Description des voyages, rencontres, anecdotes et coups de cœur.

La Mesia. Notre première frontière terrestre traversée depuis le début de notre périple. Nous aurions aimé en traverser davantage mais le COVID ayant fermé la plupart des frontières terrestres nous avons été contraints de privilégier les voies aériennes. De sa rue principale, notre première ville guatémaltèque ressemble surtout à un grand marché où seuls les tuk-tuks circulent. A peine munis de Quetzales, nous en chopons un pour rejoindre la gare routière à quelques mètres de là… le temps d’observer cette nouvelle monnaie qui porte le même nom que l’oiseau symbole national du Guatemala. Les longues plumes turquoise de sa queue étaient en fait utilisés par les mayas comme monnaie ! Finalement, on nous arrête en plein milieu de la route pour nous faire monter dans un immense bus bariolé. C’est ce qu’on appelle en Amérique centrale, un Chicken Bus. Il s’agit en réalité d’anciens autobus scolaires nord-américains quelques peu améliorés : couleurs vives, klaxons aux mélodies exubérantes, leds, sono, stickers, statuts de Jésus et autres grigris. On les appellerait ainsi en raison des nombreux animaux que les passagers transporteraient dans ces bus… En ce qui nous concerne, nous n’avons pas vu à proprement parlé d’animaux mais nous avions davantage l’impression d’être nous-mêmes du bétail transporté. Le bus surchargé persiste à s’arrêter prendre de nouveaux passagers alors qu’il roule de plus en plus vite, n’hésitant pas à doubler dans les virages. Nous comprenons à présent pourquoi la protection divine est primordiale. Mais d’autres bus ne devaient pas avoir les amulettes nécessaires car au bout de plusieurs heures de route, nous nous retrouvons bloqués face à un accident qui vient tout juste de se produire entre un camion et un chicken bus. Les passagers sortent un à un de ce dernier, ensanglantés, alors que le chauffeur du camion semble être coincé dans son véhicule. Nous sommes tout de suite rassurés, il n’y a pas de mort, « juste » des blessés légers et des traumatisés. A l’arrivée des premiers secours, le chauffeur du camion trouve finalement le moyen de s’extraire avant de prendre la fuite en boitant. Personne ne le rattrape et nous quittons cette scène étrange pour rejoindre un autre itinéraire quelque peu bancal. Nous traversons alors des zones d’éboulements non sécurisées avant de passer une nuit-étape à Quetzaltenango.

C’est le lendemain, apaisés et reposés que nous rejoignons la petite ville de San Pedro au bord du Lac Atitlan. Nous y retrouvons Tine, Dan mais aussi Reynald, Sophie, et la famille Mazel dans un de ces restaurants qui donnent une vue spectaculaire sur le lac. Nous sommes tout de suite frappés par son élégance, son humilité et son étendue avant de laisser porter par la joie des retrouvailles. Une partie de la Holbox family à nouveau réunie ! Nos amis sont tous là pour suivre des cours particuliers d’espagnol et nous convaincs très rapidement d’en faire de même. Pour 22euros/jour nous pouvons vivre chez une famille de San Pedro, avoir 3 repas et bénéficier de 3h de cours particulier… De quoi redonner un coup de boost à notre espagnol ! Mais avant, nous nous laissons quelques jours pour nous imprégner de la vie autour du lac et de cette nouvelle culture. Nos cœurs se remplissent de joie à chaque fois que l’on croise un habitant, simplement parce qu’ici les gens se disent bonjour dans la rue. Les femmes et les jeunes filles portent toutes des vêtements traditionnels, des jupes aux lignes fines et colorées et des chemisiers fleuris, parfois avec de la dentelle. Les enfants, privés d’école depuis le début de la pandémie, s’amusent dans les rues à se hisser en haut d’un lampadaire ou à piloter un cerf-volant. Personne n’oublie de sourire.

Nous retrouvons de l’hébreux sur les devantures des commerces et dans la programmation musicale des soirées. Le nombre important d’Israéliens croisés à San Pedro s’explique par la méconnue alliance économique, politique et militaire qu’ils entretiennent avec le Guatemala depuis 1948. Merci l’impérialisme britannique. Le diplomate guatémaltèque Jorge Garcia Granados ayant joué un rôle majeur dans la création de l’Etat d’Israël aurait dit : « Qu’est-ce que le Guatemala est loin d’Israël, et pourtant, qu’est-ce qu’il en est proche ! ». Et ça tombe bien, ce lien permet de s’aligner avec les Etats-Unis dans le conflit israélo-palestinien ! Quoiqu’il en soit nous constatons que ces alliés attendent souvent que les Guatémaltèques comprennent l’anglais (ce qui est rarement le cas), car eux ne feront pas l’effort pour prononcer un mot d’espagnol… Et si les Etats se considèrent « More than friends, family », la réalité est quelque peu différente entre les individus. Il y a quelques années une grande communauté israélienne qui s’était installée à San Juan, un village voisin, a été obligé de quitter les lieux après que les habitants les aient menacés et aient coupé l’électricité et l’eau de la synagogue. Les comportements inappropriés de certains israéliens seraient à l’origine de ce rejet : refus de payer des impôts, rejets d’eaux usées dans le lac, privatisation frauduleuse de terres… L’impression de constater une fois de plus une fatalité malheureuse propre aux peuples et aux cultures différentes qui cohabitent.

Nous tentons également de nous faire aux pétards qui explosent à toute heure du jour et de la nuit dans tout San Pedro. Malgré la réglementation, il est d’usage d’utiliser des pétards pour toutes sortes de célébrations, petites et grandes, notamment pour les fêtes religieuses qui sont très nombreuses. Par exemple, la tradition pour les anniversaires est de réveiller la personne célébrée à 4 ou 5h du matin accompagné d’un petit groupe de musiciens et évidemment d’enclencher ces fameux pétards… La mort est si triste alors célébrons chaque année de plus sur cette Terre… Nous aurons d’ailleurs l’occasion d’observer le rapport à la mort alors qu’une défunte loge pour quelques heures dans la chambre à côté de la nôtre. Une nuit de chants, de pleurs et de prières. La coutume est que durant les heures qui suivent le décès les habitants de San Pedro apportent à la famille du maïs, du riz, des frijoles ou quelques Quetzales en soutien… une semaine plus tard chaque donateur sera invité à manger à son tour. La solidarité est très présente à San Pedro. Ainsi, si quelqu’un souffre d’une maladie nécessitant un traitement ou une hospitalisation, une voiture équipée d’un mégaphone passe dans les rues pour faire un appel au don et récolter ainsi de quoi financer les soins. Autre exemple de solidarité poussée, il faut l’avouer, par manque d’infrastructures : si un feu se déclare, inutile d’appeler les pompiers car il n’y en a pas mais tous les habitants viendront équipés de seaux d’eau.

Nous traversons le lac pour la première fois à bord d’une lancha accompagnés de Sophie et Renald. Mieux vaut ne pas se fier aux conditions climatiques ou au fait que qu’il s’agisse d’un lac pour considérer qu’une telle traversée est sans danger. Pour d’étranges raisons, les accidents sur le lac ne sont pas rares et les Guatémaltèques n’étant pas de grands nageurs, plusieurs drames ont été recensés. Quelques semaines plus tard des amis seront eux-mêmes sur une lancha qui tanguera tellement que leurs sacs et le capitaine finiront dans l’eau, et ce, sans une vague à l’horizon. Ils seront témoins des difficultés de ce dernier à rejoindre son navire à la nage et des cris de détresses des passagers pourtant équipés de leur gilet de sauvetage ! Pour nous c’est une traversée tranquille et sans encombre qui nous amène à San Marco, juste en face de San Pedro. San Marco a une petite rue principale avant de devoir aller dans les hauteurs pour trouver locaux et hôtels. Nous nous étonnons de ne trouver dans cette petite rue que des restaurants végans et des petites boutiques d’artisans qui n’hésitent pas à gonfler les prix. Arrivés au point culminant de la rue, nous nous retrouvons face à un grand tableau rempli d’affiches. Toutes informent sur des évènements, des stages, des cours, des services autour du bien-être et de la spiritualité : yoga, reiki, champignons hallucinogènes, massage, cérémonie de cacao, cérémonie de kambo (qui consiste à utiliser le venin de crapaud) … Nous notons quelques numéros avant de nous attabler dans un petit jardin secret.

Un matin, nous quittons San Pedro avec Renald et le père de famille chez qui il loge à bord d’un chicken bus aux alentours de 4h du matin. Le chicken bus de nuit dans des routes de montagnes est une bonne source d’adrénaline. Heureusement nous ne partons pas bien loin ! Il nous dépose au milieu de nulle part où nous empruntons un sentier que nous suivrons durant une petite trentaine de minutes. Arrivés en haut, un vieux monsieur garde le feu tout en nous tendant une tasse de café. Nous nous asseyons face au vide, quelque peu sceptiques face à cette mer de nuages. Le père de famille et le gardien du feu nous répètent pourtant que les conditions sont parfaites pour admirer le spectacle, alors nous attendons. La mer de nuages s’agite tout à coup, elle se déplace de gauche à droite, comme balayée par une force invisible. On voit alors apparaitre les lumières de San Marco puis le lac tinté de rose et d’orange sur l’horizon. En l’espace d’un instant les nuages sont déjà loin, libérés des griffes de la laguna et nous nous retrouvons alors face aux Monstres. Nous voyons d’abord celui de San Pedro, insoupçonné depuis la ville et pourtant ce volcan atteint les 3020m d’altitude. Puis nos yeux se portent au loin, à droite du soleil à présent démasqué, c’est là que nous voyons pour la première fois el Volcan de Fuego. Dans le ciel orangé, il bout, il explose, il crache et s’envole en nuages de fumée. Il est si petit mais parait déjà si proche. C’est réellement ce matin-là, assis sur la Nariz del Indio, que nous avons pu saisir pourquoi tant de personnes ont qualifié Atitlan de plus beau lac du monde.

Nous nous sommes ensuite accordés une semaine de cours d’espagnol dans cette école où des petites paillotes en bord de lac font office de salles de classe. Le lieu illustre parfaitement le nom maya de San Pedro : Tz’unun ya’, qui est la juxtaposition de « colibri » et d’« eau ». Les premiers jours nous partageons les récrées, durant lesquelles on nous sert d’excellents mets guatémaltèques, avec la famille Mazel, Sophie et Renald puis nous y rencontrerons Inès et Adrien, un couple de voyageur français au rythme lent et inspirant. Nous accrochons tout de suite avec nos professeurs respectifs, Pedro pour Antho et Magdalena pour Cris. Nos niveaux d’espagnol atteints au bout d’un an de voyage nous permettent de tout de suite de progresser à travers des conversations. En effet, la majorité des cours ressemblait plus à un échange culturel qu’à une leçon, ce qui nous a permis d’apprendre chaque jour énormément sur les traditions et croyances mayas, sur la culture de San Pedro, sur les rivalités entre villages ou encore sur la politique… Nos professeurs ont su nous apporter un regard critique sur leur propre pays, un témoignage authentique sur la vie à San Pedro, leur vision sur l’avenir des Guatémaltèques et nous enseignent même des mots dans leur langue native, le tzutujil. Chaque matin nous avions ainsi le sourire aux lèvres sur le chemin de l’école, ressortions chaque midi enrichis de tous ces apprentissages et réalisions nos devoirs le soir avec plaisir.

