La Mesia. Notre première frontière terrestre traversée depuis le début de notre périple. Nous aurions aimé en traverser davantage mais le COVID ayant fermé la plupart des frontières terrestres nous avons été contraints de privilégier les voies aériennes. De sa rue principale, notre première ville guatémaltèque ressemble surtout à un grand marché où seuls les tuk-tuks circulent. A peine munis de Quetzales, nous en chopons un pour rejoindre la gare routière à quelques mètres de là… le temps d’observer cette nouvelle monnaie qui porte le même nom que l’oiseau symbole national du Guatemala. Les longues plumes turquoise de sa queue étaient en fait utilisés par les mayas comme monnaie ! Finalement, on nous arrête en plein milieu de la route pour nous faire monter dans un immense bus bariolé. C’est ce qu’on appelle en Amérique centrale, un Chicken Bus. Il s’agit en réalité d’anciens autobus scolaires nord-américains quelques peu améliorés : couleurs vives, klaxons aux mélodies exubérantes, leds, sono, stickers, statuts de Jésus et autres grigris. On les appellerait ainsi en raison des nombreux animaux que les passagers transporteraient dans ces bus… En ce qui nous concerne, nous n’avons pas vu à proprement parlé d’animaux mais nous avions davantage l’impression d’être nous-mêmes du bétail transporté. Le bus surchargé persiste à s’arrêter prendre de nouveaux passagers alors qu’il roule de plus en plus vite, n’hésitant pas à doubler dans les virages. Nous comprenons à présent pourquoi la protection divine est primordiale. Mais d’autres bus ne devaient pas avoir les amulettes nécessaires car au bout de plusieurs heures de route, nous nous retrouvons bloqués face à un accident qui vient tout juste de se produire entre un camion et un chicken bus. Les passagers sortent un à un de ce dernier, ensanglantés, alors que le chauffeur du camion semble être coincé dans son véhicule. Nous sommes tout de suite rassurés, il n’y a pas de mort, « juste » des blessés légers et des traumatisés. A l’arrivée des premiers secours, le chauffeur du camion trouve finalement le moyen de s’extraire avant de prendre la fuite en boitant. Personne ne le rattrape et nous quittons cette scène étrange pour rejoindre un autre itinéraire quelque peu bancal. Nous traversons alors des zones d’éboulements non sécurisées avant de passer une nuit-étape à Quetzaltenango.

C’est le lendemain, apaisés et reposés que nous rejoignons la petite ville de San Pedro au bord du Lac Atitlan. Nous y retrouvons Tine, Dan mais aussi Reynald, Sophie, et la famille Mazel dans un de ces restaurants qui donnent une vue spectaculaire sur le lac. Nous sommes tout de suite frappés par son élégance, son humilité et son étendue avant de laisser porter par la joie des retrouvailles. Une partie de la Holbox family à nouveau réunie ! Nos amis sont tous là pour suivre des cours particuliers d’espagnol et nous convaincs très rapidement d’en faire de même. Pour 22euros/jour nous pouvons vivre chez une famille de San Pedro, avoir 3 repas et bénéficier de 3h de cours particulier… De quoi redonner un coup de boost à notre espagnol ! Mais avant, nous nous laissons quelques jours pour nous imprégner de la vie autour du lac et de cette nouvelle culture. Nos cœurs se remplissent de joie à chaque fois que l’on croise un habitant, simplement parce qu’ici les gens se disent bonjour dans la rue. Les femmes et les jeunes filles portent toutes des vêtements traditionnels, des jupes aux lignes fines et colorées et des chemisiers fleuris, parfois avec de la dentelle. Les enfants, privés d’école depuis le début de la pandémie, s’amusent dans les rues à se hisser en haut d’un lampadaire ou à piloter un cerf-volant. Personne n’oublie de sourire.

