaux incroyables, un coucher de soleil fabuleux près d’un village d’exploitants de mangues, une vue imprenable sur Medellin by night… Et tout ça en 450km et 12h de bus, plus confortable qu’un avion et pour seulement 20 euros.

Nous nous installons dans le quartier paisible et résidentiel de Laureles où se trouve à quelques pas la Carrera 70, connue pour son activité nocturne, ses nombreux restaurants et sa proximité avec le centre-ville. L’occasion pour nous de découvrir plus en profondeur le fonctionnement de la ville et son histoire politique.

Lire la suite

« Aller jusqu’au bout ce n’est pas seulement résister, mais aussi se laisser aller. » Albert Camus

Nous quittons Puerto Musahualli le matin du 2 décembre pour rejoindre notre troisième destination : La Colombie.

Même si nous cherchons à favoriser le fait de voyager à vitesse humaine dans nos déplacements, le Covid nous oblige à prendre des avions pour changer de pays en raison de la fermeture des frontières terrestres. C’est dommage de ne pas pouvoir pérégriner en bus le long de la Panaméricaine mais il faut reconnaitre que le fait de quitter l’Amazonie équatorienne le matin et se retrouver le soir dans la capitale colombienne est assez hallucinant en termes de transition.

Lire la suite