Nous logions chez Julio, Vilma et leur fils de 4ans Guillermo. Nous n’étions pas à proprement parlé chez eux, mais dans l’hôtel qu’ils gèrent en échange du toit. Bien que Vilma travaille en tant que secrétaire médicale, les finances sont difficiles pour la famille. L’absence d’étudiants durant la pandémie a poussé Julio à s’improviser pâtissier depuis sa cuisine, mais ses gâteaux nécessitant beaucoup de temps de préparation et beaucoup de matériel, il est difficile de les marger. Et pourtant nous sommes reçus comme des rois. La nourriture est variée et en abondance, alternant entre mets occidentaux (pancakes, gaufres, pates…) et plats traditionnels comme le délicieux pepian et les tamales que Cristel apprendra à cuisiner. Nous serons également invités chez la famille de Vilma à l’occasion de l’anniversaire de la Vierge Marie. Nous y retrouvons au sol l’herbe coupée tel qu’il y en avait dans la mystérieuse église de San Juan Chamula. Dans ce restaurant familial, amis et familles passent déguster un caldo de pollo, une soupe assez grasse servie à tous les événements importants des guatémaltèques (mariages, fêtes religieuses, anniversaires…) Et évidemment, ce jour-là les catholiques ne se sont pas privés en pétards ! 47% des Guatémaltèques sont catholiques et 40% sont protestants-évangélistes… D’ailleurs il y a presque autant d’églises évangélistes que de familles à San Pedro, puisqu’à chaque désaccord une nouvelle branche est créée ! Le nom de Dieu est présent partout, dans la bouche des guatémaltèques, « gracias a Dios », et sur les murs. On peut y lire par exemple, que seul Jésus peut changer notre vie. Un fatalisme qui nous questionne sur la place du pouvoir personnel dans leur vie. La majorité des fidèles conjuguent christianisme et traditions mayas. Par exemple les catholiques, dont le clergé, sont très attachés à San Simon, qui, avant la Conquête espagnole, n’était pas un saint mais une divinité maya appelée Maximon. Les chamans et les comadronas ont encore une place importante et respectée au Guatemala où la grande majorité de la population descendant des mayas.

Nous apprécions la compagnie de Julio, veillant à notre progression en espagnol et toujours désireux d’apprendre quelques mots de français, lui qui n’est jamais sorti de San Pedro, sauf une fois pour aller à Quetzaltenango. Guillermo, lui, est un petit garçon plein de vie, probablement en manque de rythme et de stimulation que l’école aurait pu lui donner. Alors il chante de tout son cœur « Estrellita donde estás ? me pregunto qué serás, en el cielo y en el mar, un diamante de verdad. » Il attrape souvent Cristel pour jouer au foot (autant mettre les chances de son côté pour gagner…) et passent du temps à peindre tous les deux. Vilma, elle, est plus réservée mais nous découvrons sa force incroyable, sa clairvoyance et son humour.

Nous avons appris qu’une chose réchauffe les cœurs des Guatémaltèques comme rien d’autre : le football ! Les habitants de San Pedro sont très fiers de ses deux équipes créant même de grandes tensions avec les habitants de San Juan, jaloux de l’ascension fulgurante de ses voisins. Nous avons eu l’occasion d’aller voir un match entre les deux équipes rivales au magnifique et nouveau stade de San Pedro, « Bella Vista », accompagné de Vilma, Julio et Guillermo. Si le stade n’est pas très rempli en raison des mesures sanitaires, une grande bâtisse de supporters se dresse de l’autre côté du grillage, probablement construite post-COVID. Ces balcons surchargés tambourinent inlassablement des rythmes enjoués, accompagnés de slogans hurlés aux joueurs, surement les mêmes que ceux inscrits partout : « Soy San Pedro, siempre presente. Ni la muerte nos va a separar. » Nous ne comptons plus les fautes (9 cartons jaunes et 2 cartons rouges), les arrêts de jeu, les insultes lancées depuis les gradins, les bouteilles d’eau renversées sur la tête des joueurs de San Juan qui à leur tour lèvent leurs majeurs au public. A chaque but de San Pedro, qui gagnera le match, les tambours s’accélèrent et les accolades sont accompagnés de feux d’artifices et de pétards, évidemment. Nous observons ces petites femmes rondes aux jupes colorées et ces vieillards aux chapeaux et bottes de cowboys partager ces 90 minutes d’exutoire et de passion. Dans ces bains de foules, entourés de Guatémaltèques, Anthony se sent particulièrement grand et Cristel… à une juste taille. Et pour cause, les Guatémaltèques sont les gens les plus petits du monde avec une taille moyenne de 1m56 (1m49 pour les femmes et 1m63 pour les hommes) !

A la fin de nos deux semaines à San Pedro, nous partons avec Renald, Magdalena (la prof de Cristel) et ses deux sœurs à San Juan pour faire une session de temazcal. Cette fois, il ne s’agit pas d’une cérémonie comme Cristel a pu le vivre à San Cristobal mais la « maison de chaleur », ressemble plus à un sauna. Nous entrons dans cette maisonnette en pierre où nous versons de l’eau sur les parois d’un four sur lequel sont déposées des plantes aux odeurs enivrantes. Magdalena nous explique que cette tradition ancestrale avait disparu durant de nombreuses années avant de réapparaitre il y a peu grâce au tourisme. Les Guatémaltèques ont alors eux-mêmes recommencé à utiliser fréquemment ces huttes de sudation. Elle nous raconte que de nombreuses femmes accouchent dans ces temazcales accompagnées de leur comadrona (sage-femme aux pouvoirs innés). D’ailleurs, suivant les préceptes de la médecine maya, les femmes enceintes ne doivent jamais être en contact avec le froid… même l’eau est bue uniquement chaude. Ressourcés par cette douce medicina et ce moment de partage, nous nous délectons d’une infusion dans cet écolodge où nous décidons de retourner dès le lendemain pour y séjourner quelques jours. Nous disposions d’une cabane en bois à proximité du temazcal entourés des plus grands bananiers jamais vus jusqu’ici et d’arbres à papillons. Un coin de paradis vert où les chants des oiseaux ont remplacé les pétards. San Juan est moins touristique que San Pedro mais les rues hautes en couleurs donnent une atmosphère féérique. Nous montons au mirador où, en plus d’y découvrir une vue splendide sur le lac, les villages, les montagnes et les volcans alentours, nous sommes stupéfaits par les peintures présentes sur l’infrastructure. Sur la terrasse en bois du mirador, les artistes finalisent leurs œuvres, genoux à terre : mille couleurs représentent des hommes et des femmes en tenue traditionnelle portant des paniers de maïs et des bouquets de fleurs face au volcan en éruption.

Anthony retournera à San Marco où une journée sous le signe du bien-être l’attend. Il y pratiquera la danse extatique et l’acroyoga dans un des hôtels offrant une des meilleurs vues sur le lac Atitlan et les volcans qui le bordent.

Nous quittons le lac Atitlan le 15 septembre, le jour de l’Indépendance du Guatemala. Si d’habitude ce jour est haut en festivité, marqué par des défilés en tenues traditionnelles des différentes régions du pays, cette année, pour ses 200 ans, les Guatémaltèques ont pris la décision de ne rien célébrer. Pour eux c’est une hypocrisie de considérer que le pays est indépendant. Pour eux, il s’agit de 200 ans de pauvreté, de mensonges et de corruption. Cela fait plus d’un an que les citoyens manifestent pour la démission du Président, Alejandro Giammattei. Et même malgré l’invitation du vice-président à démissionner pour « le bien du pays », Giammattei refuse de lâcher le pouvoir. Le peuple n’a plus confiance en son gouvernement et ne se sent pas entendu. Il faut dire que les indigènes, qui représentent 70% de la population, n’occupent que 3 sièges sur 150 au parlement !

L’éducation est l’un des systèmes défaillants du Guatemala. Bien qu’elle soit rendue obligatoire, elle n’en est pas moins payante et bien qu’il s’agisse de quelques quetzales par mois, les familles les plus défavorisées n’en ont pas les moyens. Le Guatemala est par ailleurs l’un des seuls pays du monde où l’école publique n’a pas repris depuis le début de la pandémie, creusant toujours plus les inégalités, alors que les plus aisés scolarisent leurs enfants dans des établissements privés, qui eux ont rouverts leurs classes. Bien souvent, ces enfants déscolarisés sont les mêmes qui n’ont ni ordinateur à la maison ni adulte en capacité d’assurer leur apprentissage, sachant que 25,5% de la population sont encore analphabètes, avec des taux pouvant atteindre les 60% dans la population indigène. Le Guatemala est le pays où l’on a constaté la plus grande pauvreté jusque-là : maisons sans porte ni sol, mendiants démembrés, alcoolisme touchant mêmes les femmes et les plus âgés, villages sans accès à l’eau… Autre preuve d’un système défaillant : après être tombés sur des avis de recherche de criminels en fuite, nous apprenons que l’impunité est affligeante dans ce pays où 97% des crimes ne sont pas résolus…

Ces deux premières semaines au Guatemala ont été incroyablement remplies de découvertes et d’apprentissages, guidés par nos rencontres Holboxenas, par nos professeurs et notre famille d’accueil. Nous avons été frappés par la beauté qui écrase la laideur d’un Etat qui abandonne, qui triche et qui vole. C’est une beauté qui résonne dans les actes d’entraide, dans les sourires, dans les partages, dans la nourriture, dans les vêtements, dans la beauté de l’aurore et même dans les pétards. Nous quittons Atitlan encore plus curieux de découvrir ce pays de contrastes dont on ne savait absolument rien il y a peu de temps encore.

Hasta luego !

Antho & Cris

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30 août 2021 – 15 septembre 2021

Holbox nous aura laissé une telle marque que nous flotteront pendant quelques jours en se rappelant les personnes rencontrées, les moments passés et l’état d’esprit global auquel nous nous sommes connecté. Pour se changer les idées et véritablement découvrir les richesses de ce pays, nous déambulons dans les rues de Vallaloid. Une ville coloniale, des maisons colorées, une chaleur écrasante dans un environnement tropicale. Nous voilà au cœur de la région du Yucatan.

Cette partie du Mexique est extrêmement prisée par les amateurs d’archéologie, en raison de nombreux vestiges Mayas que nous pouvons y croiser et aussi par les plongeurs pour l’immersion dans les cénotes.