Nous retrouvons de l’hébreux sur les devantures des commerces et dans la programmation musicale des soirées. Le nombre important d’Israéliens croisés à San Pedro s’explique par la méconnue alliance économique, politique et militaire qu’ils entretiennent avec le Guatemala depuis 1948. Merci l’impérialisme britannique. Le diplomate guatémaltèque Jorge Garcia Granados ayant joué un rôle majeur dans la création de l’Etat d’Israël aurait dit : « Qu’est-ce que le Guatemala est loin d’Israël, et pourtant, qu’est-ce qu’il en est proche ! ». Et ça tombe bien, ce lien permet de s’aligner avec les Etats-Unis dans le conflit israélo-palestinien ! Quoiqu’il en soit nous constatons que ces alliés attendent souvent que les Guatémaltèques comprennent l’anglais (ce qui est rarement le cas), car eux ne feront pas l’effort pour prononcer un mot d’espagnol… Et si les Etats se considèrent « More than friends, family », la réalité est quelque peu différente entre les individus. Il y a quelques années une grande communauté israélienne qui s’était installée à San Juan, un village voisin, a été obligé de quitter les lieux après que les habitants les aient menacés et aient coupé l’électricité et l’eau de la synagogue. Les comportements inappropriés de certains israéliens seraient à l’origine de ce rejet : refus de payer des impôts, rejets d’eaux usées dans le lac, privatisation frauduleuse de terres… L’impression de constater une fois de plus une fatalité malheureuse propre aux peuples et aux cultures différentes qui cohabitent.

Nous tentons également de nous faire aux pétards qui explosent à toute heure du jour et de la nuit dans tout San Pedro. Malgré la réglementation, il est d’usage d’utiliser des pétards pour toutes sortes de célébrations, petites et grandes, notamment pour les fêtes religieuses qui sont très nombreuses. Par exemple, la tradition pour les anniversaires est de réveiller la personne célébrée à 4 ou 5h du matin accompagné d’un petit groupe de musiciens et évidemment d’enclencher ces fameux pétards… La mort est si triste alors célébrons chaque année de plus sur cette Terre… Nous aurons d’ailleurs l’occasion d’observer le rapport à la mort alors qu’une défunte loge pour quelques heures dans la chambre à côté de la nôtre. Une nuit de chants, de pleurs et de prières. La coutume est que durant les heures qui suivent le décès les habitants de San Pedro apportent à la famille du maïs, du riz, des frijoles ou quelques Quetzales en soutien… une semaine plus tard chaque donateur sera invité à manger à son tour. La solidarité est très présente à San Pedro. Ainsi, si quelqu’un souffre d’une maladie nécessitant un traitement ou une hospitalisation, une voiture équipée d’un mégaphone passe dans les rues pour faire un appel au don et récolter ainsi de quoi financer les soins. Autre exemple de solidarité poussée, il faut l’avouer, par manque d’infrastructures : si un feu se déclare, inutile d’appeler les pompiers car il n’y en a pas mais tous les habitants viendront équipés de seaux d’eau.

Nous traversons le lac pour la première fois à bord d’une lancha accompagnés de Sophie et Renald. Mieux vaut ne pas se fier aux conditions climatiques ou au fait que qu’il s’agisse d’un lac pour considérer qu’une telle traversée est sans danger. Pour d’étranges raisons, les accidents sur le lac ne sont pas rares et les Guatémaltèques n’étant pas de grands nageurs, plusieurs drames ont été recensés. Quelques semaines plus tard des amis seront eux-mêmes sur une lancha qui tanguera tellement que leurs sacs et le capitaine finiront dans l’eau, et ce, sans une vague à l’horizon. Ils seront témoins des difficultés de ce dernier à rejoindre son navire à la nage et des cris de détresses des passagers pourtant équipés de leur gilet de sauvetage ! Pour nous c’est une traversée tranquille et sans encombre qui nous amène à San Marco, juste en face de San Pedro. San Marco a une petite rue principale avant de devoir aller dans les hauteurs pour trouver locaux et hôtels. Nous nous étonnons de ne trouver dans cette petite rue que des restaurants végans et des petites boutiques d’artisans qui n’hésitent pas à gonfler les prix. Arrivés au point culminant de la rue, nous nous retrouvons face à un grand tableau rempli d’affiches. Toutes informent sur des évènements, des stages, des cours, des services autour du bien-être et de la spiritualité : yoga, reiki, champignons hallucinogènes, massage, cérémonie de cacao, cérémonie de kambo (qui consiste à utiliser le venin de crapaud) … Nous notons quelques numéros avant de nous attabler dans un petit jardin secret.