Nous décidons donc, après notre journée de break, de partir à la découverte de notre première cénote, au cœur de l’hacienda Oxman. Un complexe un peu trop touristique qui nous fait dans un premier temps serrer les dents ; une piscine, un restaurant hors de prix et toute l’opulence des regalos touristique que l’on peut imaginer. Mais un fois passé ce constat du développement touristique outrancier, de toute façon propre à l’état du Quintana Roo, nous découvrons la cénote. Incroyable!!! Sans s’y attendre, en s’avançant dans le chemin, un gouffre se présente à nous, presque sous nos pieds et quelques 25m plus bas se trouvent un eau cristalline, de plus de 60m de profondeur, entourée de racines d’arbres plongeant elles même dans l’eau.

Une cénote est en réalité un puit d’eau plus ou moins grand, issu de l’érosion d’un plateau calcaire. Il y a près de 2 millions d’années la mer était plusieurs centaines de mètres plus bas et les eaux de pluie commençaient ainsi leur lent travail d’érosion. L’eau s’est ainsi infiltrée dans les fissures et failles des roches pour créer de véritables galeries et rivières sous-terraines. Les trous béant formant les cénotes secsont ainsi formés suite à l’effondrement de la roche de surfaces laissant apparaître ce qui ressemble à un puit gigantesque.
Pour les Mayas les cénotes signifiaient « puit sacré ». Elles étaient pour eux un lieu sacrificiel (plusieurs squelettes d’animaux et d’humains y furent retrouvés) et une source d’eau douce, nécessaire à la vie quotidienne surtout quand aucun dénivelé ne permet l’acheminement de rivières.

Nous profitons ainsi de cette eau relativement fraîche et transparente. A l’intérieur, nous sommes comme appelés par la profondeur abyssale et nous nous amusons des centaines de poissons chats ayant établis résidence. Une journée douce, face à une beauté de la nature extrêmement originale et intéressante à découvrir.

Le lendemain nous décidons de partir à Ek Balam, le jaguar noir, un temple Maya découvert seulement en 1994 isolé au cœur de la jungle basse du Mexique .
Grâce à une erreur du taxi, nous marchons à travers un chemin dans la jungle qui nous permet d’arriver au site sans avoir à payer. 50 euros économisés grâce à un contournement d’autant plus intéressant qu’il s’agit d’y arriver par la jungle sauvage plutôt que par le grand complexe d’entrée de ce genre de site.
Les équipes de l’Inah (institut national d’anthropologie et d’histoire) sont sur place et réhabilitent le toit de  l’acropole , le temple principal et de nombreuses stèles de pierres taillées représentant une belle partie de l’iconographie maya.

Les mayas vécurent ici de -300 avant JC jusqu’à l’arrivée des conquistador, au 16ème siècle. Or pour préserver leur lieu et espérer le retrouver un jour, ils enfouirent la cité de terre dont le plus haut bâtiment mesurant 31 mètres de haut. C’est pour cela que sa découverte est très récente et que le savoir sur le fonctionnement de cette ville n’est encore que peu connu.

Il est intéressant de se poser en haut d’une pyramide, d’y contempler la jungle environnante et de méditer sur ce que fut la vie ici il y a plusieurs millénaires.
Et pourtant les temps semblent se rapprocher et communiquer les uns avec les autres : un centre de pouvoir, des stratégies de défense, une économie, une système symbolique et religieux tentant d’éclairer la mort et lui donner une direction, des empereurs mégalomaniaques (construisant leur tombe aussi grande que leur palais résidentiel), des habitations résidentielles, et tout un système social permettant de reproduire et développer la superstructure mise en place.

Nous sommes cependant émerveillés par l’environnement de ce centre de pouvoir Maya. La nature est partout et ce constat marque la grande différence avec nos centres de pouvoir à nous, actuellement au cœur de mégalopole tellement bituminées que la connexion à la nature se résume à quelques mètres carrés de jardin et deux semaines de vacances au vert « pour se ressourcer ». Un pouvoir donc déconnecter de son centre, la nature.

Heureux de nos pensées, de nos constats et des énergies ressenties pendant nos présences dans ce lieu sacré, nous nous dirigeons vers deux nouvelles cenotes pour passer l’après-midi : Sac Aua et Palomitas.

L’une forme une grottes fermée dans laquelle seul un petit trou à la surface, donc au niveau du sol de la jungle, permet à la lumière de rentrer et de créer des effets de lumière plongeant dans les 80m de profondeur et révélant les différents stalactites composant la cenote. L’autre est encore différente ; l’effondrement du toit à permis de créer une petite île au centre et nous pouvons donc nager autour dans une eau d’une pureté absolue. Chaque cenote semble procurer une atmosphère particulière, unique et il nous tarde de pouvoir y plonger en bouteille et infiltrer ces réseaux souterrains. Il se dit que toutes les cenotes de la péninsule (plus de 10 000) seraient connectés sur près de 43 000 km2. C’est vertigineux d’imaginer le réseau sous terrain qui existe sous nos pieds.

Après ces phases de découverte nos partons pour un nouvel état, le Chiapas et son Pueblo Magico, San Cristobal de las Casas.

Après 12h de bus nous arrivons dans notre village magique. Une appellation intéressante et intrigante qui signifie que nous sommes dans un lieu avec des symboles, des légendes, de l’histoire, des événements importants, des sites d’intérêt national, des traditions, de la bonne cuisine, en d’autres termes, magique dans ses manifestations sociales et culturelles, avec de grandes opportunités pour le tourisme.

Ce programme lancé en 2001 par le Mexique permet aujourd’hui à plus de 121 villes et villages de plus de 5000 habitants de développer le tourisme, préserver les traditions, développer des produits touristiques novateurs et diversifiés, créer de l’emploi et promouvoir l’artisanat. C’est un programme très stricte aux règles nombreuses (création de programme de développement touristique sur 3 ans, organisation en comité représentatif du village, développement d’ infrastructures touristiques, mise en place de moyens de mesure de l’impact de l’appellation…) qui permet une diversification du développement touristique pour promouvoir la culture et les traditions mexicaines.

Nous passerons ainsi 2 jours à déambuler dans le centre pavé de San Cristobal, à découvrir la quantité d’artisans de rue vendant leur bijoux à même le sol, les boutiques chics qui présentent des modèles de créations incroyables, la place centrale et sa cathédrale en réfection, ses escaliers à chaque coin de la ville qui permettent de prendre de la hauteur et découvrir les montagnes mexicaines qui ceinturent le lieu. Une vibration douce qui nous permet de découvrir une nouvelle façon de vivre le Mexique, de façon moins touristique et donc plus authentique. Vraiment magique.

Suite à ces excellents moments, nous décidons de nous séparer pour presque deux semaines afin que chacun puisse se retrouver un peu seul dans son voyage et vaquer à ses envies personnelles.

Anthony

Après encore 10h de bus je me retrouve à Mazunte, un village magique cette fois ci, perdu entre jungle et océan pacifique. Deux rues de sables descendent à la plage et une rue principale traverse le village. That’s it. Quelques petits restaurants et commerces inspirants et une atmosphère hippie, spirituelle très intéressante car elle cohabite parfaitement avec la vie locale des mexicains présent ici. Mazunte est pourtant un village à la triste réputation puisque qu’il fut un des lieux les plus prisés du Mexique pour la chasse et la vente des œufs et de la viande des tortues marines qui viennent se reproduire sur ses plages, de 1970 à 1990, date de l’interdiction fédérale du commerce de ses animaux. Le centre ayant servi d’abattoir est aujourd’hui un centre de réhabilitation et d’études des tortues marines. Une résilience salvatrice ayant permis au tourisme de se développer (très peu) et d’y accueillir des personnes à la recherche d’un cadre idyllique pour suivre des retraites spirituelle de toutes sortes.

J’ai logé pendant 12 jours à Casa Corazon, un hôtel construit au cœur de la mangrove fait de seulement 3 cabanes de bois bâti sur un ponton pour préserver la nature et les Mazunte, crabes géant bleu et rouge à la pince énorme et ayant donnés leur nom à ce village. Un cadre magique pour venir me connecter à une nouvelle pratique : le Wataflow ; thérapie aquatique mêlant massage, danse dans l’eau et immersions plus ou moins prolongées pour permettre au receveur d’aller dans un vrai relâchement et pouvoir connecter son corps avec l’élément majoritaire qui le compose : l’eau.

Pendant que nous étions sur Holbox, Cristel a rencontré des personnes ayant reçu cette thérapie et elle m’a de suite dit « c’est pour toi » . Sans même chercher à comprendre ce que c’était et étant à la recherche d’une approche me permettant d’accompagner les individus vers un état de bien-être profond, je me suis directement inscris. C’est donc comme ca que je me retrouve avec Leandro, Sandrine (deux êtres incroyables rencontrés sur Holbox) et 7 autres personnes à cette formation de 7 jours.

Chaque début de journée de formation nous commençons par une phase de partage sur nos émotions, nos intentions et nous poursuivons par des ateliers divers permettant de nous connecter à nos corps, nos émotions, nos traumas et nos désirs.
Comme la cérémonie de cacao, permettant, par l’absorption de ce breuvage sacré et accompagné de chant et musique, de danser en connexion avec son corps, de faire remonter des pensées et les accepter, les aimer. Comme le yoga dynamique, permettant, par des mouvements intenses et rapides, de faire circuler l’énergie en soi et d’être en défi face à son corps, de lutter pour résister au mouvement et au final y parvenir par la force de la volonté, de l’écoute du corps. Comme les cercles de sons pures, fait de tambour, de gong et de bol tibétains, permettant une relaxation profonde et l’intégration des moments vécus et du savoir faire reçu. Ou comme encore la danse tantrique et extatique, qui m’a permis, par l’écoute du moment et la formulation de différentes intentions de prendre contact avec mon histoire, mon destin en construction et le sens existentiel que je veux manifester dans ma vie.
L’ensemble de ces moments bonus furent en réalité un élément central pour créer notre dynamique de groupe. En effet, en partageant nos singularités, nos profondeurs, nous sommes parvenus à un sentiment d’unité où la transparence, la bienveillance et l’écoute sont les moteurs principaux. Chaque personne résonnait en moi comme si j’avais été,  j’étais ou je voudrais être comme eux. Un moment où chacun se nourri d’un champs des possible libre, expansif et guidé par les histoires des autres. Chaque s’apporte dans des mots d’échange doux ou dans le silence d’une émotions.

C’est donc tous ensemble que nous partageons ce moment de formation orchestré par Damla,  une jeune femme turque formée au Wataflow par Oceano, son fondateur. Animée par l’accompagnement et l’attention portée aux autres, elle a effectué plus de 700 sessions avant de pouvoir nous transmettre son approche.
C’est donc tous assis au bord de la piscine entourée de plantes tropicales et d’arbres des voyageurs que nous l’observons nous montrer des mouvements, tantôt à la surface, tantôt en profondeur.
Il se dégage une telle grâce, une telle poésie dans les mouvements que permettent l’eau… Sans même résonner sur le pourquoi du comment, sur l’efficacité et autre justification rationnelle, nous voyons, sous nos yeux, l’harmonie et le relâchement se faire et cela suffit pour entourer cet élément et cette approche de magique.
Nous alternons donc phase de réception et phase de pratique. Nous apprenons à nous faire confiance et à nous laisser aller au moment, à nos intuitions pour guider les corps dans l’eau et laisser les âmes vagabonder.
Certains pleurent, certains éclatent de rire, d’autres aperçoivent des couleurs, des signes…chaque émotion est juste, accueillie et accompagnée. Dans l’eau ou sur le sol, nous prenons conscience du lien qu’il nous faut créer avec l’autre pour lui permettre de se laisser aller à ce qui veut, ou doit s’exprimer en lui, sans influence, sinon en confiance.

Nous passerons au total 6h par jour dans l’eau à pratiquer sur toute les personnes présentes, à ressentir les différences d’énergie, les différents besoins, les différentes histoires de vie.
Accompagnés par Memo, notre hôte, et son terrain, ses noix de coco, ses repas de fruits  de noix et de guacamole, nous passerons donc une semaine mémorable. Son 4×4 nous transportera chaque jour dans sa benne laissant la liberté aux joueurs de guitare de jouer et chanter, cheveux au vent, des chants pour la Pachamama.

Le dernier jour, réunis autour d’un feu sur la plage et accompagnés de la lumière de la lune naissante, de musique, de méditation et d’appareils photos nous immortalisons ce lien si particulier. Un moment qui restera un des souvenirs les plus pures de ce que peut être un moment d’amour inconditionnel et poétique pour moi. L’impression de vivre un vieux rêve commencé 53 ans plus tôt et toujours bien vivant : faire du monde un lieu de vie alchimique et respectueux, où les êtres peuvent prétendre aimer et profiter sans perturber. Un rêve qualifié par beaucoup d’utopiste, de paresseux, d’hippie dans sa connotation péjorative… Mais qui ressent cette mystique un jour le sait : dans le lien à soi, aux autres et au monde, des alternatives sont possibles.

Nous embarquons le lendemain matin dans un petit bateau pour une visite des côtes de Zipolit, San Augustino et partir à la rencontre des dauphins. Nous croiserons des dizaines de couples de tortues marines en pleine reproduction, des raies mantas faisant le numéro de voltige au dessus de l’eau et une petite famille de Dauphin. Nous finirons par un moment dans l’eau, en apnée en en tuba, en maillot ou nu, ensemble mais déjà un peu séparés, dans cet élément, cette fois au naturel, qui aura bercé notre semaine.

Sans même se concerter vraiment, chacun part seul, d’autres restent à l’eau ou sur la plage. Notre petit groupe vient de se séparer sans formalisme,  comme il s’est découvert et comme il est. Simple, libre.

Cette semaine aura été un de ces moments qui me permettra de dire un jour, « il y avait un avant Mazunte », car il y a aujourd’hui un après Mazunte en cours de construction. Un voyage intérieur qui s’ouvre progressivement sur l’extérieur, la transmission et l’accompagnement.

Encore quelques jours avec Sandrine, Leandro, Rosi et Fioni à s’étreindre, partager, conclure et encourager. Un matin, une camionnette me charge à l’arrière et je regarde ces rues de sable en enregistrant en moi cette vibration, cet amour et cette transformation ressentie ici. Qu’il y ait de retour ou non, Mazunte fait parti de ces lieux qui me permettent de ramener des choses immatérielle avec moi pour œuvrer a les faire vivre dans mon pays d’origine. La foi, l’amour et l’espoir n’ont pas de frontière.

Cristel

L’idée de suivre Anthony pour passer quelques jours dans un petit village au bord de l’océan ne me paraissait pas désagréable mais quelque chose me disait aussi de mettre ce temps à profit pour l’isolement, l’ennui, la méditation et la créativité… un temps qui accepterait l’imprévu ou la procrastination. San Cristobal fut immédiatement un coup de cœur. Une de ces rares villes où les valises à peine posées, je veux devenir intime avec elles… partir à la recherche de coins secrets, d’habitudes et de repères. Le matin, le ciel est toujours bleu et le soleil vient rompre avec l’air frais et transparent et les rues en pavées m’invitent à déambuler entre ses façades colorées, ses fresques et ses graffitis. Seules la cathédrale et les églises en haut des collines osent dépasser ces petites maisons arc-en-ciel. Chaque coin à son resto bobo, sa galerie d’art, sa friperie ou sa librairie. Mais peu importe ce que l’on cherche, nous sommes à peu près sûrs de le trouver au Mercado Viejo. Je me perds alors dans ce labyrinthe à la recherche de piments, de ramboutans ou de noix de Macadamia. Alors que je m’y promenais avec Anthony à son retour une vendeuse d’encens et de palo santo nous proposera même de la cocaïne et de la marijuana ! San Cristobal est un mélange d’artefact et d’authenticité. Une symbiose semble s’être installée entre les artistes hippies perdus là depuis un moment, les touristes fortunés et les femmes indigènes vêtues de leurs longues jupes en laine noire qui semblent bien trop chaudes…

Dès mon 2ème jour en solitaire, je retrouve Tine ma copine allemande, rencontrée dans le vortex Holboxeño, dans un petit resto indonésien où l’on mange sur des chaises à hauteur d’enfant. Elle me parle de sa mission pour les prochains jours : partir à la rencontre d’artisans pour développer son nouveau business. Tine a créé son entreprise, Chumba Changu, grâce à laquelle les européens pourront acheter directement sur son site des vêtements et des tissus de décoration d’intérieure venant de contrées lointaines et répondant à des critères non-négociables : les produits doivent être faits à la main et les artisans doivent être rencontrés en personne dans leur atelier. Tine les questionne alors sur les techniques et matières premières utilisées, sur leurs conditions de travail, sur le temps passé sur chaque type de produit etc. Elle a prévu de partir dés le lendemain dans des villages alentours à la recherche de ces créateurs cachés et je décide instantanément de l’accompagner dans cette aventure. C’est ainsi que nous nous retrouvons, le jour suivant, à une petite trentaine de minutes de San Cristobal, dans une ville appelée San Juan Chamula. Nous passons de boutique en boutique, on questionne, on insiste. On veut rentrer en contact avec les créateurs des articles vendus mais les commerçants semblent réticents à l’idée de nous aider. Je dois prendre le rôle de traductrice entre Tine et les vendeurs et je me sens un peu maladroite dans cet exercice. Je ne sais pas vraiment comment m’y prendre pour négocier un contact…

Très rapidement on ne sait plus vraiment où aller alors nous décidons de faire un tour dans l’Eglise qui se tient sur la place principale. De l’extérieur elle n’est ni plus belle, ni plus grande, ni plus originale que les autres églises mexicaines mais une fois passées les portes nous assistons à l’une des scènes les plus surréalistes de notre vie. On nous informe tout de suite qu’il est interdit de prendre des photos alors je me résous à immortaliser cette expérience chimérique en enregistrant tout ce que je vois dans mon cerveau. Je capture ainsi chaque détail, chaque odeur, chaque faits et gestes. Ce qui me surprend d’abord, c’est le sol en marbre qui est recouvert entièrement l’herbe coupée. Sur ce sol champêtre un nombre incalculable de bougies sont disposées. Et puisqu’il n’y avait pas de fenêtre, ces bougies devaient constituer l’unique source de lumière. Tout le long des parois de la nef trônent des statuts de saints dans des boites en verre et en bois. L’Eglise grouille de descendants mayas, les tzotzils, les femmes étant toujours vêtues de leur jupe en laines noires, les hommes se contentant d’un jean et d’une petite veste sans manche alors que les plus anciens portent un grand manteau en laine noire ou blanche. Les familles sont assises en prière face à un saint ou face au Christ affligé, ensanglanté. Elles forment un arc de cercle autour des bougies, de bouteilles d’alcool et de coca-cola. Alors que les enfants jouent discrètement sur leur tablette, les adultes eux, prient en murmure, présentent leurs offrandes et font le signe de croix, inlassablement. Chaque famille est ici grâce au conseil de son chaman et sait alors quels rituels et quels sacrifices sont à réaliser en fonction des épreuves rencontrées : difficulté financière, maladie, perte… Si le silence des Eglises est bien connu, ici, il n’existe pas. Les dernières prières des poulets résonnent du narthex au chœur et nous fermons les yeux pour ne pas se rappeler de tous ces cous brisés. Alors que les hommes trinquent le pox avec les dieux, nous quittons ce lieu où le syncrétisme est à son paroxysme.

La journée file à tout allure et notre mission nous attend alors nous prenons un taxi pour nous emmener au prochain village : Zinacantan. Tout comme San Juan Chamula, il s’agit d’un village Tzotzil autonome, c’est-à-dire qu’il est régi par ses propres lois ! Les tisseuses de Zinacantan sont très reconnues dans la région mais nous espérons qu’elles accepteront de nous ouvrir leur porte. Nous expliquons notre mission à Juan, notre taxi, qui nous dit connaitre justement une tisseuse qui sera heureuse de nous recevoir, Juanita. C’est ainsi que nous arrivons à la grande boutique de Juanita où sont exposés de beaux tissus colorés et fleuris : des tenues traditionnelles, des chemins de tables, des housses de coussins et des sacs. Une pluie torrentielle s’abat, assourdissante, sur le toit en tôle mais trois petits rayons de soleil nous accueillent. Trois générations de femmes que les années séparent mais qui ont pourtant le même sourire. D’ailleurs, elles aussi sont bien fleuries et colorées, elles portent la tenue traditionnelle locale dont les chemisiers sont principalement dans les tons mauves et bordés de fleurs. Un grand métier à tisser retient au milieu de la pièce une œuvre inachevée. Nous expliquons le projet de Tine à Juana, Chunka en tzotzil, qui accepte tout de suite les conditions d’une potentielle collaboration. Elle s’installe alors à son poste et nous parle de son travail durant plus d’une heure.

Elle nous explique avoir appris ce métier de sa mère avec qui elle vit ici dans la maison juxtaposée à la boutique. Tous les produits exposés là ne sont pas les siens, elle propose à 15 femmes de disposer gratuitement de cet espace pour vendre leurs pièces. Tout l’argent de la vente revient entièrement à celle qui a conçu le produit et non à celle qui la vend. La journée d’une tisseuse commence comme les journées de beaucoup de femmes de la région, par la préparation des tortillas. Elles récupèrent ainsi l’amidon du maïs avec lequel elles cuisinent pour baigner les fils qu’elles feront ensuite sécher à la chaleur des comales. Métiers à tisser autour de la taille elles travaillent sans relâche jusqu’à 20h. Ensuite elles se « reposent » dans leur maison en brodant jusqu’à 22h… Après avoir acheté quelques échantillons pour le business de Tine, dont Juana a insisté pour lui faire des prix (les négociations inversées !), nous profitons du calme après la tempête pour se promener et entrons à nouveau dans l’Eglise du village. Les saints, enfermés dans leur boite vitrée, entourent également cette nef, mais cette fois ce qui me marque d’abord ce sont ces fleurs qui ornent en abondance l’Eglise. Zinacantan est entouré de cultures très importantes de fleurs aux formes et couleurs si variées. L’Eglise San Jose en est ainsi recouverte de façon démesurée, si bien qu’il faut du temps avant de remarquer les petites statuettes d’animaux sacrés disposés sous les bougies. Hérités des croyances précolombiennes, les nahuales représentent des chiens et des bœufs ayant le pouvoir de faire le bien et le mal. Plus curieux encore, des petits miroirs sont accrochés aux murs un peu partout. Si j’ai probablement dû m’en servir pour me recoiffer, ils sont là en réalité pour entrer plus facilement en connexion avec les saints et inviter à l’introspection.