Un matin, nous quittons San Pedro avec Renald et le père de famille chez qui il loge à bord d’un chicken bus aux alentours de 4h du matin. Le chicken bus de nuit dans des routes de montagnes est une bonne source d’adrénaline. Heureusement nous ne partons pas bien loin ! Il nous dépose au milieu de nulle part où nous empruntons un sentier que nous suivrons durant une petite trentaine de minutes. Arrivés en haut, un vieux monsieur garde le feu tout en nous tendant une tasse de café. Nous nous asseyons face au vide, quelque peu sceptiques face à cette mer de nuages. Le père de famille et le gardien du feu nous répètent pourtant que les conditions sont parfaites pour admirer le spectacle, alors nous attendons. La mer de nuages s’agite tout à coup, elle se déplace de gauche à droite, comme balayée par une force invisible. On voit alors apparaitre les lumières de San Marco puis le lac tinté de rose et d’orange sur l’horizon. En l’espace d’un instant les nuages sont déjà loin, libérés des griffes de la laguna et nous nous retrouvons alors face aux Monstres. Nous voyons d’abord celui de San Pedro, insoupçonné depuis la ville et pourtant ce volcan atteint les 3020m d’altitude. Puis nos yeux se portent au loin, à droite du soleil à présent démasqué, c’est là que nous voyons pour la première fois el Volcan de Fuego. Dans le ciel orangé, il bout, il explose, il crache et s’envole en nuages de fumée. Il est si petit mais parait déjà si proche. C’est réellement ce matin-là, assis sur la Nariz del Indio, que nous avons pu saisir pourquoi tant de personnes ont qualifié Atitlan de plus beau lac du monde.

Nous nous sommes ensuite accordés une semaine de cours d’espagnol dans cette école où des petites paillotes en bord de lac font office de salles de classe. Le lieu illustre parfaitement le nom maya de San Pedro : Tz’unun ya’, qui est la juxtaposition de « colibri » et d’« eau ». Les premiers jours nous partageons les récrées, durant lesquelles on nous sert d’excellents mets guatémaltèques, avec la famille Mazel, Sophie et Renald puis nous y rencontrerons Inès et Adrien, un couple de voyageur français au rythme lent et inspirant. Nous accrochons tout de suite avec nos professeurs respectifs, Pedro pour Antho et Magdalena pour Cris. Nos niveaux d’espagnol atteints au bout d’un an de voyage nous permettent de tout de suite de progresser à travers des conversations. En effet, la majorité des cours ressemblait plus à un échange culturel qu’à une leçon, ce qui nous a permis d’apprendre chaque jour énormément sur les traditions et croyances mayas, sur la culture de San Pedro, sur les rivalités entre villages ou encore sur la politique… Nos professeurs ont su nous apporter un regard critique sur leur propre pays, un témoignage authentique sur la vie à San Pedro, leur vision sur l’avenir des Guatémaltèques et nous enseignent même des mots dans leur langue native, le tzutujil. Chaque matin nous avions ainsi le sourire aux lèvres sur le chemin de l’école, ressortions chaque midi enrichis de tous ces apprentissages et réalisions nos devoirs le soir avec plaisir.

Nous logions chez Julio, Vilma et leur fils de 4ans Guillermo. Nous n’étions pas à proprement parlé chez eux, mais dans l’hôtel qu’ils gèrent en échange du toit. Bien que Vilma travaille en tant que secrétaire médicale, les finances sont difficiles pour la famille. L’absence d’étudiants durant la pandémie a poussé Julio à s’improviser pâtissier depuis sa cuisine, mais ses gâteaux nécessitant beaucoup de temps de préparation et beaucoup de matériel, il est difficile de les marger. Et pourtant nous sommes reçus comme des rois. La nourriture est variée et en abondance, alternant entre mets occidentaux (pancakes, gaufres, pates…) et plats traditionnels comme le délicieux pepian et les tamales que Cristel apprendra à cuisiner. Nous serons également invités chez la famille de Vilma à l’occasion de l’anniversaire de la Vierge Marie. Nous y retrouvons au sol l’herbe coupée tel qu’il y en avait dans la mystérieuse église de San Juan Chamula. Dans ce restaurant familial, amis et familles passent déguster un caldo de pollo, une soupe assez grasse servie à tous les événements importants des guatémaltèques (mariages, fêtes religieuses, anniversaires…) Et évidemment, ce jour-là les catholiques ne se sont pas privés en pétards ! 47% des Guatémaltèques sont catholiques et 40% sont protestants-évangélistes… D’ailleurs il y a presque autant d’églises évangélistes que de familles à San Pedro, puisqu’à chaque désaccord une nouvelle branche est créée ! Le nom de Dieu est présent partout, dans la bouche des guatémaltèques, « gracias a Dios », et sur les murs. On peut y lire par exemple, que seul Jésus peut changer notre vie. Un fatalisme qui nous questionne sur la place du pouvoir personnel dans leur vie. La majorité des fidèles conjuguent christianisme et traditions mayas. Par exemple les catholiques, dont le clergé, sont très attachés à San Simon, qui, avant la Conquête espagnole, n’était pas un saint mais une divinité maya appelée Maximon. Les chamans et les comadronas ont encore une place importante et respectée au Guatemala où la grande majorité de la population descendant des mayas.