Une journée aussi riche en rebondissements et en surprises ne pouvait pas se terminer autrement : nous retrouvons Dan, notre british préféré d’Holbox ! Les jours suivants étaient réservés au repos et au bien-être. Curieuses, nous nous sommes rendues à une cérémonie de rapé. Assises sur des coussins dans une pièce à la lumière tamisée, avec au centre toutes sortes d’instruments (guitare, tambours, percussions…) nous observons le chaman souffler sa poudre magique dans les narines des premiers participants à l’aide d’une sorte de paille. Il s’agit pourtant d’habitués mais je les vois tousser, pleurer, renifler… de quoi faire monter la pression. Le rapé est composé majoritairement de la plante du tabac mais aussi de plantes choisies par le chaman. Utilisé dans des rituels, cette poudre ingérée par le nez est une médecine purificatrice et protectrice. Une fois passée mes larmes réflexes, je sens mes voies respiratoires s’ouvrir et mon esprit se clarifier. Guidée par les instruments de musique, je me laisse alors porter par des pensées douces et une méditation aux couleurs pastel…

Le lendemain je pars seule cette fois-ci retrouver le même chaman pour essayer enfin le Temazcal, une hutte de sudation originaire des civilisations préhispaniques que l’on retrouve un  peu partout au Mexique, une « maison de chaleur ». Lorsque j’arrive au lieu de RDV, les pierres chauffent dans le feu et la structure sommaire en bois du temazcal est dénudée. Après quelques heures de méditation au bord de la rivière, les pierres sont enfin chaudes et les arcs en bois sont recouverts d’épaisses couvertures. Nous donnons un peu de tabac en offrande au feu avant de rentrer en quadrupédie dans la hutte. Nous devons être une vingtaine et formons plusieurs cercles en colimaçon, collés les uns aux autres, au tour d’un trou formé dans la terre dans lequel seront déposés les pierres brulantes. Le chaman y ajoute des plantes telle que de la camomille puis arrose le tout, générant ainsi de la vapeur alors que les couvertures ne laissent aucun trou d’air. Les pierres ne sont pas encore recouvertes d’eau que je commence déjà à suffoquer et peine à me détendre, ce qui me surprend car je n’ai aucune tendance à la claustrophobie et supporte bien les chaleurs excessives en général. Je me concentre alors sur la jeune allemande enceinte d’au moins 7 mois présente elle aussi dans la hutte. Je crois que je n’ai jamais ressenti une chaleur aussi intense, puissante, accablante. Le chaman accompagné des gardiens du feu frappe sur son tambour et les voix montent. Je ferme les yeux et me transporte dans le cosmos. L’univers est sacrément grand. Au bout de trois quarts d’heure, je vois la femme enceinte sortir et j’en profite aussi. Je peine à tenir debout alors je m’allonge dans l’herbe, en pleurs avant d’y retourner encore un peu, cette fois plus près de la sortie. Trois sorties de plus me seront nécessaires pour supporter cette moiteur suffocante alors que les chants et les prières deviennent plus forts, plus transcendants. J’aimerai déplier mes jambes, au moins en tailleur, mais il n’y a pas la place. Lorsque la couverture se redresse enfin pour laisser sortir un à un nos corps mouillés et souillés par la boue, je me sens à bout de force. Le lendemain, je sors acheter de quoi m’initier à la peinture, poussée par l’envie de créer mais alors que notre ami Ben est en ville, je refuse de le voir car je suis habitée d’une fatigue étrange me faisant penser à ce dont j’avais entendu du COVID. Inquiète, Tine me ramène alors un test ramené d’Allemagne : POSITIF. Après avoir fait le plein de vivres, je pars alors à l’extérieur dans un appartement fait de bois et de baies vitrées, équipé d’un lit king sized, d’une télé avec Netflix, d’un coin pour peindre et d’un jardin ensoleillé. Malgré la fatigue et les douleurs dans ma cage thoracique, je savoure ces journées où l’oisiveté n’est pas accompagnée de culpabilité. Je me soigne au curcuma, au citron, au gingembre, au curry, à la cannelle, au soleil et à la méditation. Je sens que la maladie qui m’habite, en revanche, elle, n’a rien de naturelle ! Environ trois semaines après l’apparition des premiers symptômes, je sentirai qu’elle m’a tout simplement quitté du jour au lendemain.

Nous nous retrouvons donc dans le bunker de Cristel, préservé de la civilisation et au calme. Nous passerons un semaine à flâner, nous remettre mutuellement de nos semaines seuls et organiser lentement la suite de nos aventures, à l’écoute de nos besoins.

Avant de rejoindre le Guatemala, nous nous arrêtons près de la frontière, plus exactement dans le district de Comitan pour visiter les lagunas de Montebello, un ensemble de plus de 6022 hectares abritant 59 lacs. Un site reconnu comme un des plus beaux du Mexique et le premier de l’état du Chiapas à avoir reçu l’appellation Parc National. Après des heures en colectivo et en tuktuk, nous nous installons au bord du lac Tziscao. Un petit camping nous permet de poser notre tente dans ce décor qui nous rappelle, par temps nuageux, la Norvège et ses fjords.

Apres un queso fundido (plat typique de la région, fait de fromage, d’haricots rouges, de riz, de fleur de courgettes et de chorizo) nous profitons d’une après-midi ensoleillée pour se baigner dans le lac, lire et peindre, l’esprit léger. Le lendemain nous partons avec notre chauffeur de tuktul et son fils de 9ans, qui s’entraîne à être guide de la région et à son tour chauffeur, visiter le lac Pojoj, la laguna de Montebello et les Cinco lagos. Autant de lieu et autant de fois cette impression de changer de pays en parcourant seulement quelques kilomètres. L’Ecosse, la Norvège, le Canada et ses forêts de pins et d’érable, une plage des caraïbes… Le contraste est saisissant. Les couleurs de l’eau alternent du vert émeraude au bleu turquoise en jouant sur les dizaines de nuances possibles et se détachant sur le vert puissant des montagnes alentours, dans lesquelles resident plus de 150 espèces d’orchidées. Un endroit magnifique et préservé, malgré l’augmentation croissante de pollution à cause des intrants chimiques mis dans les sols suite à une mauvaise éducation éco-durable. Nous finirons cette journée dans le passage symbolique de le frontière du Guatemala pour aller visiter une petite cascade et rentrer dans notre camping.Le soir une averse nous permet de vérifier que notre tente n’est plus imperméable et nous trouvons refuge en urgence dans une des cabanes de bois en bord de lac.

Heureux d’avoir pu découvrir ce lieu et d’avoir pu passer deux jours dans la nature, nous enchaînons les colectivos pour nous rapprocher du nord du Guatemala, la première frontière en plus d’un an de voyage que nous allons pouvoir passer à pied.

Hasta luego

Cris & Antho

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5 août 2021 – 29 août 2021

Après seulement quelques heures de vol, nous sommes accueillis par une chaleur moite plus dense que dans les jungles que nous avons visitées. Nous sommes à Cancun, au Mexique. Réputée pour son côté festif, notamment à l’occasion des Spring Breaks américains, nous avions décidé d’y passer quelques jours pour sonder cette partie là et savoir pourquoi les gens en parlent autant.

La navette nous dépose chez Mercedes qui nous explique vivre là depuis 40 ans, le temps de voir la ville dévorer la forêt en même temps que l’insécurité qui grandissait. « Avant personne ne fermait la porte à clé » explique-t-elle tout en nous montrant comment fonctionne la grille qui sépare sa terrasse du trottoir.

Il est presque minuit et malgré le couvre-feu imposé à 23h dans toute la ville, nous trouvons une rue animée où des camions proposent la spécialité locale : les Tacos. Alors que la viande a pris le goût des tripes, nous demandons une bouteille d’eau mais la seule boisson présente dans les frigos est le coca-cola. Nous constaterons chaque jour au Mexique que l’omniprésence du coca-cola dans ce pays en tête du classement morbide des pays frappés par l’obésité et le diabète n’est pas un mythe. Les Mexicains sont les premiers consommateurs de Coca au monde et représente 40% des ventes de la marque en Amérique Latine. Si l’eau potable est rare dans le pays, une bouteille de coca-cola coute moins cher qu’une bouteille d’eau dans certaine région, stratégie de la marque pour viser les consommateurs les plus pauvres. Une immondice lorsque l’on sait que pour fabriquer un litre de coca, 6 litres d’eau sont nécessaires. Mais ce soir-là, nous nous contenterons d’observer ceux qui récupère leurs tacos sans descendre de la voiture, ceux qui se disputent de façon théâtrale et les mariachis qui passent commande… un doux folklore.

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Le Costa Rica, sûr de lui, nous avait envoyé des messagers pour nous vendre sa beauté et sa nature luxuriante, opérant même quelques arrangements avec les compagnies aériennes pour rendre les prix attractifs. Il s’est ainsi imposé à nous et alors que nous survolions pour la première fois ses terres, nous savions déjà que nous l’aimerions… Love at first sight.

Il n’était pas question de perdre notre temps dans les rues bitumées et agitées de la capitale, réputées dangereuses et hostiles. Nous enfilons alors un casado dans notre premier soda Costa Ricain pour quelques colones avant de nous rendre à la gare routière acheter des tickets pour le 1er bus. Il se trouve qu’il part pour Puerto Viejo de Talamanca, une destination conseillée par les messagers ! Une pluie abondante et sévère s’abat sur San Jose et les futurs passagers se rassemblent dans la gare ouverte. Parmi les hippies et les gringos qui patientent à l’abris, un jeune homme attire notre attention. Vêtu d’une tenue blanche ornée de bijoux, peau foncée et regard profond, il semblait venir tout droit de cette si lointaine Inde. Il nous dit s’appeler Ki et être un Costa Ricain, installé depuis quelques temps à Puerto Viejo. Après 6h de bus, Ki nous présentera les rues calmes de cette petite ville et nous accompagnera dans un hôtel où il sera possible de poser notre tente : le RockingJS. Un petit groupe d’Américains boosté par le Rhum nous accueille et nous propose de les accompagner dans leur soirée, une invitation que nous déclinons. Nous sommes fatigués par le voyage et notre faim devra se satisfaire de quelques barres chocolatées cachés au fond de nos sacs, apprenant qu’un couvre-feu est imposé dans tout le pays à partir de 21h.