Nous apprécions la compagnie de Julio, veillant à notre progression en espagnol et toujours désireux d’apprendre quelques mots de français, lui qui n’est jamais sorti de San Pedro, sauf une fois pour aller à Quetzaltenango. Guillermo, lui, est un petit garçon plein de vie, probablement en manque de rythme et de stimulation que l’école aurait pu lui donner. Alors il chante de tout son cœur « Estrellita donde estás ? me pregunto qué serás, en el cielo y en el mar, un diamante de verdad. » Il attrape souvent Cristel pour jouer au foot (autant mettre les chances de son côté pour gagner…) et passent du temps à peindre tous les deux. Vilma, elle, est plus réservée mais nous découvrons sa force incroyable, sa clairvoyance et son humour.

Nous avons appris qu’une chose réchauffe les cœurs des Guatémaltèques comme rien d’autre : le football ! Les habitants de San Pedro sont très fiers de ses deux équipes créant même de grandes tensions avec les habitants de San Juan, jaloux de l’ascension fulgurante de ses voisins. Nous avons eu l’occasion d’aller voir un match entre les deux équipes rivales au magnifique et nouveau stade de San Pedro, « Bella Vista », accompagné de Vilma, Julio et Guillermo. Si le stade n’est pas très rempli en raison des mesures sanitaires, une grande bâtisse de supporters se dresse de l’autre côté du grillage, probablement construite post-COVID. Ces balcons surchargés tambourinent inlassablement des rythmes enjoués, accompagnés de slogans hurlés aux joueurs, surement les mêmes que ceux inscrits partout : « Soy San Pedro, siempre presente. Ni la muerte nos va a separar. » Nous ne comptons plus les fautes (9 cartons jaunes et 2 cartons rouges), les arrêts de jeu, les insultes lancées depuis les gradins, les bouteilles d’eau renversées sur la tête des joueurs de San Juan qui à leur tour lèvent leurs majeurs au public. A chaque but de San Pedro, qui gagnera le match, les tambours s’accélèrent et les accolades sont accompagnés de feux d’artifices et de pétards, évidemment. Nous observons ces petites femmes rondes aux jupes colorées et ces vieillards aux chapeaux et bottes de cowboys partager ces 90 minutes d’exutoire et de passion. Dans ces bains de foules, entourés de Guatémaltèques, Anthony se sent particulièrement grand et Cristel… à une juste taille. Et pour cause, les Guatémaltèques sont les gens les plus petits du monde avec une taille moyenne de 1m56 (1m49 pour les femmes et 1m63 pour les hommes) !