C’est au réveil que nous prenons conscience de la beauté du lieu qui nous entoure. Les petites mosaïques qui ornent les différents espaces de l’hôtel brillent sous le Soleil déjà haut. Il suffit de pousser un petit portail pour nous retrouver sur le sable chaud. Grace à quelques formations rocheuses, une piscine naturelle nous invite à rester assis des heures dans cette eau bien trop chaude à lire, à méditer, à rêvasser à l’abris des vagues des Caraïbes. Empruntant les petits sentiers qui longent le sable entre des arbres où se prélassent paresseux et singes hurleurs nous nous laissons surprendre à chaque sortie à la découverte de miradors, de plages sublimes et d’ambiances revigorantes. C’est d’ailleurs en empruntant ce même-sentier en partant sur la droite que nous découvrons le campement de Ki : une tente, un hamac et une grande bâche où sont étendus une incroyable sélection de livres qui attend ses acquéreurs. Ils traitent de philosophie, de linguistique, d’Histoire, de spiritualité, de méditation et de yoga… ces mêmes sujets qui sont au cœur de nos conversations. Ki a eu l’idée de vendre sa bibliothèque pour permettre au passants, touristes ou résidents, d’acquérir, par eux-mêmes, le savoir contenu dans ses livres. Il estime que chacun peut ouvrir son cœur et son esprit par des actes d’apprentissage simple, comme le recueillement et la lecture. Il attend ainsi l’opportunité d’un regard, d’un passage pour partager son savoir appris de manière autodidacte et la douceur de ses bras.

Chaque jour passé à Puerto Viejo un cadeau nous est offert : un bain de minuit nu dans les vagues chaudes, puissantes et silencieuses, une danse au rythme des percussions, la lueur d’un feu, des poèmes échangés et récités avec passion, une rencontre, un ciel étoilé… Nos pensées, libres et expansives, se nourrissent simplement de la douceur de chaque instant qui nous invitent à nous remettre dans cet éternel présent dans lequel rien d’autre n’importe que le plaisir d’être en vie et de célébrer l’amour universel que nous trouvons en chaque être.

Chaque jour est ainsi une nouvelle définition de la Pura Vida. Il suffit de traverser le centre-ville calme et animé de Puerto Viejo pour entendre des « Pura Vida » à-tout-va. Tantôt il signifie que tout va bien, tantôt il signifie « Merci », tantôt « Il n’y a pas de problème ! » . Deux mots qui se suffisent à eux-mêmes pour saluer ceux que l’on croise sur notre chemin pour se transmettre amour et bienveillance. Plus tard, alors que nous demanderons à des costaricains pourquoi le peuple ne proteste pas contre les récentes, impressionnantes et injustifiées inflations dans le pays, ils nous répondent « Porque… Pura vida ! » De quoi confirmer que ces deux mots sont bien plus qu’une formule de politesse ponctuant les phrases des Ticos : ils représentent un mode de vie et une philosophie consistant à toujours se rappeler qu’il est bon d’être en vie.

Le couvre-feu n’enlève rien à l’ambiance conviviale et joyeuse du centre-ville le soir. On s’adapte, on part manger et boire des coups plus tôt, voilà tout. De toutes façons le Soleil nous quitte chaque jour vers 17h30. Les terrasses mélangent alors hippies, Ticos, back packers, rastas, gringos… Dans les rues, les vélos sans led croisent 4X4 et piétons sans chaussures et sans masque sous le regard des artisans qui se tiennent devant leurs pierres et leurs macramés.

Puerto Viejo est un village ayant accueillis, il y a plusieurs décennies, des descendants jamaïcains fuyant la pauvreté et le gouvernement colonial anglais. Nous croisons donc, chaque jour, une partie de la culture de ce pays que nous souhaitions visiter au début de notre voyage : du reggae dans chaque bar, de la ganja à tous les coins de rues et des rastas aux allures paisibles et envoutés par la force de la nature environnante. Du bonheur simple et quotidien aidé par le flow de ces êtres pour qui la vie se savoure quotidiennement, sous l’ombre d’un arbre, paille au bec et regard porté au loin.

Les routes de la Province de Limon ont l’avantage d’être plates et entourées de jungle. La saison des pluies dans laquelle nous étions rendait le tout plus verdoyant encore. Idéal pour partir en vélo à Manzanillo, un village à 15km de là. Nous retrouvons ces longues plages de sable fin et nous nous aventurons dans son magnifique parc, prenant le temps de nous perdre, pieds-nus, entre les arbres, d’observer les bigorneaux qui traversent les sentiers et les minuscules grenouilles à pantalon bleu qui sautent avant de rester le souffle coupé en haut des miradors. « Lorsque vous arrivez au niveau d’une maison bleue prenez le minuscule sentier qui part sur votre gauche », nous croisons de nouveaux messagers qui nous transmettent les indications presque à voix basses, tel un secret, pour accéder à une petite crique bien gardée, une sorte d’éden. Nous nous allongeons tout de suite dans l’eau chaude face à cette playita protégée par de grands palmiers suivis de près par la densité de la forêt tropicale. Pour compléter ce décor irréel, des singes hurleurs passent d’arbre en arbre au-dessus nos têtes. Ils savent que nous sommes-là tout comme nous savons qu’ils sont là, alors on se regarde.

Notre visite du parc national de Cahuita avait également bien commencé jusqu’à ce que des gardiens nous disent de faire demi-tour, le parc fermant ses portes à 14h. C’est sur le chemin du retour, en passant sur un pont, que l’on s’est fait racketter par un singe capucin à cara blanca. Cristel avait attaché le sac plastique contenant les déchets et les restes du pique-nique à son sac à dos. Le singe, après s’être approché de nous, n’a pas hésité à montrer ses petites dents bien aiguisées. En un bond, il éventre le sac plastique répartissant ainsi les déchets de tous les côtés. Nous avons dû enfreindre le règlement du parc en offrant au primate quelques raisins en échange de la boite à fromage qu’il serrait contre lui.

Quel délice de rentrer au RockingJS après des expériences comme celles-ci, trouver quelques oreilles attentives, se connecter à d’autres sourires, se perdre dans les anecdotes, être le réceptacle de quelques confidences et partager le réconfort du silence. Un espace où l’énergie circule sans cesse : dans les bras chaleureux de Serena, une Américaine logeant pourtant dans un hôtel à quelques mètres, dans les regards doux et pétillants des artistes qui vivent là, dans le sourire malicieux du réceptionniste qui apprend tous les jours un peu de français sur Duolingo. Mêmes les gringos participent à cette énergie. Quelques rythmes joués sur un Djembe et ils approchent en groupes. Assis aux côtés des musiciens, nous observons ces jeunes américains qui semblent s’être enfuis d’un régime totalitaire. Libérés de la probable prohibition de leur région natale, ils s’essayent, un peu maladroitement, dans l’excès de la boisson, du style, du contact à l’autre et du déhanché. Autour d’eux, rayonne Mama Africa, qui elle aussi contribue à l’énergie de Puerto Viejo. Lorsqu’elle prend la parole, les voix s’éteignent et la musique s’arrête. Les yeux rivés sur cette peau couleur ébène, ses longues dreadlocks et son regard noir perçant, nous l’écoutons parler de sa vie de Tica caraïbéenne et des rencontres qui l’ont baptisé ainsi. Alors que les conversations ont repris autour d’elle, elle s’enfuit un instant pour revenir avec une glaciaire. Il ne lui reste plus qu’un bout de gâteau à la banane qu’elle divisera en minuscules morceaux pour que chaque bouche présente puisse le gouter. C’est ainsi qu’elle déposa quelques miettes dans chaque gosier qu’elle ordonna d’ouvrir.

Nos deux semaines à Puerto Viejo ont été rendu plus belles encore suite à notre rencontre avec « les Toulousains ». Le petit groupe de 7 que nous formons passera 3 jours à rire en se faisant maltraiter par les vagues, à explorer les mangroves en kayak à la recherche de toucans et de tortues, à avoir le cœur serré en rencontrant les animaux du Jaguar Refugio, à retrouver la saveur d’une soirée psytrance sur la plage sous les étoiles et la lune naissante… Qu’il est bon de retrouver cet accent chantant, l’autodérision et l’humour déjanté, l’authenticité et la simplicité des échanges, la spontanéité, la jovialité et le plaisir d’un bon repas, d’un bon vin… qu’il est bon de retrouver la France, Toulouse ! Difficile de mettre fin à 3 jours d’amitié et d’intensité, mais nous avions tous des routes à poursuivre. Nous nous rappellerons de nos adieux grâce au serpent présent ce soir-là et de notre difficulté à ouvrir un portail… Et de notre dernier jour à Puerto Viejo grâce à la pluie tropicale brisant les branches et donnant à la mer un caractère plus sévère.

Nous quittons notre paradis en direction de la côte Pacifique sans connaitre précisément notre destination finale. Nous passons par San José comme le réseau de transport public le requiert et nous sautons à bord du premier bus qui se dirige vers la province du Guanacaste. C’est ainsi que nous arrivons le soir-même dans le village de Samara. Le lendemain matin nous y découvrons les plages bordées de palmiers et de restaurants. Nous peinons à nous laisser aller à la contemplation, le cœur encore un peu lourd d’avoir quitté Puerto Viejo. Il faut dire qu’ici les vagues de l’Océan nous paraissent plus hostiles et le sable moins confortable.

Loin de nos Terres natales, nous trouvons dans nos cœurs une once de patriotisme ainsi qu’un soupçon d’intérêt pour le football… juste assez pour partir à la recherche d’un bar diffusant le match France-Portugal. Une fois installés dans l’unique bar acceptant de sacrifier un écran pour les européens, la connexion est si mauvaise que l’engouement que nous avions réussi à faire naitre en nous n’a pas été à la hauteur des difficultés. Un mal pour un bien, le suspense laissé par les innombrables bugs nous permettent de faire la connaissance des Marseillais Majda et Eric. Nos premiers vacanciers rencontrés en 9 mois de voyage ! Ils nous racontent où en est la vie là-bas de l’autre côté de l’Atlantique et la folie qu’ils ont connu cette année en tant que professionnels de santé. Un monde qui nous parait si loin ! Nous passons les deux derniers jours de vacances du couple en leur compagnie entre les vagues de la Playita Carrillo et le terrain de beach volley de Samara. De nouvelles amitiés que nous aurons plaisir à renourrir lors de nos prochains passages dans la cité phocéenne.

Après avoir tendu le pouce en espérant qu’un pick-up nous prenne à l’arrière, un pick-up nous a pris à l’arrière. Même lorsque la pluie s’abat sur notre parcours, nous nous remplissons de cette sensation de liberté infinie que ce trajet nous procure.

La luxuriance qui entoure la route goudronnée ne semble connaitre ni limite ni répit. La « Suisse de l’Amérique centrale » est neutre depuis plus de 80 ans et est devenue le premier pays à avoir supprimé son armée, donnant ainsi la priorité à l’éducation, à la santé et à notre grand bonheur, à la protection de l’environnement. Le Costa Rica représente 0,04 % de la surface terrestre mais comporte pourtant 6% de la biodiversité mondiale, protégée par plus de 20 parcs nationaux : toucans, tortues, aras de toutes les couleurs, ratons-laveurs, serpents, paresseux, singes en tous genres, baleines, requins… Un zoo à ciel ouvert, dépassant de loin les attentes que nous pouvions avoir.

Sur la route vers notre prochain point de chute, dont nous ignorons une fois de plus la localisation précise, une famille tica sur la route des vacances s’arrête sur le bas-côté. Les enfants entassés dans le coffre déjà bien chargé, on nous fait une place sur la banquette arrière du 4X4. Nous profitons du trajet pour poser nos questions sur le quotidien des habitants de ce paradis terrestre, le plus luxuriant du monde : le système de santé, la philosophie de vie, les habitudes alimentaires… Nous aurons la confirmation que les costaricains mangent les mêmes aliments matin, midi et soir : « au petit déjeuner, nous faisons du riz et des haricots séparément, le midi nous mélangeons le riz et les haricots… » sans qu’aucune lassitude ne soit alors ressentie. Alors que nous descendons encore plus au sud de la péninsule de Nicoya, nous sommes pris d’excitation à l’aspect de plus en plus sauvage des alentours et de la route, amplifié par l’apparition de magnifiques perroquets rouges. La famille nous recommande de poursuivre notre route jusqu’à Santa Teresa, petite ville de surfeurs dont on avait entendu beaucoup de bien. Effectivement, alors que nous traversons une première fois sa longue rue principale nous sommes marqués par la vibes générale qui se dégage et nous partons à la recherche, enthousiastes, d’un camping nous faisant éviter les prix insensés des chambres d’hôtel. C’est comme ça que nous nous retrouvons à longer la ville de droite à gauche puis de gauche à droite, épuisés, dégoutés de n’avoir pu profiter du spectaculaire coucher de soleil.

Impossible de trouver un vrai camping dans ce lieu rempli d’Américains venus ici pour profiter du surf et des espaces de coworking, nombreux dans ce petit village. Beaucoup sont là pour échanger autour de la Crypto-monnaie et tenter de faire fortune avec ce nouveau système d’investissement monétaire. Nous passerons donc une première nuit dans un dortoir avant de tenter, le lendemain, de poser notre tente sur la plage. Une fois installés, repas à emporter sur les genoux face au coucher de soleil, un gardien vient nous voir pour nous dire que son patron nous interdit de dormir ici sur la plage. Nous tentons de trouver un nouveau point de chute, en vain, les gardiens communiquent par talkie-walkie et nous empêchent de nous poser tranquillement pour dormir. Nous décidons donc d’aller dans une sorte de terrain vague, reconverti le week-end en camping pour les costaricains voulant passer du temps à Santa Teresa sans avoir à dépenser une fortune. Nous nous retrouvons donc, en pleine nuit, à marcher avec notre tente montée devant les touristes qui sirotent des cocktails sur la plage. Une situation drôle qui nous fera pourtant dire que nous ne resterons pas plus longtemps dans cet endroit qui ne veut pas vraiment de nous. Nous sommes libres, pourquoi forcer alors que nous pouvons partir à la recherche d’un endroit plus accueillant ? Nous passerons quand même la soirée avec le gardien du « camping » et ses amis à écouter de la musique, parler de nos cultures, de nos vies. Ils sont du Nicaragua mais ne peuvent pas rentrer dans leur pays à cause du danger qu’ils risquent en rentrant chez eux après avoir fui la situation politique de ce dernier. Nous nous révoltons ensemble de la situation migratoire causée par des politiques despotiques et corrompus dans plusieurs pays de ce monde avant d’unir nos âmes dans un beau moment de connexion qui nous permettra de savourer la poésie de la vie avec ces êtres aux vécus résilients et joliment teintés de spiritualité. 

Nous partirons finalement le lendemain à Montezuma pour tenter notre chance ailleurs. Dès notre arrivée nous sommes conquis par ce minuscule village composé de deux rues et d’une petite place centrale colorée. Notre hôtel est sur la plage et nous disposons d’une petite terrasse en bois, face à l’océan. Assez pour se dire que nous finirons notre séjour Costa Ricains ici. Le format de notre voyage nous permet de pouvoir vivre à un rythme lent et connecté à nos envies. Pas d’obligation de courir pour visiter les pays, pas d’obligation de choses à faire. Nous prenons simplement le temps de nous asseoir sur notre balcon et observer le mouvement incessant des vagues accompagnant nos esprits le long de méditations passives et nourrissantes. Nous prenons ainsi simplement le temps de travailler notre espagnol, joindre nos familles, avancer sur notre projet de création d’école en se libérant de la notion de travail pour la remplacer par celle de plaisir… L’occasion aussi de se remettre au souffle universel de la vie et vibrer sur une seule et même fréquence avec la nature et les êtres qui la composent, cultiver l’observation et le silence, fluidifier les énergies en nous et aimer l’instant présent, simple et éternel, en s’allégeant de la notion de temps humain pour se connecter avec quelque chose de plus grand…

Seulement quelques sorties pour aller voir les cascades du coin occuperont notre semaine. Des moments simples pour se connecter encore à la nature et se nourrir d’énergie afin de pouvoir en donner en retour. Des moments contemplatifs qui nous font avancer intérieurement sur nos intentions de vie. Ces espaces offerts par le voyage pour contempler, s’ouvrir et se connaitre nous permettent de nous orienter vers nos besoins réels et réorganisent nos représentations du monde.

Sous les éclairs et les pluies tropicales, à l’abri sur notre terrasse, nous faisons la rencontre d’Antonio, 1er tico à la jambe bionique à être sauveteur maritime, qui nous expliquera que ses deux grand-mères ont dépassé les 100 ans et pour lesquelles le secret de la longévité est assez simple : se lever tôt le matin et se coucher tôt le soir. Suivre donc simplement le rythme du soleil pour vivre plus longtemps… Dans ce pays à la nature si riche, il n’est pas étonnant de découvrir que c’est ici que le nombre de centenaires est le plus important du monde. De la nature et un rythme de vie connecté à elle. Rien de plus simple et pourtant tellement loin de nos modes de vie contemporains où la notion de résonnance n’a qu’une faible place au milieu de la course effrénée au profit, au travail, à l’occupation du vide intérieur et au divertissement.

Le Costa Rica nous aura donc apporté, par sa nature et la richesse des rencontres, une nouvelle façon de concevoir la vie, le temps et notre lien avec cet ensemble si merveilleux et pourtant si fragile. Remplis et à la fois connectés comme jamais, nous nous dirigeons vers le Mexique pour poursuivre notre quête intérieure et notre soif de découvrir des façons de vivre différentes, qui nourriront encore notre besoin de voir des solutions alternatives au monde proposé par nos sociétés occidentales. Notre départ de ce pays nous laisse tout de même un sentiment d’inachevé et nous fait dire que nous devrons donc revenir, seul ou avec nos proches, pour faire suivre et se reconnecter à ses conclusions existentielles qui sont devenues, lentement, nécessaire à notre bien-être et à l’écoulement simple de nos vies.

Pura Vida,

Antho & Cris

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11 juin 2021 – 4 juillet 2021

Après nos expériences incroyables et nourrissantes en Bolivie, nous voulions passer retrouver Yoan, un ami à Anthony, à Florianopolis où il vit et pratique l’ostéopathie depuis près de 3 ans. C’est la première fois en 8 mois que nous partons dans un pays avec une date précise de sortie. Deux semaines donc pour s’accorder un moment de pause, de vacances dans le voyage.

L’occasion pour nous aussi de retrouver un peu de familiarité émotionnelle et expérientielle, de poser nos affaires dans un appartement cosy et retrouver le plaisir de cuisiner et de partager de long repas à discuter et refaire le monde, jouer aux cartes, se raconter nos vies et s’étonner des richesses de cette vie, du pouvoir de l’humain, de la force des éléments. Un moment pour pauser l’énergie et faire un point d’étape pour lancer une nouvelle dynamique dans notre voyage et se préparer à vivre sa seconde moitié.

La familiarité avec la France se retrouve assez rapidement, lors d’un covoiturage de plus de 11h pour rallier Sao Paulo à Florianopolis, soit une infime partie du pays qui correspond chez nous à aller de Nice à Dunkerque…Des Carrefours, des Decathlon, des Leroy Merlin sur le chemin, une vraie autoroute, Blablacar. Un gout de chez nous dans un cadre exotique. Le conducteur est en fait un Uber déguisé qui fait le trajet avec sa voiture GPL pour gagner de l’argent et livrer des colis. 11h d’un même CD qui tourne en boucle, de conduite approximative et de barrière de la langue difficile à franchir. Nous prenons le pont pour rejoindre l’île et Yoan, devant chez lui, nous accueille avec sa chaleur naturelle. Nous voilà à la maison.

Nous découvrons assez rapidement sa vie ici, sur ce coin de paradis envié par tous les Brésiliens qui viennent ici pour se ressourcer pendant les vacances. Un tour en centre-ville pour assister à un concert de Samba, découvrir une spécialité culinaire brésilienne, la feijoada, et ressentir l’alternative politique des gens de l’île : « Fora Bolsonaro » scandé entre deux musiques et inscrits sur les tee-shirts et les masques. Si l’ile est gouvernée par une politique de droite, conservatrice, les mentalités de Floripa apparaissent pourtant libres et ouvertes.

Une caïpirinha piment-fraise à la main, on se laisse emporter doucement par l’énergie du chanteur italien et celle d’un vieillard qui lance les premiers pas. Vêtu d’un beau chapeau, d’un superbe veston rouge et de chaussures blanches et bien vernies, il nous dit que les gens l’appellent le « sozinho », soit « le petit tout seul » avant de nous montrer son masque favori qu’il garde dans sa poche pour ne pas le salir. Il en porte un autre mais nous devinons tout de même son beau sourire, heureux d’être là, de danser sur les rythmes qu’il aime et d’être admiré par tout ces gens attablés. Très vite, ils seront nombreux à se lever pour danser avec lui dans cette rue étroite, les cinquantenaires perchées sur des talons aiguilles, les jeunes bohèmes, les anti-bolso…

Pour nous imprégner plus facilement dans cette douceur de vivre florianopolitana, nous avions loué un petit scooter. Notre bolide a ainsi pu nous transporter presque chaque jour dans une salle de squash, de quoi nous rappeler une fois de plus la maison. C’est en sortant de notre 2ème séance, sur le parking, que l’on tombe nez-à-nez avec une bande de ouistitis ! Premier contact avec la nature brésilienne !