A la fin de nos deux semaines à San Pedro, nous partons avec Renald, Magdalena (la prof de Cristel) et ses deux sœurs à San Juan pour faire une session de temazcal. Cette fois, il ne s’agit pas d’une cérémonie comme Cristel a pu le vivre à San Cristobal mais la « maison de chaleur », ressemble plus à un sauna. Nous entrons dans cette maisonnette en pierre où nous versons de l’eau sur les parois d’un four sur lequel sont déposées des plantes aux odeurs enivrantes. Magdalena nous explique que cette tradition ancestrale avait disparu durant de nombreuses années avant de réapparaitre il y a peu grâce au tourisme. Les Guatémaltèques ont alors eux-mêmes recommencé à utiliser fréquemment ces huttes de sudation. Elle nous raconte que de nombreuses femmes accouchent dans ces temazcales accompagnées de leur comadrona (sage-femme aux pouvoirs innés). D’ailleurs, suivant les préceptes de la médecine maya, les femmes enceintes ne doivent jamais être en contact avec le froid… même l’eau est bue uniquement chaude. Ressourcés par cette douce medicina et ce moment de partage, nous nous délectons d’une infusion dans cet écolodge où nous décidons de retourner dès le lendemain pour y séjourner quelques jours. Nous disposions d’une cabane en bois à proximité du temazcal entourés des plus grands bananiers jamais vus jusqu’ici et d’arbres à papillons. Un coin de paradis vert où les chants des oiseaux ont remplacé les pétards. San Juan est moins touristique que San Pedro mais les rues hautes en couleurs donnent une atmosphère féérique. Nous montons au mirador où, en plus d’y découvrir une vue splendide sur le lac, les villages, les montagnes et les volcans alentours, nous sommes stupéfaits par les peintures présentes sur l’infrastructure. Sur la terrasse en bois du mirador, les artistes finalisent leurs œuvres, genoux à terre : mille couleurs représentent des hommes et des femmes en tenue traditionnelle portant des paniers de maïs et des bouquets de fleurs face au volcan en éruption.

Anthony retournera à San Marco où une journée sous le signe du bien-être l’attend. Il y pratiquera la danse extatique et l’acroyoga dans un des hôtels offrant une des meilleurs vues sur le lac Atitlan et les volcans qui le bordent.

Nous quittons le lac Atitlan le 15 septembre, le jour de l’Indépendance du Guatemala. Si d’habitude ce jour est haut en festivité, marqué par des défilés en tenues traditionnelles des différentes régions du pays, cette année, pour ses 200 ans, les Guatémaltèques ont pris la décision de ne rien célébrer. Pour eux c’est une hypocrisie de considérer que le pays est indépendant. Pour eux, il s’agit de 200 ans de pauvreté, de mensonges et de corruption. Cela fait plus d’un an que les citoyens manifestent pour la démission du Président, Alejandro Giammattei. Et même malgré l’invitation du vice-président à démissionner pour « le bien du pays », Giammattei refuse de lâcher le pouvoir. Le peuple n’a plus confiance en son gouvernement et ne se sent pas entendu. Il faut dire que les indigènes, qui représentent 70% de la population, n’occupent que 3 sièges sur 150 au parlement !

L’éducation est l’un des systèmes défaillants du Guatemala. Bien qu’elle soit rendue obligatoire, elle n’en est pas moins payante et bien qu’il s’agisse de quelques quetzales par mois, les familles les plus défavorisées n’en ont pas les moyens. Le Guatemala est par ailleurs l’un des seuls pays du monde où l’école publique n’a pas repris depuis le début de la pandémie, creusant toujours plus les inégalités, alors que les plus aisés scolarisent leurs enfants dans des établissements privés, qui eux ont rouverts leurs classes. Bien souvent, ces enfants déscolarisés sont les mêmes qui n’ont ni ordinateur à la maison ni adulte en capacité d’assurer leur apprentissage, sachant que 25,5% de la population sont encore analphabètes, avec des taux pouvant atteindre les 60% dans la population indigène. Le Guatemala est le pays où l’on a constaté la plus grande pauvreté jusque-là : maisons sans porte ni sol, mendiants démembrés, alcoolisme touchant mêmes les femmes et les plus âgés, villages sans accès à l’eau… Autre preuve d’un système défaillant : après être tombés sur des avis de recherche de criminels en fuite, nous apprenons que l’impunité est affligeante dans ce pays où 97% des crimes ne sont pas résolus…

Ces deux premières semaines au Guatemala ont été incroyablement remplies de découvertes et d’apprentissages, guidés par nos rencontres Holboxenas, par nos professeurs et notre famille d’accueil. Nous avons été frappés par la beauté qui écrase la laideur d’un Etat qui abandonne, qui triche et qui vole. C’est une beauté qui résonne dans les actes d’entraide, dans les sourires, dans les partages, dans la nourriture, dans les vêtements, dans la beauté de l’aurore et même dans les pétards. Nous quittons Atitlan encore plus curieux de découvrir ce pays de contrastes dont on ne savait absolument rien il y a peu de temps encore.

Hasta luego !

Antho & Cris

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30 août 2021 – 15 septembre 2021