Cela fait plus de 8 mois que nous voyageons dans l’hémisphère sud et il faut accepter que les saisons, moins contrastées que chez nous, changent elles-aussi. Dés qu’il fait beau, nous en profitons pour aller explorer l’île, tantôt au Sud, tantôt au Nord. Nous traversons les villages de pêcheurs et ceux des surfers, les petites favelas et les quartiers des gens fortunés, de grandes étendues de sable fin animées par les vagues et de petites plages en galets donnant l’impression d’un bord de lac. Tout comme le rythme de notre deux-roues, les choses semblent se passer dans une parfaite tranquillité sur l’île. Alors on regarde les gens faire : il y a ceux qui vident les filets remplis de quelques tainhas, il y a les petits et les grands qui profitent du moindre courant d’air pour faire voler un bout de papier accroché à une ficelle, il y a celles qui font dribler le ballon avant de le refaire passer, il y a les vieux qui jouent à un jeu de boules ressemblant à la pétanque sur une fine bande de sable oubliée par la mer…

Les sentiers de randonnée que nous empruntons sont à l’image de la philosophie florianopolitana : elles font progresser en douceur, nous offrent des spots privilégiés appelant à la contemplation et à la respiration, nous rend humbles face à l’immensité des forêts et de l’océan, nous amusent avec ses passages atrophiés, caillouteux, glissants, nous récompensent avec ses vagues revigorantes et ses vues de caractère…

Lorsque nous retournons sur les plages aux abords des villages, nous sommes impressionnés par l’activité principale des habitants : le sport. Ils courent, ils surfent, ils skatent, ils dansent, ils font du foot, du beach-volley, de la musculation à se qu’ils appellent l’academia. Nous avons également découvert le beach-tennis en nous rendant au tournoi auquel participait Yoan. En plus de l’encourager, nous avons pu admirer le panel de profils différents se rencontrant dans la compétition : des ados, des plus âgés et des biens plus âgés, des hommes et des femmes, des musclés et des un peu moins musclés, des petits et des grands… Chacun semble avoir une force et des atouts pour se défendre. L’ambiance du tournoi et les actions de matchs ont rendu facilement compréhensible cet engouement national mais aussi mondial pour ce sport.  

L’attrait pour le sport en général chez les habitants de Floripa vient probablement pardonner leur alimentation qui a tendance à être très riche et en très grande quantité. Grâce à nos hôtes, nous avons adoré déguster le caldo de cana, les pastéis aux crevettes, les crêpes au tapioca, la paçoquinha… mais il nous restait un défi culinaire : le churrasco. Véritable institution dans plusieurs pays d’Amérique du Sud et au Portugal, nous avions réussi à éviter les grillades en Bolivie étant tous deux de plus en plus difficile avec la viande et d’autant plus durant le voyage. Ici, tous les habitants sont dotés d’un barbecue, parfois même à l’intérieur de la maison ! Toute l’année, les Brésiliens dégustent leurs viandes, principalement du porc, plusieurs fois par semaine. C’est chez Yurri, un ami de Yoan et Viviane, sa lumineuse et hyperactive chérie, qu’on a tenté l’expérience. En entrant dans la maison atypique, on constate que les braises sont déjà chaudes dans le four en pierre. De gros morceaux de viande entourés de gras n’attendent que de se faire rôtir. Un peu de sel et un peu de patience suffiront pour nous faire saliver face aux fines tranches de bœuf couper par Yurri directement sur la table en bois en face des braises. On y ajoute un peu de sauce piquante tout en alternant avec un morceau de pain au fromage lui aussi retiré du feu et nous ne pouvons que nous réconcilier avec la viande ! Un moment de convivialité qui nous réconforte dans notre frustration de ne pas pouvoir communiquer comme on le souhaiterai avec les Brésiliens rencontrés.

La grande majorité ne parle ni espagnol, ni anglais… et encore moins français. Bien qu’ils nous disent souvent pouvoir comprendre l’espagnol, ils ne peuvent pas nous répondre dans la même langue ! Nous nous amusons à comparer le portugais à l’espagnol et au français et à retenir des mots ou des expressions mais rien ne nous permettant d’avoir une conversation fluide et poussée. On se retrouve alors dans des soirées à regarder les gens parler, surement bizarrement d’ailleurs parce qu’on se concentre sur les mots que l’on pourrait reconnaitre, on sourit un peu bêtement, on trinque, on colporte nos énergies et on observe et écoute plus que l’on parle.

Deux semaines donc où l’on avait planifié des choses que nous ne ferons finalement pas tellement le temps et l’énergie était orientés dans une direction différente : se laisser aller au rythme d’une île, portés par l’énergie et les vies de nos hôtes. Nous prendrons donc un cap différent de celui prévu, justement pour amorcer l’inconnu de notre seconde partie de voyage, augmentés de quelques discussions, inspirés par la nature et comme toujours porté par le plaisir simple de pas savoir vraiment où aller, sinon encore plus près de nos aspirations profondes et de nos chemins de vies.

Até logo

Antho & Cris

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27 mai 2021 – 11 juin 2021

Nous quittons notre terre sacrée avec Jacques pour rejoindre La Paz à nouveau et Copacabana, ville étape pour rentrer sur le lac Titicaca. 17h de bus sur une piste assez mal entretenue qui nous mènera de l’Amazonie à plus de 4000m. Le bus tangue de gauche à droite et nous laisse penser, bien trop souvent, qu’il pourrait se renverser à tout moment.

Nous arrivons donc à El Alto, le temps de rejoindre Ben, le français rencontré lors de la cérémonie à la Pachamama, pour manger un morceau et rencontrer ses deux amies françaises venant d’arriver et commençant leur voyage en Amérique du Sud. Nous sommes en voyage depuis maintenant plus de 8 mois et c’est drôle de voir à quel point notre énergie s’est modifiée depuis le début. Voyageurs confirmés, nous connaissons les codes, les façons de se connecter aux gens, la manière d’optimiser la découverte d’un lieu, de rentrer en profondeur avec les autres, de s’ouvrir encore plus à la diversité du monde. C’est justement les nouveaux, ceux qui commencent, qui nous renvoient cette image et c’est agréable de voir à quel point le voyage est comme une école, dans laquelle on s’initie pour se former et apprendre et on acquiert maturité, compétence et développement. La meilleure école, celle de la vie et du voyage ? La question reste ouverte….

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L’Ayahuasca était doucement rentrée dans nos conversations avec les autres, entre nous, avant de se faire une place dans notre liste des curiosités à explorer. Anthony avait déjà rencontré cette Plante Ancestrale lors de sa venue il y a 7 ans mais l’expérience restait une anecdote, or il savait qu’Elle avait autre chose à offrir qu’une simple expérience sensorielle et mystique… Nous ne voulions pas pour autant provoquer la rencontre alors nous avions décidé de La laisser venir à nous. C’est ainsi qu’en s’accordant un temps pour soi à Sucre, notre masseur nous parle d’Angela et Phillip, deux chamans qui proposent des cérémonies à Rurrenabaque, porte d’entrée de l’Amazonie bolivienne. Nous avions alors immédiatement pris contact afin de découvrir leur approche et ainsi d’organiser une retraite de 8 jours auprès d’eux. Un mois plus tard nous nous retrouvions à bord de ce petit avion qui nous a transporté en 40 minutes de La Paz à Rurrenabaque. 40 minutes pour survoler les impressionnants sommets des Andes enneigés qui laissent aussitôt place à la luxuriance de l’Amazonie, déchirée par l’imposant fleuve Beni. 40 minutes pour abandonner le froid sec des 4061m d’altitude et retrouver une chaleur moite à 274m. Un tuk-tuk nous accueille avec une pancarte à nos noms à la sortie de l’aéroport, qui se résume à une petite maison en bois. Nous traversons alors la ville remplis d’un sentiment inattendu mais si réconfortant de familiarité. Peut-être est-ce dû aux similitudes avec Puerto Misahuali en Equateur et Santiago de Tolu en Colombie… ou peut-être qu’il s’agit de l’énergie qui se dégage de ce lieu. Le tricycle nous dépose dans une de ces rues sereines où Angela et Philip nous accueillent. Si mettre des visages sur des noms peut parfois donner une impression étrange, mettre des visages sur des chamans l’a également été. Nous faisons rapidement connaissance sans trop savoir ce qu’il faut garder pour le « vrai » début de la retraite ou non. Le ciel menaçant nous demande finalement de ne pas tarder à prendre la route pour éviter la pluie en chemin. A ce moment-là nous n’avions aucune idée du lieu ou de la localisation du centre de retraite mais cela importait peu, nous avions déjà décidé d’accorder notre totale confiance à ces deux chamans. Nous les avons donc suivis au port où nous avons embarqué pour nous laisser transporter une dizaine de minutes le long du fleuve couleur café.

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Nous nous retrouvons à Cochabamba pour pouvoir rejoindre notre troisième volontariat du voyage. Cette fois-ci nous décidons de rejoindre une ferme conçue selon les principes du bio-dynamisme et par conséquent de la permaculture.

Nous arrivons sur les plaines de Sipi-Sipi et découvrons notre lieu de résidence pour presque deux semaines. Un domaine de 1 hectare habité par Monica, Jonathan et leur 4 fils, 2 chiens, 1 chat, 4 lamas, 1 tortue, des dizaines de lapins, 2 chèvres et des centaines de poissons. Une maison à destination des volontaires et personnes de passage sur le site, une autre pour les garçons et leur autonomie et la dernière pour les parents. Ce lieu assez magique accueille aussi fréquemment des rassemblements de jeunes qui viennent pour se ressourcer et monter des camps type « scout ».

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Cette fois le long trajet en bus pour rejoindre la ville d’Uyuni se fait de jour, de quoi profiter des paysages qui défilent. En prenant de l’altitude (nous avons atteint les 5000m…) nous observons les couleurs et les formes changer sans même se répéter et nous nous amusons des panneaux qui signalent la présence potentielle de lamas sur la voie. Si nous nous serions bien volontiers arrêtés pour photographier ces animaux emblématiques, les voitures et camions, eux, ne ralentissent pas et se contentent de les klaxonner s’ils se trouvent sur leur route.

C’est donc dans l’après-midi que nous arrivons à Uyuni. Cette ville à 3663m d’altitude a des airs d’un décors de Star Wars avec ses maisons basses alignées dans les rues quadrillées, plantées là au milieu du désert. Alors que nous attendons nos sacs entreposés dans la soute du bus, nous regardons les cholas sortir de cette dernière des cercueils dotés d’une petite fenêtre au niveau de la tête du futur cadavre. De quoi alimenter cette atmosphère qui ne répond à aucune notion d’espace ou de temps.

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Ce samedi-là, nous déambulons dans les rues de Santa Cruz de la Sierra animés par l’énergie procurée par l’arrivée dans un nouveau pays mais aussi quelque peu interrogateurs. La ville la plus peuplée de Bolivie, avec ses 2,3 millions d’habitants, semble avoir été désertée, les commerces abandonnés et seules les voies principales sont bitumées. On nous explique que depuis le COVID-19, les commerçants qui n’ont pas mis la clé sous la porte se sont résous à limiter leurs jours d’ouverture. Nous profitons de cette journée pour réaliser les quelques courses que nous avons à faire car le lendemain, en raison des élections des gouverneurs du pays, il sera formellement interdit aux habitants de circuler dans les rues, si ce n’est pour aller voter.

Nous restons un moment posés sur la place centrale, où les locaux se retrouvent en famille ou entre amis dans un calme auquel nous n’étions plus habitués. Pas de musique qui sort d’enceintes disproportionnées, pas de racoleurs ou de vendeurs surexcités. Les adultes discutent pendant que les enfants rient doucement un ballon dans une main, une glace dans l’autre. De quoi savourer le chant des perruches et autres oiseaux exotiques qui ont élu domicile dans le parc.

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